15 juin 2008
je suis Fazil
vendredi soir, concert avec ma chorale. comme d'habitude, le stress monte au fur et à mesure de la journée. en plus, mon homme ne sera pas à mes côtés, il est parti pour le week-end. je suis mal jusqu'au moment de partir, sans réussir à me raisonner.
j'ai beau jouer, rien ne va. je sais qu'il ne faut pas travailler avant un concert mais je le fais quand même, au risque de tout planter ce soir. je suis bête, je m'en veux. je boirais bien un verre avant de monter sur scène mais il est trop tôt et je dois conduire jusqu'à varangéville, 30 minutes de route, je n'ai pas envie de tenter le diable...et puis, il est 18 h, ça n'agirait plus au moment fatidique...
j'essaie de dire à mon estomac de rester tranquille et d'arrêter de se tordre et de se nouer de cette façon. je me sens mal et ridicule à la fois, d'être toujours aussi stressée alors que je monte sur scène quasiment une fois par semaine ces temps-ci.
je pars, je prends mes avlo même s'ils n'ont pas marché la dernière fois, c'est psychologique, j'ai besoin de les savoir dans mon ventre. mon eau, mes partoches, mes clés, je tourne dans l'appart et finis par me décider à partir...
raccord pourri. présage de bon concert.
première partie, je suis couverte par les trompetistes, je ne crains rien. j'ai quelques ploums ploums à placer et puis c'est tout. entracte...
la pression monte car cette deuxième partie est intense musicalement, pour moi. et j'ai une pièce solo qui n'est pas facile. et je me mets une pression de dingue parce que je veux épater, moi surtout.
je pense à Fazil Say. à ce magnifique concert de janvier. est-ce que Fazil doute de lui ? est-ce qu'avant de monter sur scène, ses mains tremblent et son ventre se tord ? j'hésite, je ne sais pas. avec un tel talent, ça m'étonnerait. et puis il a l'air tellement heureux quand il joue. mais en même temps, il faudrait être inconscient pour ne pas ressentir un peu de trac.
je décide que je suis Fazil. et je remonte sur scène en me persuadant que je suis Fazil et que Fazil, lui, n'a pas peur de rater puisqu'il joue super méga bien.
et ben croyez-moi ou non, mais, ça a marché. j'ai réussi à me faire plaisir en jouant ma pièce et à ne pas trembler, ne pas crisper mes bras et prendre mon pied. c'était intense. j'étais dedans. j'étais dans ma musique. et j'ai eu des frissons comme rarement j'arrive à en avoir avec la chorale. j'ai l'impression qu'elle et moi ne faisions qu'un, j'ai eu l'impression qu'on se laissait juste porter par les notes. c'était beau.
en sortant, j'ai eu pas mal de compliments. ça fait toujours du bien même s'il y a toujours des gens pour dire que "c'est dommage, tu ne souris pas en jouant" !!! ben oui, mais je suis pas là pour être jolie et sourire comme une potiche, hein, je vis ma musique, je la joue, c'est tout ce qu'on me demande. non mais !
bref, merci encore Fazil, pour ton soutien ce vendredi. pour ton talent qui inspire. et qui fait de moi une pianiste (bien piètre en comparaison de toi bien sûr) !...
ce mec est décidément source d'inspiration...
20 mai 2008
l'alouette
je monte dans la voiture. il est tôt et j'ai très peu dormi. voilà plusieurs jours que je ne quitte quasiment plus l'école pour la préparation du spectacle. je croise mon homme plus que je ne le voie et quand je suis à l'appartement, je suis tellement fatiguée que je ne parviens plus à parler. les mots ne s'articulent plus.
vidée.
je mets la clé dans le contact et tourne une première fois. attendre que les voyants s'éteignent avant de démarrer la voiture. le disque se met en route. et là, les larmes montent.
c'est lui qui avait la voiture la veille. d'habitude, c'est un disque de hip hop ou autre chose dans ce style, ça nous met la patate le matin. mais ce jour-là, dans le poste, c'est du piano. du piano ! mon disque de kissin jouant les tableaux d'une exposition. je crois mourir de bonheur en entendant les premières notes. jamais elles ne m'ont tant émue.
