Anna Chronick's

les chroniques d'une jeune prof en quête d'elle-même

29 juin 2007

les vacances

ça y est...c'est la fin de l'année. hier, je suis allée pour la dernière fois donner mes cours. certains élèves ne sont pas venus, ça m'a fait de la peine, même si je me doutais que les ados rebelles ne souhaiteraient pas venir me dire au revoir.

je pourrais me réjouir, je pense que prendre un peu d'air me fera du bien. mais quelque part, ça me déprime aussi. je suis dans le flou pour l'année prochaine, je ne sais pas qui sera le nouveau directeur et comment ça se passera avec lui. je ne sais pas qui reviendra non plus.

si je devais faire un bilan de cette année, je le résumerai simplement comme ça : j'ai beaucoup appris, beaucoup donné et parfois reçu. beaucoup de joie par rapport au piano, quelques déceptions au niveau solfège. parfois une bonne surprise, ça et là. et ces bonnes surprises ont souvent suffit pour que je continue de me battre.

Claire ne reviendra pas, elle me l'a annoncé après que je l'ai félicitée pour ses progrès en piano. je me sentais un peu ridicule de lui avoir fait tout ce discours d'encouragements après coup. elle n'est même pas venue me dire au revoir au goûter mercredi. j'étais triste. parce que j'ai essayé de lui donner des choses, elle a avancé et elle part comme ça. en plus, elle me l'annonce juste en passant sa tête dans la porte, en deux minutes. déception et tristesse.

Paul reviendra, sans doute plus motivé après sa crise de nerf et son total changement de comportement. il est devenu doux et sérieux. je l'aime bien. il a compris certaines choses, il a évolué. ça me rend heureuse parce que j'ai l'impression de lui avoir donné quelque chose malgré ce jour où il a pété les plombs.

Antoine continue avec moi, malgré son souffle au coeur, il a vraiment envie de faire de la musique. il est venu chanter au goûter et m'a fait un petit bisou en partant. il a suivi mes conseils à la lettre et a chanté bien fort et bien clairement, il ne s'est pas laissé intimider par tous les parents face à lui. il est parti en riant...

l'enfant prodige a ri grâce à moi, j'ai réussi à le dérider et pour la première fois en deux ans, je l'ai vu rire. j'étais surprise et heureuse, je n'avais jamais son visage s'éclairer ainsi...

ma petite pianiste aussi revient. elle était si heureuse de savoir qu'elle resterait avec moi, elle m'avait demandé plusieurs fois, la peur au ventre. non, je ne veux pas qu'elle parte, pas maintenant. je ne suis pas prête à la laisser, j'ai encore tant de choses à lui apprendre avant qu'elle ne s'envole vers d'autres horizons. peut-être qu'elle pourra faire carrière dans le piano. elle est tellement douée. elle est déjà tellement musicienne. tout au long de l'année, j'ai aimé l'écouter, la voir grandir. je suis persuadée que de belles choses l'attendent. je suis persuadée qu'elle pourrait envisager de devenir musicienne. prof, peut-être ? mais c'est elle qui choisira bien entendu...

il y a juju qui ne veut pas continuer le solfège. pourtant, elle réussit bien, elle est forte. et puis, Manon qui a pleuré à mon cours mais qui semblait apaisée, Maud qui m'a dit que j'allais lui manquer et qui m'a promis une carte postale, et Jacques qui ne semblait pas vouloir partir. Laurine, qui en jouant aux cartes hier, riait à mes blagues en mangeant du gâteau et même Lydie qui paraissait heureuse d'être là.

tous mes gosses quoi. même les pires, même les têtus, même les rebelles. je les aime, ils m'ont tant appris sur moi, sur l'enseignement...ils me manquent déjà.

vivement la rentrée !

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24 juin 2007

"tu m'as sauvée"

mardi dernier, au détour de la première sonate de Beethoven. j'adore ce premier mouvement qu'on ne m'a jamais donné à jouer. c'est dommage, je suis sûre que je l'aurais bien joué.

c'est une de mes élèves qui la joue. le premier mouvement pour être exacte. elle le joue pas mal. j'ai insisté sur le côté schizophrénique de ce mouvement. avec tous ces Fp et tous ses sF, ça ne peut se jouer autrement. moi j'aime ce côté violent et doux à la fois, comme une contradiction permanente et j'aime les contradictions. les paradoxes...

bref je discutais avec elle en fumant ma clope après son cours. elle était enthousiaste et réclamait encore des conseils. je crois bien qu'elle m'admire un peu. je crois qu'elle me respecte aussi. beaucoup. je l'ai rencontrée il y a deux ans, en arrivant à l'école.

