Anna Chronick's

les chroniques d'une jeune prof en quête d'elle-même

17 juillet 2008

deux cadeaux inattendus

mardi soir, le téléphone sonne alors que je suis en train de prendre l'apéro avec mon homme, que je suis en train de flipper à cause de mon employeur adoré qui ne m'a toujours pas appelé pour me dire ce qu'il en est de mon contrat. bref, je suis dégoûtée quand mon portable se met à sonner.

je décroche mais je ne sais pas qui c'est. et là, surprise, c'est Inès, ma petite élève de l'autre école, celle à qui j'ai proposé de me rejoindre à St nic. parce que son école n'est pas bien, que je n'y retourne pas, et que je trouve qu'elle mérite mieux que ces hypocrites. ça fait quelques semaines que j'en ai parlé à sa mère. mais elle voulait qu'Inès y réfléchisse et qu'elle prenne seule sa décision.

elle était venue pour le goûter de fin d'année du 21 juin, pour tâter un peu le terrain, visiter les lieux, rencontrer quelques élèves et visionner avec nous la comédie musicale. elle était arrivée avec son petit frère Gabin et sa mère et on avait pu discuter un peu. mais Inès est une petite fille réfléchie et elle avait souhaité revenir encore pour voir les classes et prendre la température. elle m'avait chanté des chansons pendant ma pause du mercredi midi et on avait mangé des gâteaux avec ma classe d'éveil. son petit frère et elle avait couru dans le couloir désert. et puis sa mère m'avait dit qu'elle m'appellerait pendant les vacances pour me faire part de la décision d'Inès.

quand j'ai décroché, j'ai entendu sa petite voix nasale si particulière. elle a commencé par me parler des vacances et du jardin, de son petit frère dont elle prend soin et de sa collection d'escargots. puis, elle m'a annoncé la bonne nouvelle : elle a décidé de me suivre à St nicolas. j'étais vraiment heureuse. parce que je l'aime beaucoup et que c'est elle qui a fait le choix, du haut de ses 7 ans. elle n'a pas envie de me quitter donc elle vient avec moi. et ça, ça me fait vraiment chaud au coeur.

on a discuté un long moment, puis j'ai parlé à sa mère et enfin à Gabin qui me disait des choses incompréhensibles mais qui était tout content de me parler au téléphone. il est rigolo. il a 2 ans. peut-être qu'il fera lui aussi de la musique un de ces jours.

et puis, ce matin. on sonne chez moi. je décroche l'interphone et j'entends le facteur, qui me connait bien parce qu'il me livre des colis quasiment une fois par semaine ! il monte avec un drôle de paquet dans la main. je n'ai rien commandé, mon homme non plus, je suis curieuse. il me donne le truc : recouvert de timbres à 1 centime, avec accusé de réception ! je regarde l'adresse de l'expéditeur, c'est Maël et ça me fait halluciner. je dis en plaisantant au facteur que ça doit être une bombe.

et je cours à la cuisine pour ouvrir le paquet, scotché de toute part. tant pis si j'explose. dedans, une boîte de gâteaux, venant du sud, puisqu'il travaille là-bas en ce moment.  et dans la boîte, une carte postale, du coup toute grasse mais que je prends plaisir à lire. ha la la, il m'en a fait voir Maël mais il va me manquer. il part l'année prochaine. ça me rend un peu triste. peut-être qu'il continuera le piano. peut-être qu'il reviendra, il ne sait pas encore très bien ce qu'il va faire.

je ne m'y attendais pas du tout. en tout cas, ces deux cadeaux m'ont fait vraiment plaisir et ont égayé ces quelques jours un peu tristes...

c'est bon parfois d'être prof...

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09 juillet 2008

un nouveau spectacle ?

hier, la question s'est posée : écrire un nouveau spectacle pour l'école, pour les élèves. je n'en avais jamais douté, parce que l'écriture, la réalisation, tout ça m'a apporté tout un tas de choses positives. dans ma tête, il était évident que j'allais me pencher sur un nouveau projet. j'avais déjà couché mes idées au lendemain de "à contre temps". j'étais déjà dans l'imagerie...

et puis, hier, j'ai pris conscience que tout ça n'était pas que positif. les parents, les répétitions avec 50% d'absents, le stress, les autres profs qui ne s'investissent pas...tout ça, je ne sais pas si j'aurais la force de le revivre. parce que c'est peut-être l'année la plus riche que j'ai vécue professionnellement mais c'est aussi la plus éprouvante.