avant de me rencontrer, il n'avait sans doute pas écouté vraiment de piano. à part Satie je crois. c'est vrai que le piano, la musique classique, c'est quand même moi qui lui ai fait découvrir. mais je ne veux pas le forcer. alors je ne le bassine pas avec ça. je l'ai tout de même emmené à quelques concerts et il a toujours plus ou moins aimé. certaines fois plus que d'autres. certains morceaux plus que d'autres. et ce disque de Kissin traînait dans la boîte à gants depuis plusieurs semaines. au milieu des disques de hip hop.
quand j'ai entendu les notes s'élever assez fort dans la voiture, j'ai vraiment eu l'impression de faire partie de sa vie, d'être quelqu'un d'important. d'être aimée tout simplement. ça n'est pas grand chose, ça n'est même quasiment rien. peut-être même un hasard. peut-être une erreur. mais les larmes de bonheur sont montées quand même. et j'ai écouté le disque attentivement.
c'était "l'Alouette" de Balakirev qui tournait. et je crois l'avoir entendue pour la première fois. des notes pures, une mélodie mélancolique, ces sons, ces harmonies. c'était toute l'histoire de ma vie. je me suis totalement laissée porter par cette musique. et cet amour. qui dure. qui dure. et j'ai eu envie de lui dire combien ces notes qu'il avait mise dans l'autoradio m'ont rendue heureuse...
03 mars 2008
ce qui le meut
me meut aussi. ça tombe bien.
ça pourrait presque être un coup de cœur pianistique parce que dans la bande son, il y avait beaucoup de piano.
bien sûr, ça n'est qu'un avis personnel sur un film que des tas de gens ont vu. bien sûr, certains avis ont été plus pointus que celui que je vais vous donner.
d'habitude, je n'aime pas parler des films que j'ai vus. mais je ne sais pas, ce film m'a fait tellement de bien. m'a tellement émue.
donc, Paris, de Klapish. truc de fou. j'ai pleuré à moitié tout le long. c'est comme quand je vais dans un café et que je regarde les gens? ça me fait le même effet. je m'invente des histoires, je les observe surtout. j'aime les gens, j'aime les regarder vivre. et puis j'aime imaginer.
et bien ce film, c'est ça, c'est regarder la vie défiler. et les émotions qui s'en dégagent sont juste d'une pureté magnifique...
l'émotion, quand elle est à l'état le plus pur, l'émotion qu'on a à regarder la vie couler, rien ne m'émeut plus que ça...
je vous dirais bien d'aller voir ce film mais c'est vous qui voyez. en tout cas, ça vaut vraiment le coup si vous aimez la poétique des images, des mots et des gens...
ah ! et tous les acteurs.........
18 janvier 2008
fazil et moi
lundi soir, je suis allée voir fazil say à l'opéra de nancy. c'était génial.
ça aurait pu s'arrêter là.
mais comme j'aime en rajouter trois couches, je vais vous raconter plus, mieux.
nous étions, mon père, mon homme et moi, plutôt bien placés. il faut dire que nous sommes arrivés 45 minutes en avance pour cause de placements libres dans une zône décidée en fonction du prix de la place. vous suivez ?
donc, nous voilà installés au milieu de la foule bourgeoise et bien habillée de Nancy city bitch.
je suis fatiguée, j'ai eu une sale journée, je ne suis pas vraiment dedans mais je suis contente de sortir un peu de ma cambrousse et mon père est tout guilleret.
la lumière baisse, je m'enfonce dans mon siège, pas de place pour mettre ses genoux, l'opéra est fait de telle manière que vous ne pouvez pas vous endormir : trop mal installés...
