08 juin 2008
un dimanche derrière un piano
il y a quelques années, j'ai quitté le conservatoire parce que j'avais la sensation que j'étais dans une prison. que les gens, les concours, les profs, le foyer, tout ça, ça m'étouffait. j'étouffais au milieu de ces gens qui n'attendaient qu'une chose : que je me vautre.
avec mon prof, c'était l'horreur. la dernière fois que j'ai eu cours avec lui, il m'a jeté mes partitions à la figure et m'a foutue dehors en hurlant des insanités.
et puis, il m'avait obligé à changer ma technique ce qui ne m'avait apporté que deux tendinites aux bras.
bref...je suis entrée au macdo et j'ai délaissé la musique.
c'était trop dur. le piano était devenu un ennemi, la musique inaccessible. et moi, je me sentais nulle. inutile et vide.
je pense être passée par une période très difficile. dépression. le macdo, loin de m'enfoncer, m'a sauvée. j'y ai rencontré des gens modestes et simples, dans le bon sens du terme. et puis l'homme. qui m'a redonnée envie.
à l'époque, dans mon petit appartement, il y avait un piano dans ma chambre. mais je ne pouvais même pas l'ouvrir. voir ses touches me glaçait. je n'ai pas joué du tout pendant 2 ans. 2 années entières sans piano, sans musique.
sans joie.
et je ne sais pas ce qui m'a poussée à reprendre. doucement, j'ai soulevé le couvercle et peu à peu, j'ai reposé mes doigts mous sur le clavier. ils étaient comme ceux des enfants qui débutent. il fallait tout refaire, reprendre. c'était douloureux, difficile. j'avais beaucoup perdu. mais la joie n'y était pas vraiment. c'était comme une gymnastique, un truc qu'on doit entretenir, par habitude.
je n'y trouvais pas vraiment mon compte, je n'avais plus la patience de déchiffrer puis travailler puis peaufiner. pas d'objectifs...je n'avais plus envie. j'étais toujours en prison. une prison dans laquelle j'étais bien mais sans plus. sans joie, sans passion. elle avait disparu, cette flamme, ce truc qui fait qu'on se lève chaque matin sans se poser la question, simplement parce qu'on ne peut pas faire autrement. ce truc énorme qu'on ressent à l'intérieur. ce truc dont je me souvenais vaguement mais que je ne parvenais pas à retrouver.
j'ai trouvé d'autres choses, à la place. mais toujours le manque, comme une drogue. quelque chose manque et on ne sait même pas exactement quoi.
et l'année dernière, en août, Lucie est entrée dans ma vie. et elle a tout rallumé. la lumière est revenue. au début, je n'y croyais pas, j'avais peur. de me tromper, de retomber. qu'avait-elle fait pour raviver le feu en moi ? je ne sais toujours pas. peut-être que tout simplement elle a eu confiance.
pour la première fois, un musicien a eu confiance en Anne la musicienne. elle m'a trouvée bonne. elle m'a encouragée à tenter. elle a su me dire quand je me trompais, sans bataille d'égo, sans vouloir m'écrabouiller comme ceux d'avant, elle me montrait la voix, me chantonnait des mélodies et me laissait libre d'en faire quelque chose. elle a soufflé sur les braises et la flamme est revenue, plus vive que jamais. et elle est là, elle dure.
mes mains se musclent à nouveau comme j'aime les voir, gonflées par les notes, charnues comme celles de la pianiste que j'étais. sauf que quelque chose a changé. je suis libre. je suis libre.
et je me soule de cette liberté. je m'enivre des notes, gershwin, bach, tout m'est permis. et puis j'écris ma musique. et je chante. toute la journée. et j'essaie des trucs nouveaux. et je joue, je joue, j'essaie, je pianote, je rêve, j'écris, je parle, je vis, je respire. je n'ai plus besoin de rien, je suis. enfin. je vis.
oh punaise ! vous pouvez pas savoir comme ça fait du bien. tellement que j'en pleurerais de joie.
et j'ai passé la journée au piano. comme avant. mais en mieux !