écrire avec Lucie est un plaisir, réel. écrire, composer, partager ce truc qu'on a, ça me botte plus que tout. mais je ne sais pas si j'ai envie de m'investir encore dans un tel projet. parce que j'ai peur d'être encore en galère jusqu'au jour J, à courir après les gens pour qu'ils viennent 30 minutes à une répétition, à supplier les parents d'amener les enfants le samedi. et puis, diriger un choeur, c'est difficile, surtout quand les trois quarts ne sont pas motivés...

alors j'ai pensé écrire ce spectacle pour des gens qui aiment jouer. c'est-à-dire les amis de Lucie, ceux qui font du théâtre et qui mesurent la chance qu'on a de faire ce métier. bizarrement, ça ne court pas les rues. moi qui ai bossé au macdo durant deux longues années, je peux vous dire à quel point je suis heureuse de faire ce boulot. à quel point ça me motive.

je ne sais pas trop quoi faire. j'attends. le feu vert. j'attends de voir comment se passera la rentrée. de savoir qui sera ok pour participer à ce projet. ça me gave de devoir mettre mes envies en sourdine mais je ne me lancerai pas avec l'enthousiasme et la naïveté de l'année dernière maintenant que j'ai vu que tout ça n'était partagé que par très peu de gens...c'est certain que c'est décevant. mais bon, j'ai d'autres envies aussi que je travaille à réaliser...

je suis dans l'impasse, sans doute trop passionnée, trop impatiente, trop motivée. je crois que je ne supporte plus la tiédeur de certains de mes collègues. je crois qu'ils me dépriment trop, leur passivité, tout ça, j'ai du mal à comprendre, de plus en plus...je rêve de travailler dans le milieu du spectacle, monter des projets avec d'autres, participer à des choses de ce style, avec des gens qui seraient aussi passionnés que moi. j'espère qu'un jour, j'y arriverai. l'émulation de groupe, ça doit être formidable.

beaucoup de choses dans cet article.

quelque part, je ne me sens plus totalement prof. c'est étrange. pourtant c'est dans cette catégorie que je poste. je sens que mon destin n'est pas là.

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03 juillet 2008

fin d'année et chocolats...

ça y est, je suis en vacances. ou plutôt au chômage. mais je vais éviter de penser au fait que je ne suis plus payée jusque septembre au mieux...

si je fais le bilan, cette année aura été d'une richesse incroyable. mais aussi très éprouvante. je suis toujours autant surprise de constater à quel point ce boulot est ingrat. aussi bien auprès des enfants qui partent sans vous dire au revoir et manifestent leur hostilité jusqu'au dernier jour à l'égard de la prof de solfège et surtout vis-àvis des parents qui vous agressent pour un rien et vous font bien comprendre que ce que vous pensez, ils s'en foutent éperduement.

les examens de solfège par exemple. la barre pour le passage a été fixée d'un commun accord avec l'autre prof et le directeur à 12/20 de moyenne. et bien, figurez-vous qu'hier, la mère d'une des gamines qui redouble son année avec à peine 10/20 m'a menacée. oui oui menacée. et a tourné les talons après avoir dit qu'il était hors de question que la gosse redouble.

comme d'habitude, lorsqu'elle m'a gueulée dessus comme une grosse vache qu'elle est, j'ai senti mon corps flancher vers le bas. une sensation intérieur très gênante. comme si tout descendait à l'intérieur. je ressens souvent ça. et devinez où ça descend ? c'est très bizarre de sentir son coeur palpiter de peur à cet endroit. je me demande s'il n'y a qu'à moi que ça fait ça. je n'ose pas poser la question à d'autres de peur de passer pour une dingue. mais chaque fois qu'on m'agresse, tout descend tout en bas...

bref, éprouvante, sans nulle doute. devoir se battre contre les parents mécontents, c'est toujours toujours difficile pour moi. car je dois m'affirmer. et ça j'ai encore du mal. même si je ne me laisse plus démonter. mais hier, j'ai quand même appelé andré pour le supplier de venir à l'école si jamais ça devait se répéter dans la journée. étrangement, la mère n'est pas descendue de sa voiture pour agresser le directeur quand elle est revenue chercher E.

et riche. oui mais ça je l'ai déjà dit, vous le savez. j'ai passé l'année dans ma bulle, à chanter, écrire, faire des projets pour moi. et ça va se concrétiser normalement : avec Lucie, on a une première date (test) en octobre, piano bar avec nos compos. reste plus qu'à bosser ensemble. ça je kiffe. j'ai hâte même si je suis stressée. hâte de bosser avec elle, de mettre en scène notre truc et de chanter la deuxième voix quand elle me le permettra.

voilà.

j'ai aimé cette année.

j'ai aimé tout ce que j'ai vécu, même les moments de doutes, même les larmes.

et là, je file à mon cours de jazz !

