Anna Chronick's

les chroniques d'une jeune prof en quête d'elle-même

19 juillet 2008

"retrouvé"

je devrais pas en parler. ni même chercher en fait.

il y a quelques années, j'avais 17 ans. le coeur délicat et les yeux pleins d'espoirs. et je l'avais rencontré. lui. je sais pas comment, ni pourquoi. je suis tombée éperduement amoureuse. à en crever. le genre de premier amour qui te pousse à faire des conneries. à mentir, cacher la vérité, prendre des risques inconsidérés. le genre d'amour que tu crois que personne peut comprendre.

ça a duré un an. sans qu'il ne se passe rien de concrêt parce qu'il était avec une fille. que je maudissais évidement. mais qu'il ne voyait jamais puisqu'il me voyait moi. on se cherchait tout le temps, on partageait des trucs, je croyais ça important et fort. je ne voulais que lui, que son amour qu'il me refusait. je faisais tout en fonction de lui, il le savait. puisque je lui écrivais. et qu'il entretenait mon amour, mon désir en me disant qu'un jour, on serait ensemble. dès qu'il aurait le courage. il m'écrivait aussi. on se téléphonait. on se voyait tous les jours.

et puis, un jour, à force de souffrances intolérables, au bout d'un an d'attente et de larmes, je lui ai dit que je ne voulais plus qu'on se voit. du tout. et c'est là qu'il a "changé" d'avis.

et on est partis à paris. une semaine. je croyais que c'était le début de notre relation, qu'enfin on allait pouvoir être ensemble, qu'enfin il allait quitter l'autre, qu'enfin on allait s'aimer au grand jour. j'aurais tout quitté pour lui, j'étais folle de lui, complètement prisonnière de mes sentiments. je l'idôlatrais.

j'étais conne.

à paris, il m'a violé. trois fois. et puis il m'a demandé de rentrer, de partir.

à paris, j'ai pleuré, j'ai supplié pour qu'il arrête.

à paris, il m'a tuée.

en rentrant de paris, dévastée, détruite, salie, seule, salie, salie, salie. j'ai tenté de mourir. deux fois.

et trois ans ont passé avant que je puisse me donner à un homme, mon homme. au début, j'avais tellement peur. je ne voulais pas qu'on me touche. j'avais peur de cette douleur de paris. de lui. j'avais mal souvent, je faisais toujours le même cauchemar. je revoyais le mur blanc, je le sentais à nouveau en moi, avec la violence, comme un couteau qui me tranchait en deux.

et mon homme a su changer ça, me redonner confiance et j'ai réappris l'amour. lentement, avec appréhension. il m'a guérie.

et puis, hier, en cherchant ce qu'advenaient tous ces cons du lycée, j'ai trouvé son blog, j'ai lu sa vie, j'ai vu son visage. et j'ai voulu vomir. de le voir heureux m'a rendue malade. de voir ses traits m'a chamboulé, m'a retourné. j'ai cru défaillir dans mon appartement, les larmes sont montées. j'ai pensé que ça n'était pas grave, que c'est la vie. que les cons s'en sortent, que les violeurs aussi. que je suis forte à présent, que je suis bien dans ma vie. et que je n'ai plus besoin de le savoir mort. je me suis persuadée. je me suis convaincue de fermer la page internet et d'oublier.

les trois fois. la douleur. le mur blanc. le sang. les larmes. la solitude. la souffrance. l'humiliation. la culpabilité. la douleur. la douleur. physique. morale. la douleur. la douche glacée. le lit. l'odeur. la sienne. les pleurs. les supplications. la peur. la nuit. la souffrance putain.

mais tout ça, c'est des conneries.

je voudrais qu'il soit mort.

surtout que j'étais la deuxième.

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13 juillet 2008

il y a un an

on s'était dit qu'on allait faire un enfant. jour pour jour...

et puis on n'a pas fait d'enfants.

parce qu'on a trop peur de mettre un enfant au monde dans ces conditions. je sais, c'est bête, des tas de gens le font, parfois même sans trop y réfléchir, juste comme ça. une envie soudaine.

aujourd'hui, je ne sais pas comment on ferait si on avait un petit bébé. moi je serais sûrement angoissée. et heureuse peut-être. mais surtout angoissée. parce que tous les étés par exemple, je n'ai pas de revenus. à part les allocations chômage, si tout va bien.

et puis, on voudrait déménager, acheter une maison. mais les banques ne veulent pas nous prêter d'argent. pourtant, à deux, sans enfants justement, on gagne plutôt pas mal...mais non, ça ne suffit pas. ils ne veulent pas. et nos rêves de maison s'éloignent. et tout le monde s'en fout. même nous un peu. on en parle comme ça. on va pas pleurer éternellement. mais on avait déjà fait les plans, dessiner nos meubles. envisager. imaginer. pis non, en fait non. ça ne se fera pas. pas maintenant.