04 juin 2008
une histoire de confiance en soi
encore...
toujours.
le même problème, sauf que maintenant, je m'en rends VRAIMENT compte.
et que je me déteste encore plus. et que je ne sais pas quoi faire pour changer. parce que je dois changer, j'en suis convaincue. j'en suis au point où c'est insupportable, où je suis au bord de craquer, à deux doigts de péter un plombs.
des années que je garde tout, je me ronge de l'intérieur, je ne dis rien, parce que j'ai peur : je ne me sens pas légitime.
je ne sais pas quoi penser. c'est bizarre de ne pas se trouver légitime. peut-être que ça relève vraiment de la psychologie. est-ce que ça se corrige ? si oui, comment ? thérapie ?
j'en ai marre de tout garder à l'intérieur, ça me pourrit, ça me rend aigrie, ça me transforme en quelque chose que je n'aime pas. je ne suis pas comme ça, je n'étais pas comme ça.
écrire ? pour dire ce qu'on pense vraiment aux gens, savoir leur dire merde. surtout ça. c'est triste de ne pas savoir s'affirmer, être soi-même, jouer un rôle. par peur du qu'en dira-t-on. c'est triste. c'est dur.
je rentre chez moi avec plein de rancoeurs, de la colère, envers d'autres, envers moi surtout. de ne pas savoir trouver les mots et de ne savoir que me taire. encore, toujours. me taire. et pleurer en silence et ne plus supporter d'être soi. ne plus supporter de se voir, ni en peinture, ni en photo, ni dans le miroir. simplement parce qu'on ne sait pas dire les choses. simplement parce qu'on voudrait et que les mots ne sortent pas.
simplement parce que je ne me sens pas légitime. et que j'ai peur. peur de décevoir, de faire du mal, peur de me retrouver seule, peur de passer pour une méchante, peur qu'on trouve mieux ailleurs et qu'on me laisse.
je suis une grosse nulle, trouillarde. il faut que ça change. je ne sais pas comment faire. je dois changer, il le faut. assumer. m'assumer.
je dis ça tous les 2 mois et je replonge dans la passivité. arf. mieux vaut que j'arrête d'écrire. je risquerais de dire des conneries.
03 juin 2008
jouer
bizarrement, alors qu'en concert, je suis capable de faire tout capoter à cause du stress, je me rends compte que j'adore jouer de la musique. j'adooooore ça. particulièrement en groupe.
je ne sais pas comment j'ai pu m'ignorer à ce point toutes ces années.
hier, on a répété avec quelques profs un morceau qu'on va jouer ensemble au gala de fin d'année. lulu était au chant, et les autres à leur instrument. et moi derrière mon piano. et on joue et je frissonne de bonheur et de plaisir. parce que jouer ensemble comme ça, pour moi, c'est cohérent, c'est ça, c'est le commencement de quelque chose. hélas, pour la plupart, ça s'arrête à quelques notes. mais ce partage-là est (pour moi) cher à mon coeur.
je trouve qu'on est chanceux. d'avoir cette capacité. de faire de la musique. ensemble. et moi, ça me fait tressaillir de joie, là, tout de suite, pendant cette répèt. je ne montre rien parce que je suis une conne. et parce qu'ils me prendraient pour une conne. parce qu'on a l'impression qu'eux n'ont aucun plaisir. à part Arnaud à la batterie qui trépigne, lui a envie vraiment, et lucie dont j'écoute la voix et qui me guide.
faire de la musique, ensemble, avec d'autres. j'ai toujours aimé ça. j'aimerais ne faire que ça. voilà. c'est dit. chanter, jouer, vivre de ça. je rêve de ça, tout le temps. et chaque fois que l'occasion m'est donnée, je suis heureuse de pouvoir vivre à nouveau cet échange, ce truc qui fait qu'on est ensemble, sans avoir besoin de parler.
et le morceau qui tourne, en boucle, et ça sonne, et je suis en plein kiffe, j'ai envie que ça dure, que ça dure, encore...
comme un orgasme finalement.
résultat : il faut que je trouve des gens avec qui jouer !
je sais pas comment on fait ça :'( si quelqu'un a une idée, je suis preneuse. peut-être déposer un cv sur un site ? postuler quelque part ?
parce que cette répèt n'a que trop peu duré, que j'ai encore envie, une envie inassouvie, inavouée jusqu'alors.
je veux jouer avec des gens et m'éclater derrière mon piano.