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25 juin 2008

parfois

j'en ai marre d'être prof...

parce que j'ai l'impression d'être une mauvaise prof.

alors que mes élèves ne se sentent jamais mauvais élèves.

c'est pas juste.

et je vais me coucher pour oublier cette journée atroce d'examens...

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23 juin 2008

dernier cours à ma petite pianiste

aujourd'hui, c'est le dernier cours à l'école pour ma petite Noémie. comme une conne, j'ai pas pensé à un cadeau ou quelque chose pour marquer le coup.

ça va me faire bizarre et je pense qu'à elle aussi. la semaine dernière, on a réalisé toutes les deux au même moment que c'était cette semaine la toute dernière fois, dans la salle 3. nos visages se sont assombris en même temps. nos voix se sont tues quelques secondes. et puis, j'ai repris le dessus et je l'ai rassurée en lui disant qu'on se verrait ailleurs, à Strasbourg ou chez moi "pourquoi pas."

mais ça nous a fait bizarre. et j'y ai souvent pensé cette semaine.

je lui avais écrit un morceau de piano. celui sur mon myspace "rêverie". mais je ne sais pas si je peux lui donner. parce que je ne sais pas si ça lui parlera. et puis, c'est peut-être trop prétentieux...

j'ai pensé lui offrir un disque à moi. je me souviens qu'une de mes profs l'avait fait il y a longtemps : les préludes de Chopin par Ivo Pogorelitch. ça m'avait touché. mais je ne sais pas quel disque lui plaira assez...

c'est compliqué. je voudrais lui transmettre quelque chose de profond. quelque chose qui la marquera. qui restera en elle. et je suis là à tourner en rond, à chercher sans trouver.

je voudrais juste oser la prendre dans mes bras pour lui dire "au revoir". je voudrais qu'elle sache à quel point j'ai aimé travailler avec elle. la voir, l'entendre.

et ce sourire.

son sourire.

elle va tellement manquer à ma vie... 

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17 juin 2008

vide

à l'intérieur de mon corps, c'est le grand vide, rien, plus rien. je ne suis qu'un corps sans énegie...

j'ai la sensation que tout me submerge, les partitions accumulées que je dois bosser et le cours de jazz jeudi, que je n'ai pas eu trop le temps de préparer. oui parce que je prends des cours de piano jazz avec un prof que Lucie m'a présenté. il est sympa, il me fout pas la pression mais quand même, ça me soule d'aller à son cours sans avoir bossé à fond.

je me traîne depuis le 24 mai, soir de la comédie musicale, j'ai tout donné jusqu'à ce jour et je me retrouve là, en plan, les bras balands (comment on écrit baland ? balants ? balens ? tain, j'sais pas !). et j'ai pu d'énergie. non, plus aucune énergie.

mais beaucoup de boulot : les examens de solfège, demain et mercredi prochain, les concerts qui s'enchaînent, les accompagnements d'examens à préparer pour pas planter les élèves et puis tout le reste...les cours, la baraque, la lessive...pfff tout ça m'épuise.

du coup, je suis malade depuis quelques jours. mais bizarrement. le soir, je me couche, j'éternue, mon corps tombe de sommeil, j'ai le nez pris et je suis crevée même si la journée a été light. je dors peu malgré ma fatigue : mes yeux s'ouvrent en grand avant le réveil et j'ai la sensation d'être en retard, de me lever trop trop tard. vendredi, à 7h, je ne pouvais plus fermer l'oeil. ça palpitait en dedans. je me suis levée mais je l'ai regretté très vite.

et aujourd'hui, fièvre et vertiges toute la journée. j'ai pas pu aller bosser dans ma deuxième école que j'aime pas. je me suis fait engueuler par le dirluche qui devait penser que je fais du cinéma. bref, culpabilité à fond qui fait que j'irai le 1er juillet pour me faire pardonner. pfff...