alors un enfant, sans une chambre pour l'accueillir et sans certitudes...

bien sûr, si on avait un petit enfant, ça serait aussi des joies. indescriptibles. des bonheurs, petits, grands. des espoirs. puis aussi des doutes. sur la façon de faire, sur ce qu'il deviendra. un enfant, qui grandit, qui sourit. et nous à côté, comme sur les photos de famille. et puis de l'angoisse, s'il est malade ou s'il a froid. s'il a de la fièvre ou s'il se cogne.

et puis des instants de grâce quand il marche pour la première fois, ou qu'il dit "papa". pour son entrée au CP, puis son bac...

et nous, des vieux à côté, à ses côtés toujours. parce qu'un enfant, je crois qu'on l'aime, sans vraiment avoir le choix. parce que c'est lui et un peu de nous, de notre amour...

il y a quelques jours, j'ai rêvé. et je voyais mon ventre très rond et je le touchais. j'avais l'air si heureuse dans mon rêve, c'était presque magique, c'était comme une rédemption, un sourire sur mes lèvres et mes jambes qui avançaient. vers quelque chose. et je caressais mon enfant à travers mon ventre et j'étais bien. presque réel, je pouvais sentir tout ça, en moi. comme si je le vivais pour de vrai. je sentais l'enfant, à l'intérieur de moi et je souriais, il y avait une lumière comme émanant de moi. je me voyais, de loin, j'avançais.

et puis je me suis réveillée. et j'étais sûre, sûre que c'était vrai. qu'en passant devant le miroir, je verrais mon ventre rond. j'en étais persuadée. c'est con parfois comme on aimerait que le rêve soit réalité. j'étais tellement sûre que c'était vrai, je suis allée jusqu'au miroir du salon. et j'ai vu.

rien.

j'en aurais pleuré.

tellement j'aurais aimé.

et puis je me suis dit que c'était fou, que c'était pas raisonnable, que je fume comme un pompier et qu'on n'a pas d'argent et pas de maison et même pas de boulot l'été. et qu'il y a ma carrière que je voudrais voir évoluer. et que c'est bête d'espérer alors qu'on fait rien pour, que c'est trop tôt, que c'est n'importe quoi et puis aline qui me dit qu'elle ne se voit pas maman, jamais et moi qui dis oui alors que j'en pense pas un traître mot mais qui m'entends dire oui.

j'ai vu dans le miroir que j'étais pas enceinte et c'est con mais j'en aurais pleuré.

et j'aurais voulu retourner à mon rêve, retourner me coucher, pour me voir avec un ventre rond et sentir encore ma main caresser la vie à l'intérieur de moi.

...

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12 février 2008

emily...

aujourd'hui, elle fête ses 26 ans. deux jours après moi. c'était comme une sœur.

elle était prévue pour le 10 février et moi pour le 12. on a inversé. complices avant même de se connaître. nos parents étaient amis pendant un temps. et nous nous voyions tous les dimanches ou presque.

pendant 15 ou 16 ans. tous les dimanches, on papotait dans ma chambre, on écoutait nirvana ou on fantasmait sur notre future maison. elle voulait être médecin. moi je ne voulais pas apprendre le latin.

elle était blonde, les cheveux lisses, la bouche fine. j'étais le contraire. on s'échangeait nos secrets de petites filles, on rêvait ensemble. on parlait des garçons qui hantaient nos pensées, on jouait à la barbie.

le midi, on allait la chercher chez son père et on les embarquait tous les deux pour un repas à la maison, toujours le même ou presque : pizza et poulet frites. ça sentait bon dans la cuisine, on s'isolait dans la chambre juste après. amies pour la vie. silencieuse dans la musique ou bavarde à l'adolescence.

on s'écrivait pendant les vacances et on se promettait de toujours se revoir. je la raccompagnais avec ma mère chez la sienne et rêvais de l'intérieur de sa maison que je ne pouvais jamais voir. sa mère sur le pas de la porte, Emily nous saluait d'un geste de la main. elle était jolie, c'était mon amie.

aujourd'hui, elle fête ses 26 ans. je ne la vois plus. un jour, elle a changé et elle n'a plus voulu me voir. à cause des histoires d'adultes. j'ai dû faire le choix de tourner cette page. il n'empêche que tous les ans, le 12 février, je revois son visage dans ma chambre, et je repense à elle. ma copine, ma sœur Emily.