01 juin 2008
Emmanuelle, absente...
j'avais confiance en elle. depuis 3 ans, je l'avais comme élève. au début, sérieuse et anxieuse, elle faisait tout pour s'améliorer, même si c'était difficile, elle progressait.
et puis l'adolescence est venue mettre son bordel et elle a changé. elle a commencé par afficher ce sourire niais sur son visage, qui lui donnait l'air de se foutre de tout. toujours gentille avec moi cependant. faisant semblant de comprendre l'importance de mes mots. faisant pourtant toujours fi du travail que je lui demandais.
chaque semaine passait et je débitais la même rengaine, tantôt doucement, presque amicalement, tantôt plus sévèrement. et puis quelquefois, je m'emportais, lui parlant de sa vie future et de ce manque de travail qui ne laissait présager que du mauvais pour la suite.
j'avais envie de lui donner envie. je lui jouais ses morceaux, je lui parlais de concerts, je la programmais sur des échanges intéressants. mais rien n'y faisait. quand elle ne pouvait pas se faire emmener à mon cours, j'allais la chercher, gentiment, bonne poire que je suis. et je lui racontais des blagues dans la voiture tout en espérant ne pas avoir d'accidents.
sa mère elle-même semblait me respecter, elle m'appelait madame, ce qui avait le don de m'énerver.
puis, Emmanuelle n'est pas venue pendant 5 semaines et a loupé la distribution de son morceau d'examen à plusieurs reprises. quand elle est revenue, elle s'est "excusée" en riant, moi je ne riais pas. elle n'avait pas ouvert une partition depuis le dernier cours. "je ne m'énerverais plus" je lui avais dit. puis la moutarde est montée une nouvelle fois. et je lui ai dit que sa façon de sourire alors que je n'étais pas contente du tout, cette façon qu'elle avait de venir en cours sans avoir rien fait et sans même en avoir un tout petit peu honte, c'était m'insulter, me cracher à la figure. me manquer de respect alors que pour elle, je n'en avais jamais manqué.
je l'ai engueulée c'est vrai.
alors elle s'est fait faire un certificat médical qui sonne comme un énorme mensonge et je sais que je ne la reverrai plus.
pauvres enfants. pauvres diables que nous sommes à vouloir leur donner alors qu'ils ne peuvent pas recevoir.
et dire que je l'aimais bien...
pas un mot, pas un coup de fil. juste l'absence. de celle qui pourrait rendre coupable. de celle qu'on ne peut pas combler. de celle qui laisse un goût amer dans la bouche et qui fait regretter d'être soi.
30 mai 2008
A contre temps
j'ai beau le savoir, je ne réalise pas. c'est fait. le projet d'un an est passé, c'est fini. non, ça commence en fait ! puisque nous devons la redonner en novembre et peut-être ailleurs, dans une ou deux villes autour de saint nicolas...
c'est passé comme une seconde, un instant. magique. presque irréel. et les mots pour écrire ici ne venaient pas. peut-être parce que cette intensité ressentie est vraiment impossible à retranscrire par les mots.
je vais essayer quand même.
j'ai passé deux jours non-stop quasiment dans la salle à préparer les décors avec Lulu et André. accrocher les notes aux rideaux en riant et en transpirant parce qu'il faisait très chaud, attendre les élèves en flippant parce qu'il en manquait quelques uns, râler parce qu'il manquait le guitariste et que l'ingénieur du son ne maîtrisait pas son matériel et prier pour que tout se passe bien. essuyer les remarques agressives des parents, se battre contre soi-même pour rester positive et enjouée alors qu'au fond de moi, c'était le vide intersidéral. l'angoisse qui monte au fil des heures, l'adrénaline qui vient par vagues au creux de mon ventre vide parce que je ne peux rien avaler. le vin pour se détendre avec quelques uns du spectacle (les adultes, je précise !). et puis l'heure qui tourne. vendredi...samedi...13h...16h...19h...20h...