à l'époque, elle avait 7 ans de piano dans les doigts mais rien de bien exaltant. elle s'ennuyait, se demandait même si elle allait continuer. les premiers mois, c'était difficile, pas intéressant. elle jouait des morceaux nases, mi-classiques, mi-varièt'. je ne voulais pas trop la brusquer, je la laissais choisir. c'était chiant, autant le dire.

et puis, un jour, je lui propose de jouer une valse de Chopin, pour changer. plus difficile, un vrai défi. elle écoute quand je lui joue, pas très impliquée. et puis elle accepte de la travailler, la mélodie lui plaît bien. 6 pages. jamais elle n'a joué un si long morceau. il lui a fallu du temps pour y parvenir. je lui ai fait jouer pour une audition, elle avait le trac et s'est un peu plantée. pourtant, elle pouvait la jouer, je le sentais, elle pouvait évoluer. mais le stress l'avait bouffée ce jour-là...

malgré cet échec, elle a commencé à se prendre au jeu. et on a commencé à travailler "pour de vrai" : du Chopin, du Beethoven, du Brahms. et musicalement, c'est devenu intéressant et plutôt mieux. je dis mieux car elle n'est pas encore au top évidemment. mais elle aime ça, vraiment. elle ne voudrait plus arrêter, pour rien au monde.

et c'est ce qu'elle m'a dit mardi dernier. on discutait, d'avant, de l'école, de ses anciens profs. elle me disait combien elle s'ennuyait avant mon arrivée. elle a baissé un peu les yeux parce que remercier, c'est toujours un peu gênant, surtout à 15 ans. elle était souriante et réclamait mes conseils. pour l'examen.

elle parlait et je l'écoutais. elle disait qu'elle n'avait pas le niveau jusqu'à ce que je débarque dans cette petite école et que tout à coup, elle s'était mise à aimer le piano. à l'aimer vraiment. à jouer pour le plaisir, lorsqu'elle avait du temps. sans se forcer. sans avoir l'impression de travailler. c'était devenu un plaisir, grâce à moi. je la regardais en souriant moi aussi. jamais on ne m'avait fait un compliment pareil, et dans la bouche d'une ado,...c'était touchant de sincérité.

j'avais fini ma cigarette et j'allais retourner travailler alors elle a terminé par cette phrase, avec plein de joie dans les yeux, elle m'a juste dit : "tu m'as sauvée". je l'ai regardée et j'ai ri parce que j'étais gênée. mais je me souviendrai de ses mots toute ma vie. et je suis retournée travailler le coeur léger avec ce formidable sentiment de devoir accompli...

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21 juin 2007

que faire ?

hier, c'était la journée des examens de solfège. je vous aurais bien raconté comment tout le monde m'a laissé tomber ce jour-là, comment j'étais écoeurée de me retrouver seule le matin à espérer voir arriver un prof pour faire partie du jury, comment on m'a envoyé en catastrophe un vieux monsieur au demeurant très sympathique mais terrifiant pour un enfant de 5 ans. mais ce sera pour une autre fois. lorsque toutes ses galères me feront rire. aujourd'hui, j'en pleurerais bien volontiers.

bref, tout se passe bien jusqu'à 16 heures, heure à laquelle mon groupe d'affreux feignants étaient convoqués pour faire ses preuves...hmm...c'est le groupe qui me pose le plus de problèmes depuis le début d'année. j'ai beau me défoncer à chaque cours pour qu'ils apprennent quelque chose, c'est mort de toute façon. ils s'en contrefoutent carrément, ils ne le cachent pas, le montrent même. mais hier, je vous assure qu'ils ne rigolaient pas.

l'examen se déroulait en deux parties : l'écrit avec une dictée (notes et rythmes à trouver) et une théorie (sur les deux leçons principales de l'année) puis l'oral avec un chant, une lecture de notes et une lecture de rythmes où j'avais bien mâché le travail. je me suis donnée du mal, je vous assure. je me suis creusée la tête pour écrire des exercices faciles, pour qu'ils aient tout de même une chance de réussir un peu.

chacun leur tour, ils sont passés devant le vieux monsieur et moi, un jury sympa, qui tentait de les aider quand ils se vautraient lamentablement sur les trucs qu'on avait travaillé toute l'année. avec en plus une sorte de total non respect, un je m'en foutisme évident. certains sont même partis en claquant la porte parce qu'ils n'étaient pas contents ! l'hallucination quoi.

les notes sont comprises pour la plupart entre 3/10 et 5/10. ce qui est particulièrement nul. surtout quand on pense que les petits, ceux du niveau d'en dessous qui n'ont que deux ans de solfège derrière eux ont assuré comme des bêtes avec des exercices plus difficiles !!!! j'étais complètement scotchée : par la nullité de ce groupe de 16h.

mon directeur n'était pas là. il s'est fait virer mais il serait censé finir l'année. bon. mais il m'a lâché pour les examens au dernier moment qui plus est, ce qui fait que je suis seule. seule à devoir décider du niveau pour passer à la classe supérieure. moi, je n'ai pas envie de les faire passer, étant donné leur manque de travail et ce qu'ils m'ont fait hier. ils ne le méritent pas. mais si je dois faire ainsi, je crois que seuls deux d'entre eux monteraient dans la classe supérieure. deux sur sept. c'est peu.

