17 juin 2008
vide
à l'intérieur de mon corps, c'est le grand vide, rien, plus rien. je ne suis qu'un corps sans énegie...
j'ai la sensation que tout me submerge, les partitions accumulées que je dois bosser et le cours de jazz jeudi, que je n'ai pas eu trop le temps de préparer. oui parce que je prends des cours de piano jazz avec un prof que Lucie m'a présenté. il est sympa, il me fout pas la pression mais quand même, ça me soule d'aller à son cours sans avoir bossé à fond.
je me traîne depuis le 24 mai, soir de la comédie musicale, j'ai tout donné jusqu'à ce jour et je me retrouve là, en plan, les bras balands (comment on écrit baland ? balants ? balens ? tain, j'sais pas !). et j'ai pu d'énergie. non, plus aucune énergie.
mais beaucoup de boulot : les examens de solfège, demain et mercredi prochain, les concerts qui s'enchaînent, les accompagnements d'examens à préparer pour pas planter les élèves et puis tout le reste...les cours, la baraque, la lessive...pfff tout ça m'épuise.
du coup, je suis malade depuis quelques jours. mais bizarrement. le soir, je me couche, j'éternue, mon corps tombe de sommeil, j'ai le nez pris et je suis crevée même si la journée a été light. je dors peu malgré ma fatigue : mes yeux s'ouvrent en grand avant le réveil et j'ai la sensation d'être en retard, de me lever trop trop tard. vendredi, à 7h, je ne pouvais plus fermer l'oeil. ça palpitait en dedans. je me suis levée mais je l'ai regretté très vite.
et aujourd'hui, fièvre et vertiges toute la journée. j'ai pas pu aller bosser dans ma deuxième école que j'aime pas. je me suis fait engueuler par le dirluche qui devait penser que je fais du cinéma. bref, culpabilité à fond qui fait que j'irai le 1er juillet pour me faire pardonner. pfff...
les élèves sont pas prêts pour le solfège et je suis la seule à angoisser. eux s'en foutent. la seule chose à laquelle ils pensent, c'est au moment où ils pourront arrêter le solfège définitivement. ça me fait de la peine. j'ai l'impression que mon boulot et la passion avec laquelle je le fais, ça ne sert à rien.
du coup, pas de compos depuis des semaines. et ça me manque.
ah...je ne sais pas si je peux en parler, j'ai peur que ça porte malheur mais un grand changement se profile à l'horizon. je croise les doigts pour que ce projet se réalise. je vous en dirai plus quand je saurai définitivement. là, j'ai peur de m'avancer...
j'ai envie de soleil et il fait moche, c'est terrible et déprimant !
à bientôt tout le monde, avec peut-être une super méga bonne nouvelle ! j'espère ! croisez tous vos doigts pour moi :-)
11 juin 2008
...
une matinée d'examens et me revoilà dans ce milieu que je déteste. il suffit d'un mot, d'une phrase assassine et me revoilà plongée, en apnée pour ne pas être contaminée, dans ces abîmes profondes du petit (tout petit) milieu "conservatoire" de ma ville.
arf. souffrance. douleur. hypocrisie. apnée donc.
elle arrive. pas changée d'un pouce en 6 ans. je me demande si moi j'ai changé. mentalement en tout cas oui. elle pas du tout.
elle est toujours aussi laide. mais pas qu'extérieurement. dans sa tête, c'est le plus gênant. j'ai presque pitié d'elle. mais pas vraiment parce qu'elle a toujours été méchante. mauvaise.
elle semble sûre d'elle. elle parle beaucoup, dévisage les gens. mais détourne le regard lorsque c'est ma voix qui s'élève.
ils se connaissent tous. s'auto-félicitent de leur réussite mutuelle. tu parles ! bref. je me tais, je me fais la plus petite possible. je n'ai pas envie d'échanger avec eux. je n'ai rien à voir avec eux. mes mains tremblent, mon ventre est noué. je fais genre tout va bien, je suis super à l'aise. mais il n'en est rien. je me sens comme déplacée, je ne suis pas dans mon élément.