les gens commencent à affluer dans la salle. les élèves courrent dans tous les sens, il faut les rassembler. habiller les petits, virer les parents des coulisses, rassembler les décors derrière, annoncer que le spectacle commencera à 21h, entendre la foule derrière le rideau noir. voir les autres profs arriver et rire. attendre, surveiller. prier. aller respirer soudainement dans le couloir parce que mon ventre se tord tout d'un coup. j'entends les gens dans la salle, je sais qu'ils sont nombreux. savoir qu'il y mes parents, mes beaux-parents, mon homme...et puis soudain...alors que je ne vois plus rien, que tout tourne autour de moi, que le monde s'agite, que ma respiration se fait plus rapide...les pianistes montent sur scène alors que je n'ai pas eu le temps de leur dire "merde". puis la chorale qui doit rentrer bruyamment. c'est parti ? ça commence !
j'entends les premières notes au piano. je regarde andré, je l'impore presque des yeux...quelque chose d'inattendu me prend là toute entière. ma respiration s'accélère sans que je puisse la contrôler, les sanglots montent sans que je les sente arriver. et alors que Maud joue "ré fa la fa mi sol do mi ré...", je me mets à pleurer doucement et à suffoquer. je ne comprends pas ce qui m'arrive. sur le moment, rien ne peut arrêter l'émotion qui m'envahit. c'est une amie qui parviendra à m'apaiser. je crois que sinon, j'aurais pleuré tout le long du spectacle.
notre spectacle. tout est de nous. tout est personnel, intime. et voilà que 350 personnes entendent. c'est notre bébé. je pleure parce que j'ai donné vie à ce spectacle.
puis tout s'enchaîne en une seconde. je guette les entrées et sorties des acteurs, je monte et descends de scène avec les décors. je ne vois rien, je ne réalise rien. tout se passe plutôt bien. les chants passent sans pains, personne n'oublie son texte, la chorale suit et sait à quel moment chanter, bouger. les gamins se tiennent bien sur scène. mes pianistes assurent. tout le monde est là...et c'est déjà le final. massacré par les intrumentistes mais personne à part nous ne l'entend. et le choeur qui chante une dernière fois avec moi dedans...
applaudissements. à l'énoncé de nos noms à lucie et moi, un tonnerre d'applaudissements et des gens qui crient. je ne sais pas qui ni où, je ne vois rien dans la salle. les élèves se sont cotisés pour qu'on puisse partir en vacances et nous offre l'enveloppe sur scène avec un petit mot, j'ai envie de les embrasser un par un...et puis des fleurs et puis des félicitations.
et depuis, que des retours positifs et une joie indicible.
une vraie joie.
surtout depuis que j'ai regardé la vidéo sur le caméscope et que j'ai enfin vu mon spectacle !
en un mot, je suis heureuse. je vis. je me sens bien. nos compos ont plu, l'histoire aussi. tout s'est bien passé. et je suis fière. de moi, de nous, d'eux. pour une fois dans ma vie, je n'ai pas honte d'être moi, je n'ai pas eu envie de me cacher. je n'ai pas eu peur de me montrer...
l'article paru dans l'est republicain : a_contre_temps
je ferai un album photo protégé par mot de passe pour ceux que je connais qui voudront voir les photos. je ne pourrai pas le mettre en ligne sans le protéger par respect pour mes petits élèves...
20 mai 2008
l'alouette
je monte dans la voiture. il est tôt et j'ai très peu dormi. voilà plusieurs jours que je ne quitte quasiment plus l'école pour la préparation du spectacle. je croise mon homme plus que je ne le voie et quand je suis à l'appartement, je suis tellement fatiguée que je ne parviens plus à parler. les mots ne s'articulent plus.
vidée.
je mets la clé dans le contact et tourne une première fois. attendre que les voyants s'éteignent avant de démarrer la voiture. le disque se met en route. et là, les larmes montent.
c'est lui qui avait la voiture la veille. d'habitude, c'est un disque de hip hop ou autre chose dans ce style, ça nous met la patate le matin. mais ce jour-là, dans le poste, c'est du piano. du piano ! mon disque de kissin jouant les tableaux d'une exposition. je crois mourir de bonheur en entendant les premières notes. jamais elles ne m'ont tant émue.