les élèves sont pas prêts pour le solfège et je suis la seule à angoisser. eux s'en foutent. la seule chose à laquelle ils pensent, c'est au moment où ils pourront arrêter le solfège définitivement. ça me fait de la peine. j'ai l'impression que mon boulot et la passion avec laquelle je le fais, ça ne sert à rien.

du coup, pas de compos depuis des semaines. et ça me manque.

ah...je ne sais pas si je peux en parler, j'ai peur que ça porte malheur mais un grand changement se profile à l'horizon. je croise les doigts pour que ce projet se réalise. je vous en dirai plus quand je saurai définitivement. là, j'ai peur de m'avancer...

j'ai envie de soleil et il fait moche, c'est terrible et déprimant !

à bientôt tout le monde, avec peut-être une super méga bonne nouvelle ! j'espère ! croisez tous vos doigts pour moi :-)

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11 juin 2008

...

une matinée d'examens et me revoilà dans ce milieu que je déteste. il suffit d'un mot, d'une phrase assassine et me revoilà plongée, en apnée pour ne pas être contaminée, dans ces abîmes profondes du petit (tout petit) milieu "conservatoire" de ma ville.

arf. souffrance. douleur. hypocrisie. apnée donc.

elle arrive. pas changée d'un pouce en 6 ans. je me demande si moi j'ai changé. mentalement en tout cas oui. elle pas du tout.

elle est toujours aussi laide. mais pas qu'extérieurement. dans sa tête, c'est le plus gênant. j'ai presque pitié d'elle. mais pas vraiment parce qu'elle a toujours été méchante. mauvaise.

elle semble sûre d'elle. elle parle beaucoup, dévisage les gens. mais détourne le regard lorsque c'est ma voix qui s'élève.

ils se connaissent tous. s'auto-félicitent de leur réussite mutuelle. tu parles ! bref. je me tais, je me fais la plus petite possible. je n'ai pas envie d'échanger avec eux. je n'ai rien à voir avec eux. mes mains tremblent, mon ventre est noué. je fais genre tout va bien, je suis super à l'aise. mais il n'en est rien. je me sens comme déplacée, je ne suis pas dans mon élément.

les examens commencent. évidemment, tous mes élèves se font casser. ou du moins, pas un n'aura plus que les siens. bien sûr, je les défends bec et  ongles mais tout est déjà joué. bien sûr, certains sont moins bons que les autres. mais le boulot qui avait été fait avant moi a été difficile à rattraper. tant pis, je sais leur évolution. et aucun ne m'a déçue. mais j'ai le sentiment d'avoir été flouée. même jusque dans la distribution des élèves. je ne pense pas avoir loupé mon année. mais je me remets quand même en question. parce que même les bons n'ont pas été distingués.

je suis triste pour ça et en même temps soulagée. il me reste deux cours là-bas et après, je n'y retournerai plus jamais.

je ne verrai plus leurs têtes d'hypocrites. jamais. ouf !

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01 juin 2008

Emmanuelle, absente...

j'avais confiance en elle. depuis 3 ans, je l'avais comme élève. au début, sérieuse et anxieuse, elle faisait tout pour s'améliorer, même si c'était difficile, elle progressait.

et puis l'adolescence est venue mettre son bordel et elle a changé. elle a commencé par afficher ce sourire niais sur son visage, qui lui donnait l'air de se foutre de tout. toujours gentille avec moi cependant. faisant semblant de comprendre l'importance de mes mots. faisant pourtant toujours fi du travail que je lui demandais.

chaque semaine passait et je débitais la même rengaine, tantôt doucement, presque amicalement, tantôt plus sévèrement. et puis quelquefois, je m'emportais, lui parlant de sa vie future et de ce manque de travail qui ne laissait présager que du mauvais pour la suite.

j'avais envie de lui donner envie. je lui jouais ses morceaux, je lui parlais de concerts, je la programmais sur des échanges intéressants. mais rien n'y faisait. quand elle ne pouvait pas se faire emmener à mon cours, j'allais la chercher, gentiment, bonne poire que je suis. et je lui racontais des blagues dans la voiture tout en espérant ne pas avoir d'accidents.

sa mère elle-même semblait me respecter, elle m'appelait madame, ce qui avait le don de m'énerver.