ça commence par l'orchestre qui joue Debussy. "les six épigraphes antiques". c'est beau et je connais mal. les sonorités sont étonnament déconcertantes, même pour moi qui connais pourtant pas mal d'oeuvres de Debussy. j'ai hâte, je trépigne. je compte un peu tellement j'ai envie de voir, d'écouter Fazil Say. mais j'écoute quand même l'orchestre.
puis, le voilà.
pour un concerto de Mozart : le 12ème.
il débarque sur scène, on dirait un enfant. sa dégaine, ses fringues, ses cheveux longs, je ne le reconnais pas, sur la pochette de Bach, il paraît différent. mais il m'amuse déjà. il porte une chemise noire ouverte sur un tee-shirt noir, il a laissé ses cheveux n'importe comment, il ne correspond en rien à l'image qu'on se fait du pianiste classique. derrière moi, une femme a amené une amie à elle, elle lui dit "tu vas voir, il est génial".
et Mozart commence. Fazil a posé sa partition à l'intérieur du steinway, pas de pupitre. il se tourne les pages tout seul. j'ai le trac. je sais que c'est bête mais ça me fait toujours ça. j'ai peur pour lui comme j'ai peur avant de monter sur scène. je croise les doigts machinalement.
la musique commence. Fazil est complètement tourné vers l'orchestre et hoche de temps en temps la tête comme pour approuver ce qu'il entend. il fait des gestes de chef d'orchestre, il vit, respire la musique.
puis c'est à lui.
je suis happée, magnétisée. et ce sentiment ne me quittera pas tout le long du concerto. il est...comment dire?...comme j'imagine Mozart. un enfant espiègle, il s'amuse et sa musique est vivante. le son, le toucher, c'est plus que parfait. ça n'est pas parfait. c'est magique. chaque note est réelle, palpable. chacun de ses gestes totalement naturels, il est théâtral. il devient l'acteur, celui en qui Mozart aurait pu se réincarner. jamais je n'ai entendu un Mozart si magnifique. mais plus que tout, je suis hypnotisée par ce pianiste. je ne décroche pas de lui, je n'écoute, n'entends que lui.
chaque note, chaque cadence, chacun des dialogues sont magnifiés. et dès qu'il ne joue plus, il écoute, se retourne vers les violons, approuve, chante, il est totalement décomplexé, regarde le public, rit, se penche la tête dans le piano, semble redécouvrir lui-même sa musique. c'est excellentissime. il n'y a même pas de mots.
et tout à coup, c'est la fin de la première partie. ça n'a duré qu'une minute.
après l'entracte, il revient sur scène. et nous interprète son concerto à lui : "sur la route de la soie". d'écriture assez contemporaine, il prépare le piano et le fait parfois sonner comme un instrument de percussion. je pars, je voyage, je ne touche plus terre. la disposition des certains instruments, dans les loges, font que je suis totalement fascinée, la musique est proche, elle transperce et transporte. j'écoute attentivement et me sens en Chine.
il y a des côtés stravinskiens dans sa musique, rythmique, tribale, instinctive, physique.
"ça a de la gueule" dira mon père.
dans la salle, des bourgeois nancéens, sans doute déconcertés par cette musique. j'ai peur pour Fazil car jouer sa propre musique, c'est toujours prendre un risque, se foutre à poil en quelque sorte. je me demande ce que vont penser les gens dans la salle. j'espère qu'ils aiment. je croise les doigts encore une fois.
Fazil termine en grattant les cordes du piano. un thème pentatonique résonne dans la salle tandis que le gong achève sa partie et que la contrebasse s'éteint délicatement, termine son bourdon...
et les applaudissements retentissent, fracassants, chaleureux. Fazil serre la main du chef d'orchestre, Philippe Bernold. il salue très bas, très longtemps tandis que le bruit des claps claps ne s'arrête plus. j'ai envie de me lever, j'ai envie de crier.
il sort de scène, rien ne tarit, je suis aux anges. il revient et se réinstalle au piano. et là, coup de théätre : il improvise un jazz sur le thème de "Summertime". j'en pleure tellement c'est beau, génial, bien senti, vivant encore une fois. ce mec est vivant, ce mec est réel, c'est incroyable.
on a envie que ça ne s'arrête jamais.
l'orchestre entame pendant les applaudissements, "Joyeux anniversaire" en son honneur. il rit, salue encore. puis repart en coulisses et ne reviendra plus hélas. il reste encore une oeuvre pour orchestre mais même si je l'écoute, pour moi, le concert est fini. Fazil est parti et me laisse un goût de bonheur immense, une jouissance musicale qui ne s'effacera plus. jamais je n'aurais cru pouvoir encore m'étonner à ce point devant un pianiste. je n'étais pas blasée mais je ne pensais pas qu'on puisse avoir autant de talents.