avant de me rencontrer, il n'avait sans doute pas écouté vraiment de piano. à part Satie je crois. c'est vrai que le piano, la musique classique, c'est quand même moi qui lui ai fait découvrir. mais je ne veux pas le forcer. alors je ne le bassine pas avec ça. je l'ai tout de même emmené à quelques concerts et il a toujours plus ou moins aimé. certaines fois plus que d'autres. certains morceaux plus que d'autres. et ce disque de Kissin traînait dans la boîte à gants depuis plusieurs semaines. au milieu des disques de hip hop.
quand j'ai entendu les notes s'élever assez fort dans la voiture, j'ai vraiment eu l'impression de faire partie de sa vie, d'être quelqu'un d'important. d'être aimée tout simplement. ça n'est pas grand chose, ça n'est même quasiment rien. peut-être même un hasard. peut-être une erreur. mais les larmes de bonheur sont montées quand même. et j'ai écouté le disque attentivement.
c'était "l'Alouette" de Balakirev qui tournait. et je crois l'avoir entendue pour la première fois. des notes pures, une mélodie mélancolique, ces sons, ces harmonies. c'était toute l'histoire de ma vie. je me suis totalement laissée porter par cette musique. et cet amour. qui dure. qui dure. et j'ai eu envie de lui dire combien ces notes qu'il avait mise dans l'autoradio m'ont rendue heureuse...
16 mai 2008
J-8
j'ai acheté une robe à pois aujourd'hui. et j'ai pensé qu'elle lui irait bien. j'ai voulu en prendre une deuxième et puis je me suis ravisée. je ne sais pas pourquoi. j'ai eu peur qu'elle trouve que j'étais folle.
j'ai beaucoup parlé d'elle. à une copine. et j'ai bien vu son visage quand je prononçais son prénom. peut-être que je devrais me taire. mais je n'y parviens pas.
j'ai flâné dans les rues de Nancy en regardant les gens, leurs parures, leurs ramages. j'étais bien, j'étais pleine. de ce soleil, de ce vent léger, bien dans mes spartiates. je me sentais moi. différente. moi quand même. j'ai beaucoup pensé à ce terrible rêve. mais j'ai préféré l'oublier.
j'ai pensé aussi à l'homme et à sa patience. j'ai pensé que j'aimerais pouvoir lui épargner mes moments de doutes et de colère. car hier soir, j'étais en colère et j'ai beaucoup parlé. j'avais besoin de me vider. alors je me suis laissée aller aux mots. pour évacuer mes maux...
j'ai mis de la peinture argentée sur mes notes à contre temps ce soir, en buvant une bière fraiche. et j'ai pensé que la fin de cette année était toute proche. je peux déjà la sentir, dans les rires des enfants, la lire sur leurs vêtements, la voir sur leurs visages rosis par le soleil. c'est bon et en même temps, ça fait tout drôle. de se dire "c'est fini" et d'avoir la nostalgie avant l'heure.
puis j'ai pensé à mes amis, ceux qui me manquent : bertrand, dont je n'ai plus de nouvelles depuis plusieurs semaines, aline qui devait m'appeler et qui ne l'a pas fait et Angel qui devait être au boulot et dont l'enthousiasme me manque.
tous ces gens qui défilent, qu'on ne connaissait pas il y a quelques temps et qui soudain font partie de votre vie. tous ces gens qui mériteraient que j'ose décrocher mon téléphone. et puis elle, aussi. évidemment. toujours. une amie dans son coeur et les cheveux dans le vent.
j'ai eu secrètement envie que cette journée n'aboutisse pas. place stanislas, il y avait deux petits bébés, des jumeaux qui dormaient dans une double poussette. ils étaient si petits, ils avaient l'air si serein, ils étaient si choupinoux que j'ai failli verser une larme de joie.
j'ai aimé cette journée. moins cette nuit. j'ai aimé être là, vivante. et je voudrais tellement transmettre cet amour que je ressens en moi...