puis, Emmanuelle n'est pas venue pendant 5 semaines et a loupé la distribution de son morceau d'examen à plusieurs reprises. quand elle est revenue, elle s'est "excusée" en riant, moi je ne riais pas. elle n'avait pas ouvert une partition depuis le dernier cours. "je ne m'énerverais plus" je lui avais dit. puis la moutarde est montée une nouvelle fois. et je lui ai dit que sa façon de sourire alors que je n'étais pas contente du tout, cette façon qu'elle avait de venir en cours sans avoir rien fait et sans même en avoir un tout petit peu honte, c'était m'insulter, me cracher à la figure. me manquer de respect alors que pour elle, je n'en avais jamais manqué.

je l'ai engueulée c'est vrai.

alors elle s'est fait faire un certificat médical qui sonne comme un énorme mensonge et je sais que je ne la reverrai plus.

pauvres enfants. pauvres diables que nous sommes à vouloir leur donner alors qu'ils ne peuvent pas recevoir.

et dire que je l'aimais bien...

pas un mot, pas un coup de fil. juste l'absence. de celle qui pourrait rendre coupable. de celle qu'on ne peut pas combler. de celle qui laisse un goût amer dans la bouche et qui fait regretter d'être soi.

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30 mai 2008

A contre temps

j'ai beau le savoir, je ne réalise pas. c'est fait. le projet d'un an est passé, c'est fini. non, ça commence en fait ! puisque nous devons la redonner en novembre et peut-être ailleurs, dans une ou deux villes autour de saint nicolas...

c'est passé comme une seconde, un instant. magique. presque irréel. et les mots pour écrire ici ne venaient pas. peut-être parce que cette intensité ressentie est vraiment impossible à retranscrire par les mots.

je vais essayer quand même.

j'ai passé deux jours non-stop quasiment dans la salle à préparer les décors avec Lulu et André. accrocher les notes aux rideaux en riant et en transpirant parce qu'il faisait très chaud, attendre les élèves en flippant parce qu'il en manquait quelques uns, râler parce qu'il manquait le guitariste et que l'ingénieur du son ne maîtrisait pas son matériel et prier pour que tout se passe bien. essuyer les remarques agressives des parents, se battre contre soi-même pour rester positive et enjouée alors qu'au fond de moi, c'était le vide intersidéral. l'angoisse qui monte au fil des heures, l'adrénaline qui vient par vagues au creux de mon ventre vide parce que je ne peux rien avaler. le vin pour se détendre avec quelques uns du spectacle (les adultes, je précise !). et puis l'heure qui tourne. vendredi...samedi...13h...16h...19h...20h...

les gens commencent à affluer dans la salle. les élèves courrent dans tous les sens, il faut les rassembler. habiller les petits, virer les parents des coulisses, rassembler les décors derrière, annoncer que le spectacle commencera à 21h, entendre la foule derrière le rideau noir. voir les autres profs arriver et rire. attendre, surveiller. prier. aller respirer soudainement dans le couloir parce que mon ventre se tord tout d'un coup. j'entends les gens dans la salle, je sais qu'ils sont nombreux. savoir qu'il y mes parents, mes beaux-parents, mon homme...et puis soudain...alors que je ne vois plus rien, que tout tourne autour de moi, que le monde s'agite, que ma respiration se fait plus rapide...les pianistes montent sur scène alors que je n'ai pas eu le temps de leur dire "merde". puis la chorale qui doit rentrer bruyamment. c'est parti ? ça commence !

j'entends les premières notes au piano. je regarde andré, je l'impore presque des yeux...quelque chose d'inattendu me prend là toute entière. ma respiration s'accélère sans que je puisse la contrôler, les sanglots montent sans que je les sente arriver. et alors que Maud joue "ré fa la fa mi sol do mi ré...", je me mets à pleurer doucement et à suffoquer. je ne comprends pas ce qui m'arrive. sur le moment, rien ne peut arrêter l'émotion qui m'envahit. c'est une amie qui parviendra à m'apaiser. je crois que sinon, j'aurais pleuré tout le long du spectacle.

notre spectacle. tout est de nous. tout est personnel, intime. et voilà que 350 personnes entendent. c'est notre bébé. je pleure parce que j'ai donné vie à ce spectacle.

puis tout s'enchaîne en une seconde. je guette les entrées et sorties des acteurs, je monte et descends de scène avec les décors. je ne vois rien, je ne réalise rien. tout se passe plutôt bien. les chants passent sans pains, personne n'oublie son texte, la chorale suit et sait à quel moment chanter, bouger. les gamins se tiennent bien sur scène. mes pianistes assurent. tout le monde est là...et c'est déjà le final. massacré par les intrumentistes mais personne à part nous ne l'entend. et le choeur qui chante une dernière fois avec moi dedans...