Fazil, c'est ce mec aux cheveux longs, à la dégaine cool, qui vous montre Mozart sous son meilleur jour, vous emmène en Chine et vous donne envie de chanter, tout ça en l'espace d'une petite heure et demie.
Fazil, franchement...merci. du fond du coeur.
et pour se faire une idée : là et surtout là !
18 juin 2007
la passion dévorante
ce n'est plus de l'amour, c'est de la rage. chaque fois, c'est pareil, je l'écoute et je suis en transe. et en plus, je ne peux rien faire d'autre que d'accepter d'être complètement accro à ce mec. d'ailleurs, ce n'est pas simplement un "mec". je vous l'ai déjà dit, c'est un dieu vivant, le seul capable de vous faire monter au plafond sans même vous toucher...
enfin si, en touchant les touches blanches et noires du piano.
je ne me souviens pas du jour où je l'ai découvert. je ne me souviens pas exactement...cependant, je me souviens de cette première émotion, à l'écoute de je-ne-sais-plus-lequel de ses disques. alors lorsque samedi, je suis tombée par hasard sur ce nouveau cd, malgré mon découvert et mon horrible facture de téléphone portable, j'ai craqué. en plus, il ne m'a coûté que 15 euros, ce qui admettez-le, n'est vraiment pas très cher pour un disque.
je l'ai écouté hier, d'abord en faisant mon ménage donc à fond les ballons. puis, en me reposant sur mon canapé, avec une clope et un bon café. ensuite, je suis quasiment morte d'extase en l'écoutant. c'est fabuleux, tout simplement. sublime.
à la base, Liszt, j'aime bien mais c'est pas mon compositeur préféré. mon compositeur préféré, c'est Bach, car pour moi, Bach a tout inventé. c'est le premier, c'aurait pu être le dernier. c'est presque Dieu pour moi bien que je ne crois pas en Dieu. bref, Liszt, c'est un compositeur génial certes, mais pas mon préféré. et là, bon, je dois admettre que c'est vraiment beau. le mot est faible. ça commence dans un pianissimo superbe, ça finit presque dans un magnifique fortissimo. le toucher, le son, les oeuvres choisies, tout est parfait...
même la pochette du disque m'enchante carrément. fond blanc angélique et Volodos assis devant son piano noir : piano diabolique, musique divine. il faut écouter, se mettre dans le silence le plus total et pénétrer lentement dans l'antre de ce pianiste en fermant les yeux. sur la pointe des pieds.
je l'ai écouté avec mon père hier. il était passé exprès pour ça. je crois que par rapport au piano, on se ressemble. c'est comme une prière. on se regarde et parfois, on échange nos impressions. mais on n'a finalement pas besoin de trop se parler. volodos nous dit tout. absolument tout, sur le monde, sur la vie, sur la passion, sur la beauté, cette beauté universelle que chacun voudrait trouver.
pour moi, il l'a trouvée. il n'a pas eu besoin de chercher bien loin, elle est en lui, c'est obligé.
bref, je sais que c'est bizarre cette façon d'évoquer ce disque. mais si vous l'écoutiez comme je l'entends, si vous saviez combien je pâme à chacune des notes, c'est mieux que la drogue, c'est mieux que le sexe. c'est mieux que tout. c'est comme l'accès au Paradis. si ! je vous assure. c'est comme si on vous ouvrait cette porte, d'ordinaire cachée, invisible. et vous pouvez enfin entrevoir le bonheur ultime. pas les petits trucs qui rendent heureux. la beauté divine...
alors, si vous aimez le piano, un peu, beaucoup, si vous avez envie de pleurer de joie, si vous avez envie d'entrevoir le sublime, courez acheter ce disque :
(un clic sur l'image pour l'acheter on line !)
merci Arcadi Volodos, vous m'inspirez, je vous respire. je vous suis éternellement reconnaissante...