les examens commencent. évidemment, tous mes élèves se font casser. ou du moins, pas un n'aura plus que les siens. bien sûr, je les défends bec et ongles mais tout est déjà joué. bien sûr, certains sont moins bons que les autres. mais le boulot qui avait été fait avant moi a été difficile à rattraper. tant pis, je sais leur évolution. et aucun ne m'a déçue. mais j'ai le sentiment d'avoir été flouée. même jusque dans la distribution des élèves. je ne pense pas avoir loupé mon année. mais je me remets quand même en question. parce que même les bons n'ont pas été distingués.
je suis triste pour ça et en même temps soulagée. il me reste deux cours là-bas et après, je n'y retournerai plus jamais.
je ne verrai plus leurs têtes d'hypocrites. jamais. ouf !
01 juin 2008
Emmanuelle, absente...
j'avais confiance en elle. depuis 3 ans, je l'avais comme élève. au début, sérieuse et anxieuse, elle faisait tout pour s'améliorer, même si c'était difficile, elle progressait.
et puis l'adolescence est venue mettre son bordel et elle a changé. elle a commencé par afficher ce sourire niais sur son visage, qui lui donnait l'air de se foutre de tout. toujours gentille avec moi cependant. faisant semblant de comprendre l'importance de mes mots. faisant pourtant toujours fi du travail que je lui demandais.
chaque semaine passait et je débitais la même rengaine, tantôt doucement, presque amicalement, tantôt plus sévèrement. et puis quelquefois, je m'emportais, lui parlant de sa vie future et de ce manque de travail qui ne laissait présager que du mauvais pour la suite.
j'avais envie de lui donner envie. je lui jouais ses morceaux, je lui parlais de concerts, je la programmais sur des échanges intéressants. mais rien n'y faisait. quand elle ne pouvait pas se faire emmener à mon cours, j'allais la chercher, gentiment, bonne poire que je suis. et je lui racontais des blagues dans la voiture tout en espérant ne pas avoir d'accidents.
sa mère elle-même semblait me respecter, elle m'appelait madame, ce qui avait le don de m'énerver.
puis, Emmanuelle n'est pas venue pendant 5 semaines et a loupé la distribution de son morceau d'examen à plusieurs reprises. quand elle est revenue, elle s'est "excusée" en riant, moi je ne riais pas. elle n'avait pas ouvert une partition depuis le dernier cours. "je ne m'énerverais plus" je lui avais dit. puis la moutarde est montée une nouvelle fois. et je lui ai dit que sa façon de sourire alors que je n'étais pas contente du tout, cette façon qu'elle avait de venir en cours sans avoir rien fait et sans même en avoir un tout petit peu honte, c'était m'insulter, me cracher à la figure. me manquer de respect alors que pour elle, je n'en avais jamais manqué.
je l'ai engueulée c'est vrai.
alors elle s'est fait faire un certificat médical qui sonne comme un énorme mensonge et je sais que je ne la reverrai plus.
pauvres enfants. pauvres diables que nous sommes à vouloir leur donner alors qu'ils ne peuvent pas recevoir.
et dire que je l'aimais bien...
pas un mot, pas un coup de fil. juste l'absence. de celle qui pourrait rendre coupable. de celle qu'on ne peut pas combler. de celle qui laisse un goût amer dans la bouche et qui fait regretter d'être soi.
30 mai 2008
A contre temps
j'ai beau le savoir, je ne réalise pas. c'est fait. le projet d'un an est passé, c'est fini. non, ça commence en fait ! puisque nous devons la redonner en novembre et peut-être ailleurs, dans une ou deux villes autour de saint nicolas...
c'est passé comme une seconde, un instant. magique. presque irréel. et les mots pour écrire ici ne venaient pas. peut-être parce que cette intensité ressentie est vraiment impossible à retranscrire par les mots.
je vais essayer quand même.