je ne sais absolument pas quoi faire. d'un côté, je sais qu'ils ne peuvent pas passer, ils n'ont pas le niveau. de l'autre, j'ai peur de me faire insulter par les parents d'élèves, pour qui mon travail n'est pas important, s'ils constatent que leurs gamins redoublent lamentablement. c'est moi la prof. prof dans une école de musique. ça implique l'indulgence et surtout, ne pas vouloir imiter le conservatoire. musique, loisir, tout ça tout ça. mais si je les laisse monter, ça serait comme les féliciter de m'avoir "craché" à la figure. parce qu'ils savent tous qu'ils n'ont pas bossé cette année.

c'est moi la prof, je suis seule pour décider. je dois m'imposer, je sais, je sais.

mais je suis terrorisée. j'aimerais me sentir soutenue. aiguillée. conseillée. je ne sais pas à qui demander de l'aide étant donné que mon directeur fait le mort. je sens qu'on ne le reverra plus. alors je suis perdue...

EDIT : après relecture des copies et des commentaires notés pendant l'oral, j'ai pris ma décision en toute bonne conscience : 3 redoublent avec une moyenne globale en dessous de 5/10. voilà, je suis prête à l'assumer. la suite demain :-)

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17 juin 2007

un vendredi pas comme les autres

ça fait bien deux semaines que son visage a changé. frappant de tristesse, sombre par les pensées qui doivent l'habiter...

d'habitude si digne, presque trop, d'habitude si imperméable à mes reproches, et ce vendredi, l'effondrement, éboulement, coulée de boue. de larmes.

elle se tient droite, comme une danseuse, avec son corps aux formes parfaites, petit bout de femme, coquette et fleurant bon l'innocence et l'adolescence, la jeunesse, les illusions. elle a 15 ans, déjà un sens aigu de la mode et une vivacité qu'il faut parfois canaliser. je l'aime bien, on est un peu semblables, l'insouciance en moins. j'aurais aimé être comme elle à son âge. jolie, remarquable par son élégance naturelle. une danseuse.

elle est plutôt douée quand elle veut bien se donner la peine. l'année dernière, je l'ai sauvée d'un ennui latent, pianistiquement parlant bien sûr. elle avait des facilités non exploitées, je lui ai donné le goût de l'interprétation et j'avoue qu'elle m'a surprise parfois. elle a le sens de la musicalité, sans trop se fouler. elle a bien du mal pourtant à chercher, sonder au fond d'elle-même. cependant, lorsqu'elle y parvient, elle me donnerait presque les larmes aux yeux. cette fille, c'est un diamant brut. c'est juste qu'il lui faudra un bon joaillier pour la façonner. elle peut devenir quelqu'un de bien, quelqu'un de beau.

ce vendredi, elle est arrivée comme d'habitude. jean slim parce que c'est la mode, petites ballerines à noeud, cheveux coiffés-décoiffés et tee-shirt rayé. elle était mignonne. un peu maquillée, on sent que ses parents ne lui prennent pas trop la tête et la laissent libre d'être comme elle a envie. je suis sûre qu'elle a tous les garçons de sa classe à ses pieds. elle dégage la bonne humeur et la joie. peut-être est-ce une façade mais je ne crois pas. elle n'a jamais montré le moindre signe de faiblesse.

sauf ce jour-là.

on travaille Chopin. et comme vous commencez à le savoir, je suis très exigeante lorsqu'il s'agit de Chopin. elle me le joue, mal. je bous intérieurement pendant les 10 minutes qu'elle met à m'enchaîner son morceau. je me demande comment je vais lui dire à quel point je déteste quand elle joue comme ça, sans s'impliquer, musicalement. de plus, elle fait des fautes, beaucoup trop à 12 jours de l'examen. et ça m'énerve. parce qu'elle est capable et qu'elle ne se donne pas les moyens.

elle s'arrête à la dernière mesure et ose à peine tourner la tête vers moi. je soupire. et commence mon laïus. je ne sais pas comment lui faire comprendre. je lui parle de passion, d'amour, de flux, d'élan. je lui dis à quel point on s'ennuie lorsqu'elle joue. je lui dis "n'as-tu jamais éprouvé la passion ? l'amour fou ?". je ne sais pas si j'ai le droit de poser ces questions mais tant pis. je voudrais simplement qu'elle comprenne, qu'elle sente, qu'elle ait ce déclic si révélateur...

je lui parle longuement, trouve facilement les mots mais je sais qu'ils sont vexants. tant pis. je ne dois pas ménager mes efforts sous prétexte que je vais passer pour la méchante de service. je voudrais tant qu'elle s'y mette, qu'elle décide de me faire pleurer, qu'elle décide de s'investir dans ce qu'elle fait. elle le mérite. elle mérite de connaître ces frissons qui te parcourent l'échine lorsque la musique te prend jusque dans la moindre parcelle de ton corps. je voudrais lui transmettre ce bonheur. je ne mâche pas mes mots. quand soudain, je m'aperçois qu'elle pleure. et pas qu'un peu.