11 juin 2007
un nocturne de chopin...
hier, par une chaude journée orageuse, j'étais seule à l'appartement. il y avait mon piano qui me suppliait de venir poser mes doigts sur lui, de le faire un peu chanter pour le plaisir, pour tuer l'ennui, le temps et oublier qu'il file et que je n'ai jamais le temps. il y avait cette atmosphère lourde et grise dehors et rien d'autre à faire que de le satisfaire, ce clavier.
alors je l'ai ouvert délicatement et j'ai ouvert ma partition de Chopin, celle qui traîne par terre depuis 15 jours parce que je l'ouvre régulièrement et que j'ai la flemme de la ranger dans la bibliothèque avec les autres partitions. Chopin, quand on commence le piano, c'est le but ultime, l'envie finale. jouer Chopin, c'est accéder à un autre monde, un niveau supérieur, un étage proche du septième ciel. au début, on rêve tous de jouer les valses, les préludes, les nocturnes, les sonates. et puis plus tard, Chopin est rendu vulgaire par les professeurs.
pas assez bien, trop connu, trop joué, trop "facile". on nous pourrit l'envie, on nous oblige à ne plus aimer Chopin. alors on joue Schumann ou Brahms et on laisse Chopin aux oubliettes pour un temps.
seulement, c'est beau. c'est tout simplement beau. et on ne peut pas le nier. et quand on s'en souvient, quand ça nous revient en pleine figure, on est bien obligé de se rendre compte que tous nos professeurs avaient torts, qu'en fait, ils étaient juste un peu snobs. hier, j'ai donc repris mes nocturnes, simplement. et délicatement, j'ai travaillé certains passages en me délectant de leur subtilité.
il y a d'abord un premier thème, répétitif, comme une mélodie qu'on a dans la tête et qu'il nous faut chanter. d'abord cet air, pur, triste, conscient. Chopin, tuberculeux, Chopin sent certainement qu'il va mourir. il tousse et crache du sang, il est faible, atteint dans tout son corps par la maladie. mais il chante quand même. je l'aide avec mes doigts, les touches s'enfoncent lentement, marche funèbre, non, silencieux souvenir de la vie lorsqu'elle était encore belle. mélancolie.
puis, soudain, c'est la colère, le renoncement. on se réveille de ce songe et on réalise qu'il va mourir ! et qu'il est si jeune, que c'est complètement injuste et arbitraire ! la colère sur quelques lignes, les accords profonds et noirs. j'adore ce passage, plein de vie, un sursaut qui dit "je ne veux pas mourir", une prière tournée vers Dieu, au bord d'une falaise, la mer au-dessous qui cogne les rochers, un jour d'orage comme aujourd'hui.
puis, Chopin se ressaisit. il explique, il raconte les vagues, il perçoit la vie, la nature, l'orage. il chante son désespoir, noble et digne, drapé dans sa maladie mais encore debout. la mélodie est si belle qu'elle nous tire des larmes, c'est juste sublime, c'est juste sincère, totalement personnel, totalement lui. j'écoute, je chante, je cherche la sonorité, je refais jusqu'à être complètement satisfaite, des heures durant. je veux rendre à Chopin la beauté qu'il mérite, lui rendre cet hommage.
à la fin, les notes mélancoliques du début reprennent mais elles sont un peu métamorphosées. on finit dans un enchaînement d'arpèges et je ne sais toujours pas ce qu'il veut dire dans ce passage. je cherche. quelque chose de divin est caché dedans et je sais que je vais trouver. ce nocturne, six pages, pur bonheur. les notes coulent de source, on comprend sans avoir besoin de mots. on entend sa vie, on entend son âme.
Chopin, c'est beaucoup trop joué, tout le monde joue Chopin, c'est le but ultime du pianiste qui débute, qui a entendu Chopin et qui s'est dit "je veux jouer ça". c'est normal de vouloir accéder à ce septième ciel, c'est humain. mais on est toujours trop petits pour jouer Chopin. et l'âge n'y fait rien.
toute son oeuvre n'est qu'une caresse furtive, un coup de vent qui vient de loin, qui ne fait que passer. mais qui nous laisse pantois, béat, heureux de l'avoir enfin senti.
nocturne op 55 n°1...