j'ai passé deux jours non-stop quasiment dans la salle à préparer les décors avec Lulu et André. accrocher les notes aux rideaux en riant et en transpirant parce qu'il faisait très chaud, attendre les élèves en flippant parce qu'il en manquait quelques uns, râler parce qu'il manquait le guitariste et que l'ingénieur du son ne maîtrisait pas son matériel et prier pour que tout se passe bien. essuyer les remarques agressives des parents, se battre contre soi-même pour rester positive et enjouée alors qu'au fond de moi, c'était le vide intersidéral. l'angoisse qui monte au fil des heures, l'adrénaline qui vient par vagues au creux de mon ventre vide parce que je ne peux rien avaler. le vin pour se détendre avec quelques uns du spectacle (les adultes, je précise !). et puis l'heure qui tourne. vendredi...samedi...13h...16h...19h...20h...
les gens commencent à affluer dans la salle. les élèves courrent dans tous les sens, il faut les rassembler. habiller les petits, virer les parents des coulisses, rassembler les décors derrière, annoncer que le spectacle commencera à 21h, entendre la foule derrière le rideau noir. voir les autres profs arriver et rire. attendre, surveiller. prier. aller respirer soudainement dans le couloir parce que mon ventre se tord tout d'un coup. j'entends les gens dans la salle, je sais qu'ils sont nombreux. savoir qu'il y mes parents, mes beaux-parents, mon homme...et puis soudain...alors que je ne vois plus rien, que tout tourne autour de moi, que le monde s'agite, que ma respiration se fait plus rapide...les pianistes montent sur scène alors que je n'ai pas eu le temps de leur dire "merde". puis la chorale qui doit rentrer bruyamment. c'est parti ? ça commence !
j'entends les premières notes au piano. je regarde andré, je l'impore presque des yeux...quelque chose d'inattendu me prend là toute entière. ma respiration s'accélère sans que je puisse la contrôler, les sanglots montent sans que je les sente arriver. et alors que Maud joue "ré fa la fa mi sol do mi ré...", je me mets à pleurer doucement et à suffoquer. je ne comprends pas ce qui m'arrive. sur le moment, rien ne peut arrêter l'émotion qui m'envahit. c'est une amie qui parviendra à m'apaiser. je crois que sinon, j'aurais pleuré tout le long du spectacle.
notre spectacle. tout est de nous. tout est personnel, intime. et voilà que 350 personnes entendent. c'est notre bébé. je pleure parce que j'ai donné vie à ce spectacle.
puis tout s'enchaîne en une seconde. je guette les entrées et sorties des acteurs, je monte et descends de scène avec les décors. je ne vois rien, je ne réalise rien. tout se passe plutôt bien. les chants passent sans pains, personne n'oublie son texte, la chorale suit et sait à quel moment chanter, bouger. les gamins se tiennent bien sur scène. mes pianistes assurent. tout le monde est là...et c'est déjà le final. massacré par les intrumentistes mais personne à part nous ne l'entend. et le choeur qui chante une dernière fois avec moi dedans...
applaudissements. à l'énoncé de nos noms à lucie et moi, un tonnerre d'applaudissements et des gens qui crient. je ne sais pas qui ni où, je ne vois rien dans la salle. les élèves se sont cotisés pour qu'on puisse partir en vacances et nous offre l'enveloppe sur scène avec un petit mot, j'ai envie de les embrasser un par un...et puis des fleurs et puis des félicitations.
et depuis, que des retours positifs et une joie indicible.
une vraie joie.
surtout depuis que j'ai regardé la vidéo sur le caméscope et que j'ai enfin vu mon spectacle !
en un mot, je suis heureuse. je vis. je me sens bien. nos compos ont plu, l'histoire aussi. tout s'est bien passé. et je suis fière. de moi, de nous, d'eux. pour une fois dans ma vie, je n'ai pas honte d'être moi, je n'ai pas eu envie de me cacher. je n'ai pas eu peur de me montrer...
l'article paru dans l'est republicain : a_contre_temps
je ferai un album photo protégé par mot de passe pour ceux que je connais qui voudront voir les photos. je ne pourrai pas le mettre en ligne sans le protéger par respect pour mes petits élèves...