15 mai 2008
J-9
les cauchemars s'enchaînent, les répétitions aussi. et l'angoisse monte, monte.
il faut gérer les gamins et je me sens de plus en plus incapable de le faire. ils sont énervés par le soleil et les vacances qui approchent, ils hurlent, se roulent par terre et se barrent dehors alors qu'on est en train de leur expliquer des trucs importants pour le spectacle.
on les fait répéter, ce n'est pas parfait, ils loupent leurs départs, ils oublient leur chorégraphie.
et puis, une des pianistes fait des pains partout et ne capte rien à la rythmique des morceaux. il faut redire des choses basiques. ne pas hurler, pas trop fort, essayer de garder l'humour. alors qu'au fond de soi, tout s'emballe, les nerfs lâchent et on se sent impuissant.
j'ai l'impression de ne servir à rien. c'est bien simple. tout ce que je donne est vain et ce que je voudrais donner à Lucie pour la soulager un peu, je ne peux pas parce que je n'y connais rien. je ne connais rien en mise en scène, en son et lumière, en décors. je me sens nulle. je ne peux pas écrire la fiche technique pour le matériel, je ne peux pas faire la conduite son et lumière. je ne sais rien faire.
ma seule mission était de préparer les musiciens, d'écrire les partitions, d'aider à la chorale. est-ce que j'ai réussi ? honnêtement, je ne crois pas.
les gamins de la chorale, quand c'est moi qui les gère, ils sont complètement excités. quand Lucie revient, elle hallucine parce qu'elle les trouve en train de beugler et ne peut plus en placer une. j'ai honte. c'est certainement parce que je ne sais pas faire preuve d'autorité. je les engueule mais mal. je ne sais pas parler à un groupe de gamins fous. je m'énerve dans le vent. j'essaie de leur dire "chantez plus, donnez de vous-même, racontez-nous quelque chose" et face à moi, j'ai des gamins qui m'imitent et qui hurlent de rire à mes blagues.
oui parce que je lance des conneries pour détendre l'atmosphère.
Lucie, elle, quand elle n'arrive pas à en placer une, elle ne dit plus rien et elle attend. et les gamins finissent par se taire. avec moi, ça ne marche pas. ça peut durer une heure.
et manon n'est pas foutue de jouer ces notes correctement. elle fait des pains partout, elle loupe les départs, elle galère grave et en plus, elle m'agresse quand je lui fais une remarque.
maud n'est pas mieux. elle dit "ouais" et ne supporte pas la moindre critique.
mais qu'est-ce que je fous là ? à quoi je sers ?
et les autres musiciens ? ils ne savaient pas leurs parties il y a deux semaines. j'ose espérer que samedi, ils la sauront. j'en doute.
qu'est-ce qu'on fout dans cette galère ?
j'aimerais tellement que ça roule. avec la scène qui a couté 2000 euros et le matos, les gens de la mairie qui seront présents au spectacle et le compte à rebours qui s'accélère, je commence vraiment à paniquer...
13 mai 2008
mon lapin
samedi soir, sur la terrasse, un peu trop d'effluves alcoolisées font sortir les vers du nez de l'homme.
faut dire qu'il parle pas facilement. il est, comme qui dirait, pas très expansif. mais quand il a un peu bu, il se lâche. la vie est ainsi faite.
je suis bien là, avec lui. on est bien sur la terrasse. on tient une conversation hautement philosophique, il a les yeux verts qui pétillent. j'aime être avec lui. simplement. se retrouver comme ça. il me pose des questions. "et si je n'avais pas été là, peut-être que tu aurais fait plus de choses professionnellement...non ?"
non.
pourquoi ?
c'est vrai que depuis quelques mois, je me découvre, je compose, je joue, je m'épanouis. grâce à Lucie (on le saura !) mais aussi grâce à lui, bien sûr !
car, s'il ne m'avait pas encouragée, s'il ne m'avait pas soutenue, s'il n'avait pas cru en moi, je serais où à cette heure-ci ?
il ne sait pas ! je tombe des nues ! il ne sait pas tout ce qu'il a fait. c'est fou ! ça me fait sourire qu'il doute à ce point de son influence sur moi et sur ma vie. il ne sait pas que c'est parce qu'il était là que j'ai voulu me reprendre en main, que c'est, au début, pour lui que je me suis levée chaque matin pour aller au boulot, que c'est pour lui que j'ai repris le piano, pour lui jouer du Brahms en tremblant.