elle sanglote. littéralement. je m'arrête de parler et lui dis de ne pas pleurer, qu'on va retravailler et que ça va aller mieux si elle s'y met. mais elle ne se calme pas. je commence à paniquer, lui demande si c'est juste à cause de ce que je lui ai dit. elle hoquette un "non" et retombe dans un terrible chagrin. jamais je ne l'ai vue ainsi. je me sens comme tous mes professeurs qui me faisaient pleurer, autant dire mal.

j'essaie de la consoler, je lui dis que je ne voulais pas la blesser, juste la secouer un peu, que je suis désolée de la voir comme ça, si bouleversée. elle me dit entre deux gros sanglots que ce n'est pas à cause de moi. je lui demande ce qui se passe, elle arrive juste à dire "parents". je repense à son visage d'il y a deux semaines, totalement défait. je lui dis "encore ?", elle hoche simplement la tête. elle a de longs sanglots, essaie de se reprendre et je sens qu'elle a besoin de se confier.

je tente de la faire parler en lui posant quelques questions : "quelqu'un est malade ? " "tes parents se séparent ?", j'essaie de trouver les mots et me montre aussi douce que possible malgré mon malaise apparent. elle souffle au bout de cinq minutes : "mon père m'a appris que ma mère le trompait"...

"ah..."

je suis gênée et ne sais pas trop quoi lui dire. malgré tout, je la rassure plus ou moins en lui disant que personne n'est parfait ni infaillible, surtout au bout de 20 ans de mariage, je lui dis que ce sont leurs histoires de parents, d'adultes, de couple et qu'il faut qu'elle les laisse régler ça entre eux même si c'est difficile. je cherche un peu mes mots, elle m'écoute et dit "je sais". je lui demande si elle en a parlé avec eux, elle me dit que non, qu'elle ne peut pas, que c'est comme tabou. je l'écoute et essaie de la conseiller un peu...c'est difficile de se mettre à sa place, de ressentir ce qu'elle doit ressentir...finalement, elle se calme peu à peu et me dit que ça lui fait du bien de parler un peu, qu'elle en avait trop à l'intérieur d'elle. au bout d'un moment, toujours en sanglotant, elle me dit "on travaille ?". j'acquiesce, je sens qu'elle va un peu mieux...

on a passé le cours comme ça, à travailler pour oublier sa peine. je l'ai fait rire un peu. lorsqu'elle est partie, je me sentais triste pour elle. je lui ai dit de rester courageuse. elle m'a fait mal au coeur, j'ai culpabilisé terriblement. mais je sais qu'au fond, ça lui a permis de parler un peu de tout ce qu'elle vit actuellement.

pauvre gosse. je me demande pourquoi son père lui a raconté ça...pas très délicat. en même temps, je me dis qu'on n'est pas là pour le juger...j'espère juste pour elle que ça s'arrangera.

les joies de la famille !...

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15 juin 2007

la petite blonde qui pleurait

c'est vrai qu'elle est jolie. elle a de longs cheveux lisses très blonds qui descendent très bas dans son dos. et de charmants yeux bleus. elle a une petite voix si douce, une petite bouille de bébé. je crois qu'elle est au CM2. elle respire l'enfance, l'innocence, la fragilité, la délicatesse.

elle arrive toujours en me souriant, comme si elle était contente de me voir et rejoins les autres dans la salle de cours. elle a un petit nom poétique et peu répandu. elle se met à côté de sa copine et parfois grignote son goûter pendant l'heure de solfège. discrètement. elle aspire joliment son jus de fruits, elle mord délicatement dans son gâteau, elle ne met pas une miette par terre, elle mâche très silencieusement.

je la regarde et je me dis "quelle parfaite petite fille". elle est comme une poupée blonde : les lèvres roses, les yeux bleus, les chevilles d'une finesse incroyable...

le seul problème, c'est ce manque de motivation pour travailler. au début, de l'année, je donnais pas mal de devoirs pour la semaine, chaque fois, elle partait en pleurant qu'elle ne pourrait pas tout faire. une semaine pour faire 4 exercices de solfège, c'était apparemment trop. je la consolais en tâchant de lui expliquer qu'elle pouvait s'organiser pour en faire un peu chaque jour, peine perdue. ça finissait toujours pareil : son beau visage déformé par les sanglots et ma culpabilité grandissante.

voir cette petite poupée pleurer n'était pas chose aisée. c'est injuste pour les autres peut-être. quoiqu'il en soit, ils en ont tous profité. peut-être même que c'était un complot. en tout cas, j'ai réduit les devoirs. et elle a cessé de pleurer à la fin de mes cours.

mais elle ne s'est pas mise au travail pour autant. bien sûr, quelquefois, elle fait ce que j'avais demandé de faire. elle lève alors le doigt et attend que je l'interroge, impatiente, elle trépigne sur sa chaise. lorsqu'elle est décidée, elle est capable de réussir. je l'y encourage, la félicite. cependant, ça ne dure jamais. et je vois bien comment elle se tasse sur elle-même pour passer inaperçue lorsqu'elle n'a pas travaillé.