15 mai 2008
J-9
les cauchemars s'enchaînent, les répétitions aussi. et l'angoisse monte, monte.
il faut gérer les gamins et je me sens de plus en plus incapable de le faire. ils sont énervés par le soleil et les vacances qui approchent, ils hurlent, se roulent par terre et se barrent dehors alors qu'on est en train de leur expliquer des trucs importants pour le spectacle.
on les fait répéter, ce n'est pas parfait, ils loupent leurs départs, ils oublient leur chorégraphie.
et puis, une des pianistes fait des pains partout et ne capte rien à la rythmique des morceaux. il faut redire des choses basiques. ne pas hurler, pas trop fort, essayer de garder l'humour. alors qu'au fond de soi, tout s'emballe, les nerfs lâchent et on se sent impuissant.
j'ai l'impression de ne servir à rien. c'est bien simple. tout ce que je donne est vain et ce que je voudrais donner à Lucie pour la soulager un peu, je ne peux pas parce que je n'y connais rien. je ne connais rien en mise en scène, en son et lumière, en décors. je me sens nulle. je ne peux pas écrire la fiche technique pour le matériel, je ne peux pas faire la conduite son et lumière. je ne sais rien faire.
ma seule mission était de préparer les musiciens, d'écrire les partitions, d'aider à la chorale. est-ce que j'ai réussi ? honnêtement, je ne crois pas.
les gamins de la chorale, quand c'est moi qui les gère, ils sont complètement excités. quand Lucie revient, elle hallucine parce qu'elle les trouve en train de beugler et ne peut plus en placer une. j'ai honte. c'est certainement parce que je ne sais pas faire preuve d'autorité. je les engueule mais mal. je ne sais pas parler à un groupe de gamins fous. je m'énerve dans le vent. j'essaie de leur dire "chantez plus, donnez de vous-même, racontez-nous quelque chose" et face à moi, j'ai des gamins qui m'imitent et qui hurlent de rire à mes blagues.
oui parce que je lance des conneries pour détendre l'atmosphère.
Lucie, elle, quand elle n'arrive pas à en placer une, elle ne dit plus rien et elle attend. et les gamins finissent par se taire. avec moi, ça ne marche pas. ça peut durer une heure.
et manon n'est pas foutue de jouer ces notes correctement. elle fait des pains partout, elle loupe les départs, elle galère grave et en plus, elle m'agresse quand je lui fais une remarque.
maud n'est pas mieux. elle dit "ouais" et ne supporte pas la moindre critique.
mais qu'est-ce que je fous là ? à quoi je sers ?
et les autres musiciens ? ils ne savaient pas leurs parties il y a deux semaines. j'ose espérer que samedi, ils la sauront. j'en doute.
qu'est-ce qu'on fout dans cette galère ?
j'aimerais tellement que ça roule. avec la scène qui a couté 2000 euros et le matos, les gens de la mairie qui seront présents au spectacle et le compte à rebours qui s'accélère, je commence vraiment à paniquer...
28 avril 2008
la dernière ligne droite
ça y est, c'est la rentrée. les dernières vacances viennent de s'achever et je vais entamer ma dernière ligne droite.
voilà. je suis sur la ligne de départ. les objectifs approchent : à contre temps, notre spectacle musical, puis les concerts et les examens.
à ce stade, on pourrait croire que tout est prêt mais c'est loin d'être le cas. évidemment, ça commence à prendre forme, ça commence à devenir quelque chose, à s'inscrire dans un chemin. on comprend rien de ce que je raconte hein ?
la comédie musicale. depuis août 2007 que je suis sur ce projet, tous les jours...et on a travaillé ! les enfants commencent à se prendre au jeu, même les plus réticents. certains s'éclatent vraiment et ça fait plaisir à voir. reste à peaufiner tout ça.
et puis viendra le jour J et son lot de stress et d'espoirs. et ce sera fini.
je dois vous avouer quelque chose : j'ai pas envie que ça finisse. je sais que ce travail va aboutir sur un spectacle qui va passer comme une seconde. et j'ai déjà les boules rien que d'y penser.
oh bien sûr, c'est dur, ça demande de la patience, du tact de préparer ce spectacle et des fois, j'en ai vraiment marre ! mais j'aime ce mouvement, j'aime les voir chanter, bouger, apprendre et rire. j'aime ce que je vis. et donc, j'ai pas envie que ça finisse.
après ça, je m'occupe de moi et de ma musique. parce que j'en ai envie. sans vraiment savoir où ça me mènera ni si ça mènera à quelque chose tout simplement.
en tout cas, cette année est riche, infiniment riche. elle restera gravée en moi.
j'ai envie de dire plein de choses mais tout ce qui me vient est trop cucul. comme d'hab !
on verra...