il ne sait pas que c'est à lui que j'écrivais secrètement la nuit dans le salon. il pense que peut-être, j'aurais fait plus sans lui. alors que c'est exactement tout le contraire ! je me souviens des premiers temps où je bossais au macdo. je me souviens que je ne pouvais plus approcher un piano, je me souviens que je ne voulais plus donner de cours, je me souviens à quel point je doutais de moi et de mon avenir...
il m'a réveillée. il m'a redonné vie.
il me regardait avec tellement de respect et d'amour que je me suis vue belle pour la première fois. et j'ai voulu être à la hauteur de ce regard. et ce regard, et ses mots, et ses doutes...je ne me lasse pas d'être avec lui. de l'écouter. et c'est rare : de devoir le rassurer.
si je l'ai choisi, c'est parce qu'il est différent. il est à la fois l'homme fort et le petit garçon. j'aime ses folies, ses envies, ses rires. j'aime le savoir endormi près de moi, recroquevillé près de moi. oh, bien sûr, il y a des moments où il m'énerve : il ronfle et laisse traîner ses chaussettes, parfois même sur le piano ! mais je n'aurais jamais assez de mots pour lui rendre hommage. lui qui me soutient et me supporte chaque jour. lui qui croit en moi. lui qui m'aime.
et que j'aime.
depuis presque 5 ans.
c'était vraiment bien cette soirée sur la terrasse.
12 mai 2008
elle
de ma vie, j'ai toujours été comme ça. je m'attache. j'ai besoin...
j'ai toujours eu des amitiés très fortes. des coups de foudre. pas avec beaucoup de monde mais régulièrement tout de même...
je ne sais pas pourquoi je raconte ça, pourquoi j'ai besoin de l'écrire aujourd'hui et ici.
sans doute parce que j'ai peur. car toutes mes amitiés ont eu un début bien sûr et surtout une fin. et que cette peur de l'abandon me fait chaque fois douter. car perdre une amie, chaque fois, c'est une douleur incompréhensible.
depuis quelques semaines, je me rends compte que ça recommence. que j'ai envie de la voir souvent et que quand elle doit venir et que, finalement, elle ne vient pas, je suis triste. et comme je suis excessive, la tristesse prend le pas sur le reste.
bien sûr, je passe des bons moments avec d'autres. mais elle me manque même dans ces instants. je ne sais pas si c'est normal. alors j'essaie de le cacher. j'essaie de ne pas montrer, de faire comme si de rien n'était. mais ça marche pas vraiment. du moins à l'intérieur de moi.
quand j'étais petite, il y a eu Clotilde. que je recherche désespérément depuis des années. on a vécu comme des soeurs pendant des années. quand elle est partie vivre à paris, on avait acheté des carnets. on s'écrivait dessus et quand elle revenait pour les vacances, on les échangeait et on découvrait chaque jour de l'une sans l'autre. ça me rassurait. car je savais qu'elle avait pensé à moi.
puis elle n'est plus rentrée à nancy. progressivement.
je n'ai pas de réels souvenirs d'amitié si forte depuis Clotilde. ( à part Emily mais c'est encore différent...)toutes les autres ont été des "remplaçantes". jusqu'à elle.
bien sûr, j'aime d'autres gens (je sens que je vais me faire tuer !). il y a des amies sincères que je côtoie ailleurs, autrement. des gens avec qui je me sens bien, vraiment. avec qui je partage des moments géniaux. Aline, Gene sont deux amies que j'aime énormément.
mais elle est une soeur, ma muse, je ne sais comment dire.
quand son absence me pèse, rien ne peut me consoler...ça paraît bizarre. peut-être excessif oui. ça paraît stupide ?
elle me manque. il me manque quelque chose. tout au fond, je le sens. et j'ai peur. de cet attachement, de ce vide quand elle n'est pas là et qu'on ne peut pas se voir, de cette amitié qui me désarçonne, de ses sentiments que les gens ne comprennent pas, de ce qu'elle pourrait même penser.
peut-être que je suis cinglée en fait...
et là, je me dis : "poste ? poste pas ?"...tant pis ! c'est dit !