hier, elle s'était mise tout au fond de la classe. je répétais alors une leçon avec eux. je montrais au tableau, refaisais avec eux les exemples, leur rabâchais une nouvelle fois la leçon censée être apprise depuis 4 ou 5 mois. seuls deux d'entre eux la connaissent...

je l'interroge pour la faire participer. silence dans la salle. je viens d'expliquer la méthode au tableau plusieurs fois. rien ne sort de sa si jolie bouche. ça m'énerve, je passe à quelqu'un d'autre. 5 minutes plus tard, je lui demande autre chose : je viens de l'expliquer aussi. silence de nouveau. elle ne répond pas, me regarde avec cet air désespéré. j'insiste. je dis "on vient de le faire". je lui demande de repasser devant pour pouvoir la surveiller. ça m'énerve encore plus de la voir traîner pour s'installer. elle fait mine de vouloir se mettre avec sa copine. je dis non, je lui demande de venir devant, avec une autre fille que je sais sérieuse. elle me foudroie du regard.

le cours s'est passé ainsi. une heure entière à tenter de leur donner les clés pour l'examen de la semaine prochaine, me sentant impuissante devant eux, surtout devant cette petite blonde qui n'a pas d'oreilles, qui n'entend pas mes explications, qui ne sait pas écouter.

certainement qu'elle a dû se sentir persécutée. certainement que je suis méchante d'avoir osé la disputer parce qu'elle n'écoutait rien. mais pour une fois, son charme n'aura pas fonctionné.

je me demande si elle a pleuré en sortant de mon cours...

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12 juin 2007

l'enfant prodige

il est inscrit depuis deux ans à l'école de musique, dans ma classe de piano et aussi dans ma classe de solfège. c'est moi qui l'ai fait débuter, c'est moi qui lui ai enseigné les premières bases. d'ailleurs, il les a assimilées avec une facilité déconcertante. sans jamais ni parler. ni crier. ni rire.

il est comme un mur, un tout petit muret de pierre. il ne dit jamais rien, quand il s'exprime, il n'utilise que de fragiles onomatopées, il est un mystère. 

il a 7 ans je crois, en avance à l'école, il a sauté le cours préparatoire allègrement. sa mère doit être fière de lui mais après tout, je n'en sais rien. elle ne le montre pas. lorsqu'il réussit, elle se pose juste la question "est-ce mérité ?". c'est étrange, c'est injuste même. elle voudrait qu'il soit meilleur. je ne pense pas qu'on puisse être meilleur. juste un peu plus épanoui. mais ça ne semble pas la déranger...

il est tout petit. apparemment, sa mère s'inquiète de sa croissance. il est vraiment petit encore mais il n'a que sept ans, sa croissance n'est certainement pas finie. pourtant, elle voudrait qu'il prenne de la "masse musculaire" alors elle lui offre des instruments de musculation, jusque pour les doigts. et elle insiste sur les cours de sport. elle ne le lâche pas. à chaque fin de cours, elle vient me demander comment ça s'est passé. je lui réponds inlassablement la même chose : "bien, très bien même" car je n'ai rien à reprocher à ce petit garçon. à part peut-être que son silence m'inquiète.

un enfant, ça rit, ça court, ça crie, ça pleure. un enfant, ça vit. il est si calme, si sage que c'en est effrayant ! il a mis très longtemps à oser me regarder, à me répondre lorsque je lui posais une question. c'était difficile de travailler avec lui au début car lorsqu'il avait une difficulté sur un exercice ou qu'il n'avait pas compris quelque chose, je devais jouer aux devinettes, lire dans ses doigts, tenter de me mettre à sa place, retrouver la sensation des petites mains pour comprendre ce qui n'allait pas.

il avait peur de me parler ou bien il ne savait pas articuler les mots. il a fallu que j'insiste, que je montre patte blanche et qu'il demande à sa mère de ne plus assister au cours. à partir de là, il a commencé à s'exprimer, par onomatopées. juste l'essentiel : oui, non, hum. j'ai fait avec ses petits mots de petit enfant timide et nous avons réussi l'année.

et puis, depuis la rentrée, il est devenu plus causant mais souvent pour demander s'il allait gagner, réussir mieux que les autres. son esprit était devenu compétitif. je l'avais présenté à un concours, il était déçu de ne pas avoir gagné le premier prix, surtout en sachant qu'une de ses camarades avait mieux réussi que lui. je n'avais pas compris qu'il allait devenir ainsi. je n'aime pas cette envie écrasante chez un petit garçon de 7 ans. alors j'élude les questions que je trouve moches dans sa bouche car je sais qu'en plus, elles ne viennent pas de lui.

il a toujours cette petite main et ses petits doigts fragiles et c'est vrai qu'il est petit. mais ça ne dérange pas puisqu'il parvient à jouer chaque morceau que je lui donne sans trop de difficulté. il a pris l'habitude de travailler vite. il faut souvent que je rappelle à sa mère que le but n'est pas là. elle acquiesce mais je sais que c'est elle qui le pousse. il réussit, il joue chaque pièce très bien. mais il manque toujours ce petit quelque chose, celui qui fait qu'on écoute en souriant, celui qui ravit les sens, celui qui promet...l'âme, l'innocence, la fraîcheur, le sourire...

c'est l'enfant prodige, le fils préféré mais je souhaiterais tellement qu'il ne soit pas si parfait...