13 avril 2008
chère Noémie,
tu vas partir et je le sais.
tu vas partir et je souffre.
jeudi soir, à l'audition, tu as joué ton Debussy à la perfection. tes trois ans de piano à peine, tu m'impressionnes. tes gestes, tes respirations...
je ne t'ai pas dit tout de suite que c'était bien et je sentais bien que tu attendais mon commentaire. je n'ai rien dit parce que dans mon coeur, je me disais que c'était peut-être bien la dernière fois que tu montais sur une scène avec mon coeur qui battait derrière ton dos en priant pour que le stress ne te fasse pas perdre tes moyens.
j'étais suffocante derrière toi et tu ne le savais pas. et j'étais si heureuse que tu le joues si bien. mais je me suis tues longtemps avant de te dire que tu avais très bien joué. parce que dans mon âme, j'avais mal de penser que bientôt, plus jamais je ne t'entendrais jouer.
aujourd'hui, je pensais à toi. j'étais en train de fumer seule, dans le garage de mes beaux-parents et je pensais à toi. à tes doigts sur le clavier, à ta façon de respirer musicalement, à tes progrès, à ta façon de me sourire quand tu arrives et de poser un petit baiser sur ma joue.
et puis, j'ai réalisé une nouvelle fois que bientôt, tu allais partir. comme si mon cerveau ne voulait pas imprimer ce départ. et à chaque fois que je me souviens, je souffre encore.
tu n'es qu'une élève, c'est vrai. je ne devrais pas. avoir mal comme ça quand je pense à l'après toi.
je vois dans la classe de solfège, ta jolie tête et la tête de ton frère, je vous vois là, tous les deux, parfois énervants parce que distraits mais toujours si gentils. je me revois expliquer à ton frère que deux doubles sont égales à une croche. je te revois le nez en l'air, à penser à autre chose.
et je me dis "que deviendras-tu ? quelle adulte seras-tu ?" et j'ai envie de croire que tu deviendras musicienne car je crois en toi. tu es la seule ici qui puisse y parvenir. ce serait mon plus beau cadeau.
ma petite pianiste que je souhaiterais devenir grande.
dans dix ans, je me dis que tu m'auras oublié. tu auras oublié mes traits, tu auras oublié mes conseils et tout cela sera bien normal, les gens passent dans une vie et trois ans avec une petite prof de musique deviendront un vague souvenir de petite fille, ils passent comme un instant. et peut-être que j'oublierai aussi.
peut-être que le conservatoire te donnera envie de continuer ton chemin. je l'espère.
peut-être que sur les photos, tu te rappelleras de cette prof de piano que j'étais.
Noémie, ma fée crochette, je n'ai vraiment pas envie que tu partes...
08 mars 2008
y a des jours
y a des jours où faire mon boulot est difficile. difficile parce que les parents sont difficiles. difficile d'être toujours aimable, souriante.
difficile de faire l'hypocrite en fait.
y a des jours où j'en ai ma claque. vraiment. des jours où je perds la foi. des jours où j'ai plus envie.
des jours où on me reproche d'être ce que je suis, indéniablement, au fond de moi, intimement. y a des jours où je devrais peut-être mettre de l'eau dans mon vin comme on dit. seulement j'aime trop le vin pour lui faire ça. c'est moche.
y a des jours où je comprends pas ce qu'on me reproche. d'être moi, d'être franche, avec les autres, surtout mes élèves. y a des jours où j'ai pas envie de jouer un autre rôle, des jours où je sais que mon travail est important, que je me dois d'être honnête. des jours où j'ai envie de les emmener loin.
y a des jours où je suis déçue. déçue par les réactions, les gens qui râlent sans raison, des gens qui me posent des questions qui blessent, des gens qui ne comprennent pas comme je suis impliquée.
y a des jours où je ne sais plus pourquoi je fais ce boulot, des jours où je ne sais plus pourquoi je me donne autant...
y a des jours comme ça. mais pour oublier ces jours, heureusement, il y a des nuits.
des nuits où je rêve que j'oublie. que j'oublie ces putains de jours.
et puis ça recommence.
c'est la vie...