06 avril 2007
association de bienfaiteurs
tout commence par J.S Bach. tout commence toujours par Bach. 
lorsque j'étais petite, j'aimais pas vraiment Bach. au conservatoire, on en travaillait beaucoup, mais ce n'était pas le compositeur que je préférais. les préludes, les fugues, je n'en ai vu l'intérêt que bien plus tard, plus âgée, plus mature, avec un sens musical plus développé.
je me souviens de ces débuts de soirée avec M., plongés dans la pénombre, on se jouait mutuellement les pièces qu'on travaillait. c'était presque magique, ces notes de Bach qui montait à mesure que le soleil descendait. M et moi, on vouait une passion sans borne à certaine pièce, comme la chaconne de Bach-Busoni, les transcriptions Bach-Liszt, on se les jouait sans jamais se lasser et chaque note nous transportait. c'était devenu une sorte de rituel après la journée de travail. on se retrouvait dans cette salle sombre, avec les deux pianos à queue, on regardait le ciel par la fenêtre et on savourait quelques morceaux de Bach. en secret. rien que nous et la porte fermée à clé.
c'est sans doute grâce à ces soirées que j'ai découvert Fazil Say. c'est un pianiste magnifique et très doué dans l'interprétation de Bach, justement. et son disque, je ne m'en lasse pas. comme de ces soirées avec M, dont j'étais secrêtement amoureuse à force de l'écouter. Fazil Say est un pianiste turc, assez jeune puisque né en 1970. je ne connais pas toute sa discographie, mais je sais qu'il a enregistré pas mal. et qu'il joue beethoven à la perfection également. je l'ai raté une année qu'il était venu à l'arsenal de Metz, mais personne hélas, ne m'avait prévenu. et il a enregistré ce disque spécialement consacré ( et sacré par la même occasion ) à ce génie qu'était Jean-Sébastien. dessus, il y a quelques préludes et fugues, la Chaconne de Bach, retranscrite pour le piano par Busoni mais aussi un prélude et fugue, à l'origine pour Orgue, retranscrit pour le piano par Liszt.
Fazil Say sait jouer Bach. il sait donner à chaque note la sonorité qu'elle mérite, la nuance appropriée, c'en est presque magique tellement c'est parfait. je ne saurais vous dire comment mais chaque fois que j'écoute, dès les premières notes, j'ai envie de m'allonger par terre, de me laisser envahir, de mourir tellement c'est beau. je les entends là, dans ma tête "la do la mi la do la fa..." et j'ai juste envie de pleurer tant le simple souvenir de ce toucher délicat, de ces sons qui tournent me chamboule totalement. fazil Say, c'est juste la perfection, du moins, pour interpréter Jean-Sébastien Bach.
et puis, ce n'est pas seulement un pianiste classique, c'est aussi un compositeur et un interprète de Jazz. c'est ce genre de pianiste intelligent et drôle, technicien formidable mais musicalement inspiré. c'est une perle, car de nos jours, les genres sont un peu figés. lui ne se contente pas. il invente perpétuellement. et ça s'entend. c'est beau.
bach et fazil Say, c'est l'association parfaite, un bienfait pour l'âme et les oreilles. je vous conseille donc d'aller voir par là s'il y est et de vous laisser tenter. vous ne le regretterez pas !
19 mars 2007
Jean-Claude Pennetier
J.C Pennetier est un pianiste simple et intimiste, le genre d'homme à qui on peut facilement parler, qui vous dédicace une partition en vous souhaitant bonne chance pour l'oeuvre à jouer. le genre d'homme qui joue avec son âme, sans en faire des tonnes, avec un talent fou pour les sons...
je l'ai rencontré la première fois pour une masterclasse au conservatoire. la veille, il avait donné un concert auquel j'étais invitée. il est arrivé sur la petite scène et a salué. et lorsqu'il s'est mis au piano, j'ai été émerveillée par cette palette sonore et la façon qu'il avait de faire d'une simple sonate de Haydn un chef-d'oeuvre.