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10 juin 2007

le gars de l'usine

il a des paluches qui en disent long sur lui, pas le genre à faire dans la dentelle, un franc parler qui n'appartient qu'à ceux qui ont vraiment vécu. il a une cinquantaine d'années, il est le genre de grand gaillard baraqué qui sait manier les grosses machines.

ses mains sont cabossées, calleuses, irrégulières et rêches. pourtant, il aime jouer du piano, comme ça, pour le plaisir, quand il a fini de faire les trois huit. sa femme maintenant l'appelle André Rieu, il est pas peu fier ! il m'explique toujours que son synthé ne sonne pas pareil que le piano droit de l'école. je lui dis que c'est normal. il me dit que le métronome, ça le perturbe, je lui dis qu'il faut s'habituer. il me dit que les "chansons" qu'on apprend lui plaisent, je lui réponds "tant mieux !". il est motivé, ça fait plaisir à voir.

c'est un gars qui a dû bosser tôt, très jeune. j'imagine comment il était, à quoi il ressemblait. je me demande quelles machines il est amené à manipuler car quand il m'appelle de l'usine, j'entends beaucoup de bruits en tout genre. il est un peu atypique par rapport à ces collègues de machines. à mon avis, seul lui joue du piano et chante dans une chorale.

il aime bien les chansons de variété mais aussi la musique classique, la preuve, il écoute André Rieu !! je n'ose pas lui dire que je déteste André Rieu, j'ai peur de le décevoir. il connaît les Walkyries et les valses de Strauss, il écoute le best of MOzart de temps en temps, pour se détendre. ça me fait rire, je ne le montre pas mais ça m'amuse. c'est un bon gars, un monsieur qui a du chien et de la persévérance.

au piano, ses mains tremblent un peu. je lui demande pourquoi, il me répond qu'il n'a pas l'habitude de la délicatesse qu'il faut pour appuyer sur les touches. sa paluche énorme recouvre la moitié du clavier, j'exagère à peine. il se courbe un peu devant l'instrument, bien trop petit pour lui. et il s'applique, autant qu'il peut, pour me faire plaisir, pour me montrer comme il a bien travaillé. finalement, c'est un gamin, un gosse qui veut recueillir les félicitations de sa prof.

parfois, il me demande de jouer son morceau, pour voir ce que ça donne. je lui joue et il m'applaudit, s'émerveille devant mon "talent". je ris et il rit aussi.

chaque fois qu'il vient à mon cours, le jeudi, j'ai l'impression qu'il a passé du temps à se faire beau. je ne sais pas si c'est vrai mais il me paraît vraiment soigné. ses cheveux bien coiffés, ses ongles bien carrés, sa chemise bien repassée...il est toujours très courtois, bien plus que certaines personnes "de la haute". il me salue et se précipite tout de suite au piano, il a toujours l'envie alors je m'efforce de lui expliquer ce que je sais, je suis heureuse de le voir si contente. un gars comme lui, ça ne court plus les rues.

quand il ressort, j'ai toujours le sentiment qu'il a passé un bon moment, que pour un instant, il a oublié les machines bruyantes de son usine et que la délicatesse du piano lui a apporté une grande joie. alors je le salue et le regarde s'éloigner avec l'impression géniale du devoir accompli. c'est un gars rude, un ouvrier, un ouvrier qui joue du piano et qui aime André Rieu...

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08 juin 2007

la blessure

il a un nom ancien, un prénom qu'on n'entend plus prononcer que dans les réunions du troisième âge et pourtant, il est en sixième. il a juste 12 ou 13 ans et déjà tout son corps porte la misère du monde. moi, je prononce son nom à l'américaine, pour le faire rire et pour qu'il se sente comme les héros des films. cependant, c'est comme si tout son destin était scellé par le choix de ce prénom : trop vieux avant d'avoir vécu. à 12 ou 13 ans...

quand je l'ai connu l'année dernière, c'était un petit garçon à lunettes, ses pieds ne touchaient pas par terre, il était sage et bien coiffé, il portait ses clés autour du cou pour ne pas les perdre. il arrivait toujours à l'heure, stressé d'être en retard, il s'installait sur une chaise, le dos bien droit et attendait gentiment son tour. il a commencé le piano mais il n'avait pas d'instrument chez lui alors il s'était fabriqué un faux clavier sur un bout de carton, il avait dessiné les touches pour pouvoir travailler chez lui.