Lulu, pars pas hein ? m'abandonne pas là-bas, toute seule.
j't'écrirai des chansons si tu veux, pour que tu restes.
19 février 2008
mon royaume pour des horaires de bureau !
tout est dans le titre.
aujourd'hui, j'ai rattrapé des cours que j'avais loupé un jour de maladie. déjà, rien que ça, ça me gave. oui parce que si je ne rattrape pas, les parents sont mécontents, ça leur fait un cours payé pour rien. bon. un cours ça doit valoir 3 euros maximum mais faut croire qu'avec les problèmes de pouvoir d'achat et tout et tout, les gens supportent mal de perdre trois euros.
alors je suis allée donner mes cours alors que c'est les vacances.
du coup, j'ai pu modifier mes horaires de manière à les rendre plus cool pour moi. comprendre : finir à 17h30 au lieu de 20h30. du coup, au lieu de rentrer chez moi à 21h15/30, je suis rentrée à 18h20 ! rendez-vous compte de ma satisfaction !
je suis rentrée, il faisait encore jour, même qu'il y avait du soleil et que du coup, je n'ai pas eu peur sur la petite route de campagne que je prends pour rentrer. non, pas eu peur. j'étais même de bonne humeur.
je suis rentrée et j'ai pu m'assoir devant mon pc et checker mes mails et prendre mon temps. puis j'ai pu aller faire la vaisselle sans me presser parce que la soirée n'était pas encore très entamée. et puis, là, j'ai le temps. je pourrais presque cuisiner un bœuf bourguignon et puis me prendre un bon bain avant de regarder un bon dvd.
le temps quoi. d'apprécier ma soirée, de profiter de mon homme (qui n'est pas encore rentré d'ailleurs !), de regarder un film en entier, de flâner sans se dire "mince, mais à quelle heure on va bouffer ?!" car oui, en semaine, en temps normal, je ne mange pas, je bouffe par nécessité.
le temps.
c'est vrai qu'en temps normal, j'ai quelques matinées pour profiter. m'enfin si peu. c'est vrai que j'adore mon boulot mais j'en ai marre d'entendre râler les gens qui ont cours après 18h30.
c'est vrai que si je pouvais, j'adorerais avoir des horaires "normaux".
une vie normale quoi.
même si je me plains pas. non. car j'adore mon boulot.
et puis le matin, j'aime composer des chansons. ça me met de bonne humeur.
d'ailleurs aujourd'hui, je suis de bonne humeur.
j'adore ce petit train-train quotidien tiens.
14 février 2008
130 km/h
à fond dans l'autoradio, il y a jacqueline Dupré et daniel barenboim qui joue à en mourir le deuxième mouvement de la première sonate pour violoncelle et piano de Brahms. mes yeux brûlent, mon pied appuie sur l'accélérateur. la glissière de sécurité me fait de l'oeil, je résiste.
9h30 ce matin. elle arrive avec ses enfants et s'installe au bureau, face au directeur. je m'assois à côté. elle commence et tout de suite je comprends qu'elle va faire mon procès. elle parle sur un ton que je ne lui connaissais pas. elle ne me regarde pas, à aucun moment. elle dit "elle" en parlant de moi, comme si je n'étais pas là. automatiquement, je revois ma soeur dans cette haine.
j'ai mal. j'écoute. depuis deux ans, elle entretient une rancoeur vis-à-vis de moi. encouragée par son crétin de mari. celui qui me faisait rire avec ses blagues, ceux qui m'ont invité à dîner un soir de juillet dernier, ceux-là même qui faisaient semblant, depuis le début, de m'apprécier et de me faire confiance.