Pennetier est capable de me faire pleurer rien qu'avec un prélude de Debussy. il est tout bonnement miraculeux.
c'est un homme généreux. on dit qu'il a beaucoup souffert de son bégaiement. il paraît modeste et heureux d'être sur scène.
j'ai eu l'occasion de prendre un cours avec lui. et ce qu'il m'a appris en quelques minutes est resté au fond de moi. il m'a appris à regarder les sons sortir du piano à queue. il m'a appris à écouter. car lui sait écouter. il fredonne en jouant ce qui confère à l'atmosphère si particulière qu'il créé lorsqu'il se met au piano. il est doué, très doué. il use de ses talents de magicien du son avec une grâce qu'il est rare de voir dans une vie.
le deuxième concert auquel j'ai assisté avec émoi, c'était dans un tribunal. c'était l'été. une série de concert est organisé chaque année dans ma ville. il y était revenu simplement, pour enseigner au cours d'un stage et avait inondé un soir le tribunal de grande instance d'un jour nouveau. la salle était belle, toute en bois, et le coucher du soleil donnait une luminosité particulière...il a joué Debussy et d'autres dont je me souviens mal. mais je me rappelle bien avoir pleuré tant c'était beau. et toujours cette classe infinie de l'homme simple, qui vient et qui joue pour le plaisir. et ce plaisir est visible.
il a enregistré entre autre un trio de Chausson avec Pidoux et Pasquier et ce disque est magnifique. je ne saurais que trop vous le conseiller. une partie de sa discographie est disponible ici.
il me fait penser à un vers de Baudelaire:"les sons et les parfums tournent dans l'air du soir"...
je n'ai pas trouvé de vidéos, dommage, j'aurais vraiment voulu vous faire écouter son piano...
09 mars 2007
billet du soir, espoir (arcardi volodos bis)
pour faire plaisir à tous ceux qui arrivent chez moi en tapant "Arcadi Volodos"...et parce que j'adore schubert...
et aussi Mendelsohn, particulièrement cette oeuvre super connue jouée par lui...
et cette transcription de rachmaninov (sonate pour piano et violoncelle) est tout simplement merveilleuse...
je sais pas si c'est le peu d'alcool ingéré ce soir, mais ça me fait pleurer...
faut absolument que j'aille le voir à Paris! si quelqu'un est intéressé, qu'il me fasse signe!
19 février 2007
françois-rené Duchable
j'en vois déjà qui se marre là-bas au fond! on ne rit pas s'il vous plaît car cet homme a été mon idole pendant des années et des années. ce pianiste est français, il a fait le conservatoire de Paris très jeune puisqu'il a obtenu son prix de piano à 13 ans ce qui est super rare!! imaginez-vous, souvenez-vous de ce que vous étiez à 13 ans. et maintenant, imaginez ce qu'il était à 13 ans: un pianiste émérite, déjà diplômé!!
Duchable est un poète, il aime jouer n'importe où, au milieu d'un lac par exemple, ou sur le tour de France. dans ma chambre, j'avais un poster de lui, et dédicacé s'il vous plaît. je vous l'ai dit, j'étais complètement fan, à la limite de l'hystérie.
j'ai eu l'occasion de l'entendre en live il y a quelques années, c'était un des moments les plus beaux de toute ma vie. après tout, il joue assez peu pour qu'on s'en souvienne. car, malgré sa carrière et son talent, Duchable se targue de ne pas aimer le piano, la légende veut qu'il en ait même balancé un dans la flotte du haut d'une hélicoptère par vengeance pour l'instrument qu'on lui a collé entre les mains dès son plus jeune âge. je ne lui en tiens pas rigueur car quiconque a pénétré dans l'enceinte du CNSM de Paris sait à quel point l'enseignement y est dur, la compétition sans limite et la rigueur, un art de vivre...
Duchable dit vouloir jouer pour tous, surtout pour ceux qui n'ont pas l'occasion d'aller aux concerts classiques. c'est ainsi qu'il investit les usines et autres lieux improbables.
il est tout de même un des seuls pianistes que j'ai entendu capable de jouer la symphonie fantastique de Berlioz retranscrite au piano!! bref, un dieu! car la partition est plus que difficile! évidemment, sa réputation souffre de cette personnalité, et, pourtant lauréat de nombreux prix prestigieux, il ne bénéficie pas d'une admiration prononcée, à part moi bien sûr mais je ne compte pas encore dans le milieu des critiques musicaux!
Duchable, c'est un excellent pianiste, plus humain que tous les autres à mon sens. je vous invite à le découvrir rapidement, son toucher est digne des plus grands, sa palette sonore fait rêver... (comment ça, j'en fais trop?!)