avant, il faisait du judo, comme tous les gamins de son quartier. puis il avait annoncé à ses parents qu'il voulait faire de la musique. et apparemment, ses parents n'étaient pas super contents. ils avaient donc attendu qu'il se décourage, patiemment, puis, voyant que le gosse voulait vraiment continuer, ils lui avaient offert à synthétiseur pour Noël. mais pas les piles pour aller avec.

j'avais essayé de lui enseigner le piano malgré tout. mais je sentais chez lui poindre toute une série de complexes qui le crispaient totalement. sa main, son corps entier étaient tendus en permanence, comme trop conscients. conscient des problèmes, conscient du monde alentour, trop conscient, pas le moindre soupçon d'innocence, d'insouciance dans ce petit garçon. juste la sensation déjà d'être vieux avant d'avoir vécu. pour toujours.

il fait du théâtre aussi. pour apprendre à parler en public, pour savoir respirer, pour devenir ce qu'il ne sera jamais. il est toujours à l'école de musique, il s'accroche, travaille plus. mais rien n'y fait, il est toujours crispé. son corps ne sait pas se détendre et ses mains au piano en font les frais. soulever les doigts, appuyer sur les touches, enchaîner un morceau, tout cela le fatigue, il tremble, sue, se trompe, recommence. et moi, j'attends, je cherche, je tente de l'aider, du mieux que je peux. je lui apprends le souffle, je lui parle yoga, ciel, nuage. je lui raconte des histoires. et parfois, lui fait de même.

au début de l'année, un mercredi, il était arrivé plus crispé encore que d'habitude. puis il m'avait raconté qu'au collège, il avait assisté, impuissant, à une rixe entre plusieurs filles de sa classe. trois contre une seule. les plus fortes avaient arraché le lobe de l'oreille de la plus faible en tirant sur sa jolie boucle d'oreille. bien sûr, il y avait eu du sang, bien sûr, il aurait voulu aider son amie, bien sûr il s'en voulait très certainement. j'étais horrifiée. au collège, en sixième, jamais je n'avais eu à vivre pareille bagarre. lui semblait choqué. je le comprenais. la violence, l'ordinaire, celle qui attaque les enfants. l'insupportable. on avait discuté tous les deux mais il gardait son sourire crispé. pourtant, je sentais qu'il était désespéré...

il a ce prénom de vieux, celui qu'il porte comme son sourire, tendu comme un arc, tremblant comme une feuille au vent. il a ce prénom et je me dis que tout est définitivement scellé, trop tard, fermé. son corps porte le traumatisme d'une enfance volée, mystérieuse. il est seul, toujours seul. je ne vois jamais ses parents. c'est un bon petit gars pourtant. qui mériterait tellement plus que ce prénom. cette blessure qui crie : trop vieux avant d'avoir vécu.

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06 juin 2007

dilemme cornélien

petit exposé rapide de la situation :

j'enseigne actuellement dans une école de musique, et ce depuis deux ans. je suis presque à temps plein, avec mes cours de piano et de solfège. peut-être même que je pourrais évoluer encore mais rien n'est sûr pour le moment. je suis bien là-bas pour le moment mais à long terme, c'est une petite école et j'aimerais pouvoir avoir le choix d'aller bosser dans un conservatoire plus tard.

je gagne bien ma vie. mon homme va signer prochainement un CDI et gagnera lui aussi bien sa vie. on pourrait faire des projets à plus long terme, comme acheter une maison par exemple. c'est ce que nous désirons le plus au monde. avoir notre chez nous...

j'enseigne sans avoir le diplôme d'état. dans le milieu musical, c'est très très courant. mes collègues ne l'ont pas non plus. pour les écoles de musique, il n'y en a pas besoin, il n'est pas encore exigé. par contre, pour le conservatoire, si.

je pourrais éventuellement me présenter au concours d'entrée pour passer ce DE. seulement c'est deux ans d'études, pas tout près de chez moi. et lorsqu'on entre dans cette "école", on ne peut plus travailler vraiment. disons qu'ils demandent de ne pas faire plus de 10 heures par semaine. ce qui veut dire revenir à un salaire de misère (500/600 euros par mois dans les bons mois, puisque pas payée pendant les vacances par exemple). redevenir précaire en sommes. malgré ça, avec ce diplôme en poche, je serais plus ou moins tranquille...

alors j'hésite. je ne sais pas quoi faire. d'un côté, je me dis qu'il faut que je le fasse, que c'est un sacrifice à faire mais qui m'apportera beaucoup de choses, et surtout une sérénité et une tranquillité certaine...

d'un autre, je dois renoncer à tout ce que j'ai "acquis" jusqu'ici. c'est-à-dire un bon job, qui me plaît, qui paye bien, et surtout, les rêves qu'on a avec mon homme. repousser. attendre. encore...je sais qu'on a le temps mais franchement, je serais déçue et lui aussi...se serrer la ceinture à nouveau, comprenez, ça fait 4 ans qu'on le fait et qu'on ne peut rien prévoir...

besoin d'avis...je sais que ça ne me poussera pas forcément dans tel ou tel sens mais ça m'aiderait de savoir ce que vous feriez, vous, dans une telle situation.

hier, j'ai essayé d'appeler l'école pour le DE, personne n'a jamais répondu. signe ?