elle a sur ses genoux son dossier à charges : toutes les preuves accumulées ces deux dernières années. elle m'accuse. mais se défend de le faire. pourtant, chaque parole est méchante et injuste. je la regarde. pas elle. je baisse le yeux. je ravale les larmes.
elle dit des choses affreuses : je favorise une élève parce que je m'entends bien avec la mère alors que l'élève en question ne joue pas terrible. je snobe son fils aux concours que je leur fais passer, je programme la même élève à toutes les auditions pour qu'on ne voit qu'elle, ma relation avec les parents de celle-ci m'influence. elle dit que son fils en souffre. elle parle d'injustice. elle pense que faire jouer les frères jumeaux à quatre mains était une façon de les réduire en tant qu'être humain unique. elle espère à la fin de cette conversation que je ne ferai pas payer aux enfants ce qui se passe entre nous.
il me faut deux minutes pour réagir après son laïus. deux minutes pendant lesquelles il me faut toute la volonté du monde pour ne pas craquer, tomber en sanglots ou partir en claquant la porte. jamais des mots ne m'ont fait tant de mal. ça tourne dans ma tête. je supplie des yeux mon directeur. et finalement réponds.
les mots sortent et je ne contrôle plus. je lui dis mon indignation, ma surprise et ma douleur. surtout cette effroyable douleur. jamais je n'ai favorisé quiconque. jamais je n'ai ignoré son fils. elle me parle de gestes que j'aurais eu pour l'autre élève. "vous lui avez tapoté les mains". je me souviens de ce jour de concours : j'étais avec eux, ceux qui m'accusent. je n'avais pas pu parler avec ma petite pianiste, je lui avais donc pris les mains rapidement pour lui signifier que j'étais contente d'elle. justement parce que j'étais assise avec eux.
elle calcule tout, depuis le début, mesure, quantifie, note. je lui dis que c'est là toute la différence. mon métier, ce sont mes tripes, ma passion. elle calcule tandis que je donne, sans compter.
elle ne lâchera rien. la conversation se clôt parce qu'on n'a plus le temps. on se lève. je ne la regarde pas. je vais à la photocopieuse, j'ai 9 heures de cours à donner, je lève la tête, inspire à fond mais je sens que ça ne va pas. j'ai envie de crier, de partir. je ne veux pas la croiser à nouveau. ce qu'elle m'a dit...
20 heures.
je sors après une journée entière d'examens. j'ai pris sur moi toute la journée pour ne pas sombrer. les enfants ne méritent pas de me voir tomber. j'ai envie de vomir. je suis seule dans la voiture et jamais je n'ai eu si mal. mal pour le boulot, jamais comme ça. mon cœur saigne et je sens le sang couler en moi. je lutte pour ne pas pleurer, je conduis. vite. je me fais peur. j'ai envie de me laisser aller. Brahms chante dans la voiture, me pénètre. le violoncelle c'est mon cœur qui meurt. je meurs. c'est ainsi que je ressens le mal à ce moment.
je m'arrête dans une station service et prends une bière pour oublier, pour chez moi. je pense à ces mots, ses mots que je n'oublierai jamais. je suis détruite. cette conversation n'a servi à rien si ce n'est me faire réaliser à quel point certains peuvent être faux, mauvais, fous. elle est jalouse uniquement. jalouse du talent de cette élève que son fils n'a pas. jalouse peut-être d'avoir raté sa carrière. jalouse, mortellement jalouse. mauvaise. immonde.
j'ai fui ce monde il y a 6 ans, en partant d'un conservatoire où tout n'était que compétition malsaine. et la voici de retour, dans ma classe. jamais je ne pourrai la tolérer. je prie pour qu'elle s'en aille. tant pis pour mes élèves si doués. je prie pour ne plus la voir. jamais.
mon cœur est si lourd aujourd'hui que je me suis fait porter pâle. maladie...plutôt trop déprimée, trop abattue, trop chagrinée pour retourner là-bas et la revoir...
mon cœur saigne.
n'écoutez jamais ce deuxième mouvement de Brahms pour violoncelle et piano lorsque vous êtes triste. c'est mortellement dangereux.
un article à lire et un extrait à écouter