applaudissements. à l'énoncé de nos noms à lucie et moi, un tonnerre d'applaudissements et des gens qui crient. je ne sais pas qui ni où, je ne vois rien dans la salle. les élèves se sont cotisés pour qu'on puisse partir en vacances et nous offre l'enveloppe sur scène avec un petit mot, j'ai envie de les embrasser un par un...et puis des fleurs et puis des félicitations.

et depuis, que des retours positifs et une joie indicible.

une vraie joie.

surtout depuis que j'ai regardé la vidéo sur le caméscope et que j'ai enfin vu mon spectacle !

en un mot, je suis heureuse. je vis. je me sens bien. nos compos ont plu, l'histoire aussi. tout s'est bien passé. et je suis fière. de moi, de nous, d'eux. pour une fois dans ma vie, je n'ai pas honte d'être moi, je n'ai pas eu envie de me cacher. je n'ai pas eu peur de me montrer...

l'article paru dans l'est republicain : a_contre_temps

je ferai un album photo protégé par mot de passe pour ceux que je connais qui voudront voir les photos. je ne pourrai pas le mettre en ligne sans le protéger par respect pour mes petits élèves... 

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15 mai 2008

J-9

les cauchemars s'enchaînent, les répétitions aussi. et l'angoisse monte, monte.

il faut gérer les gamins et je me sens de plus en plus incapable de le faire. ils sont énervés par le soleil et les vacances qui approchent, ils hurlent, se roulent par terre et se barrent dehors alors qu'on est en train de leur expliquer des trucs importants pour le spectacle.

on les fait répéter, ce n'est pas parfait, ils loupent leurs départs, ils oublient leur chorégraphie.

et puis, une des pianistes fait des pains partout et ne capte rien à la rythmique des morceaux. il faut redire des choses basiques. ne pas hurler, pas trop fort, essayer de garder l'humour. alors qu'au fond de soi, tout s'emballe, les nerfs lâchent et on se sent impuissant.

j'ai l'impression de ne servir à rien. c'est bien simple. tout ce que je donne est vain et ce que je voudrais donner à Lucie pour la soulager un peu, je ne peux pas parce que je n'y connais rien. je ne connais rien en mise en scène, en son et lumière, en décors. je me sens nulle. je ne peux pas écrire la fiche technique pour le matériel, je ne peux pas faire la conduite son et lumière. je ne sais rien faire.

ma seule mission était de préparer les musiciens, d'écrire les partitions, d'aider à la chorale. est-ce que j'ai réussi ? honnêtement, je ne crois pas.

les gamins de la chorale, quand c'est moi qui les gère, ils sont complètement excités. quand Lucie revient, elle hallucine parce qu'elle les trouve en train de beugler et ne peut plus en placer une. j'ai honte. c'est certainement parce que je ne sais pas faire preuve d'autorité. je les engueule mais mal. je ne sais pas parler à un groupe de gamins fous. je m'énerve dans le vent. j'essaie de leur dire "chantez plus, donnez de vous-même, racontez-nous quelque chose" et face à moi, j'ai des gamins qui m'imitent et qui hurlent de rire à mes blagues.

oui parce que je lance des conneries pour détendre l'atmosphère.

Lucie, elle, quand elle n'arrive pas à en placer une, elle ne dit plus rien et elle attend. et les gamins finissent par se taire. avec moi, ça ne marche pas. ça peut durer une heure.

et manon n'est pas foutue de jouer ces notes correctement. elle fait des pains partout, elle loupe les départs, elle galère grave et en plus, elle m'agresse quand je lui fais une remarque.

maud n'est pas mieux. elle dit "ouais" et ne supporte pas la moindre critique.

mais qu'est-ce que je fous là ? à quoi je sers ?

et les autres musiciens ? ils ne savaient pas leurs parties il y a deux semaines. j'ose espérer que samedi, ils la sauront. j'en doute.

qu'est-ce qu'on fout dans cette galère ?

j'aimerais tellement que ça roule. avec la scène qui a couté 2000 euros et le matos, les gens de la mairie qui seront présents au spectacle et le compte à rebours qui s'accélère, je commence vraiment à paniquer...

Posté par annaellee à 10:19 - prof ! - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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