à vot' bon coeur...

Posté par annaellee à 08:43 - prof ! - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 juin 2007

les moyens, c'est moyen.

je suis nulle. nulle, nulle, affreusement nulle.

depuis le début de l'année, c'est le groupe que j'ai le plus de mal à gérer. ce sont des adolescents, en période rébellion, refus de l'autorité. dès qu'ils pénètrent une salle de classe, alors ils deviennent terribles, froids, durs comme des pierres, in-intéressés et fermés à toute forme d'apprentissage.

au début, j'ai joué la carte de l'autorité. ça ne fonctionnait absolument pas. j'étais devant eux et je ne pouvais que voir leurs visages tendus, leurs oreilles closes, leurs lèvres scellées par le dénie. ils ne travaillaient pas. ils ne foutaient rien et ne le cachaient même pas. pire ! ils se pompaient mutuellement les réponses aux devoirs et me rendaient tous la même copie truffée de fautes. sur une classe de 35 élèves, ça ne se voit pas forcément. sur une classe de 4 élèves, là, par contre, ça saute aux yeux...

il y a ce gosse, qui n'en est plus un déjà. malgré tout, il n'a que 15 ans. il est comme un leader pour les autres. il influence le cours. si lui n'a pas envie, alors tous les autres se rangent derrière lui. et je me retrouve face à quatre murs, solides, inébranlables. et je ne sais pas gérer ça. j'ai essayé de leur parler, en vain, de lui parler aussi, seule à seul. rien n'y a fait. alors j'ai laissé tomber la carte de l'autorité depuis quelques mois. et j'ai sorti ma carte "cool".

depuis plusieurs années, ils ne travaillent plus du tout leur solfège. ils sont à un stade où on serait censé évoluer vers d'autres façons de faire : écouter de la musique et la décrypter ensemble, comprendre comment une partition est construite. seulement voilà, ils ne maîtrisent pas les bases. et ce n'est pas leur faute. l'année dernière, ils n'ont fait que de la lecture de notes. alors ils ne sont forts que pour la lecture de notes. et encore ! juste la clé de sol, la base et un peu de clé d'ut puisque leur ancien prof, saxophoniste de son état, leur a fait apprendre la clé d'ut qu'il connaissait lui-même. la clé de fa ? non, ils ne l'ont pas faite. dans l'ordre, généralement, on apprend sol, puis fa puis ut. alors je m'échine à leur faire lire au moins ces trois-là.

depuis quelques temps, j'ai compris qu'ils ne connaissaient rien des bases de la musique classique. et comme nous sommes dans une école de musique, il me semble qu'ils ne pourront écouter, apprendre ces bases qu'ici. alors je leur passe en fin de cours un "grand classique" ce qui donne toujours lieu à une foire monumentale. ils se mettent à crier comme des petits singes, tout excités qu'ils sont de ne pas avoir à travailler pour de vrai. ils n'écoutent pas, ils plaisantent. j'essaie de les faire taire, je leur dis de se calmer, d'écouter, d'ouvrir leurs oreilles. ça ne donne qu'un résultat factice et éphémère. car lorsqu'ils se taisent, leurs regards complices en disent long. ils ne sont pas intéressés. non. ils me demandent si j'ai pas plutôt Rammstein. j'en pleurerais volontiers.

et hier, ça s'est encore révélé ardu. le cours commence par les notes, le rythme puis le chant. les notes, ça va, c'est plutôt bon dans l'ensemble. le rythme, ils ont déjà plus de mal, on y passe du temps, on travaille ligne par ligne. c'est lent, c'est dur et ils ne font pas d'efforts donc, même si je ne lâche pas l'affaire, à cause de cet in-intérêt, l'exercice n'avance pas. le chant ? même ça, c'est difficile parce qu'ils rigolent et enchaînent les fous rire. hier, ils m'ont dit être "les sous-doués du solfège". ça n'est pas totalement vrai. ils pourraient y parvenir s'ils y mettaient un peu de bonne volonté. moi, parfois, c'est vrai, ils me font rire. et de toute façon, je n'ai pas d'autorité sur eux.

et puis les dernières minutes, je leur passe un disque et c'est la foire. alors je crie juste assez fort pour couvrir leurs hurlements. et puis, au final, je lâche l'affaire, je baisse les bras. j'abandonne la partie parce que j'ai joué toutes mes cartes.

et je rentre chez moi en me disant que je n'ai pas fait mon boulot. que c'est mal, je me sens mal, coupable. de ne pas réussir à leur transmettre quelque chose. pourtant, moi, quand j'écoute la symphonie du nouveau monde, j'ai les poils qui se hérissent tellement c'est beau.

pas eux.

je me sens responsable. j'ai l'impression terrible d'avoir loupé quelque chose avec ce groupe. pourtant, j'ai vraiment essayé. rien ne fonctionne.

je suis nulle.

Posté par annaellee à 10:33 - prof ! - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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