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05 février 2008

je sème mes petits cailloux

souvent, au creux de son cou ou avant de m'endormir, je repense aux débuts, aux premières semaines, aux premiers jours. et j'essaie de garder ces souvenirs tout doux au fond de ma mémoire, ne rien perdre, collectionner ces images, ces parfums, ce désir, cet amour.

je suis parfois nostalgique de cette époque, non pas parce qu'aujourd'hui ça n'irait plus non, loin de là, seulement parce que ces moments sont restés totalement magiques dans mon coeur et dans ma tête.

je me souviens de ce sourire de travers, je me souviens de cette machine à shake du mac do qu'il nettoyait le soir en fermeture et du temps que je passais à récurer la friteuse pour le plaisir d'être tout près de lui.
je me souviens de Penny Lane fredonnée à deux.

je me souviens de son appartement et du soir où un des mecs avec qui on travaillait s'était tapé l'incruste jusqu'à pas d'heure, j'étais repartie sur mon vélo, déçue.

je me souviens de mon appartement, de ses murs bleus dans la chambre, des nuits où je l'attendais, fébrile. ces nuits où je ne pouvais pas m'endormir, la lumière de ma lampe de chevet sur la tapisserie aux airs de provence.

je me souviens des croissants qu'il me ramenait tous les matins.
et de ce brin de muguet pour le premier mai de notre première année.

je me souviens de ce jours où il s'était amusé à me filmer en noir et blanc, l'été, en robe blanche, près de la fenêtre qui nous renvoyait les éclats de notre bonheur.

je me souviens de notre première nuit dans notre bel appartement, de l'immensité de ce nouvel endroit, rien qu'à nous, à l'image de notre amour.

je me souviens de notre week-end à nice, l'excitation de ce premier moment à deux loin de tout, on avait roulé toute la nuit, on était partis à l'aventure puis on s'était posé sur les galets et j'avais juste ressenti une immense vague de bonheur d'être là, au soleil, avec lui.

je me souviens de ces week-end encore, à gerardmer, à paris...

de toutes ces photos...
de tous ces moments tendres qui m'ont appris à aimer, à l'aimer, à nous aimer.

je me souviens d'hier soir, dans ses bras, dans notre lit douillet. j'aurais voulu que jamais ça ne s'arrête, à moitié endormis, l'un contre l'autre, il fait chaud dans ses bras, son cou tout doux, son odeur...

je veux garder tout ça au fond de ma boîte noire et ressortir toutes ces images, toutes ses pensées, toute cette tendresse et pouvoir me réchauffer avec elles...ses petits cailloux que je sème sur mon chemin pour toujours revenir à ses moments-là.

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11 janvier 2008

suicide et comédie musicale

bizarre ce titre n'est-ce pas ?

j'avais envie de parler de ma dernière heure de mercredi. cours de solfège avec des ados de 12/13 ans. 4 élèves, ingérables parfois, gentils à d'autres moments, trop rares hélas...et mercredi, alors qu'on discutait de l'histoire de la comédie musicale, ils m'ont brisé d'un simple rire, d'une simple phrase.

oh, je sais bien ce qu'on me dit : que ça n'a pas d'importance, que leurs mots ne devraient pas m'atteindre, que ce sont "des petits cons" et que ça n'est pas "grave". seulement, cette phrase assassine me hante depuis deux jours. j'ai mal. je suis mal. et je n'arrive pas à m'en remettre. peut-être à cause d'elle, de ma tante.

elle était prof de lettres dans un collège difficile. tous les jours, elle partait en banlieue, seule, et devait affronter des élèves très très durs, rien à voir avec les miens. je sais peu de choses de ses cours, je sais peu de choses de ce qu'elle endurait. mais je me souviens d'elle comme d'une passionnée, par les lettres, par les mots, par l'écriture...

elle avait un peu plus de 40 ans. et elle était en dépression. moi, je ne le savais pas. j'étais petite et je l'idolâtrais. elle m'avait appris à aimer le français, elle m'avait encouragé à lire, à m'instruire, à m'intéresser, me passionner. je la savais intelligente et je l'admirais.

dans sa chambre, des milliers de livres. et l'enseignement pour métier, vocation peut-être, je ne sais pas. quelque part, elle était frustrée, comme moi aujourd'hui, de ne pas pouvoir transmettre autant qu'elle l'aurait souhaité. les mots, leurs résonances, la musique, la vibration. étrange parallèle, troublante similitude.

elle vivait seule et souffrait. et personne ne le savait ou tout le monde faisait comme si...et puis un jour, au lieu de partir pour la banlieue, elle est montée à Paris. peut-être une déception de trop, une baffe dans la gueule de la part d'un élève, un mot qui fait mal, qui blesse profondément. je ne saurais jamais.

elle s'est jetée à l'eau, comme ça, en plein mois de mars. elle ne savait pas nager. elle a fait exprès, elle s'est suicidée, elle est morte. et ma vie s'est arrêtée. j'ai eu mal. à 10 ans, la mort, c'est tout. c'est horrible. je ne respirais plus, j'attendais. qu'elle revienne. mon coeur saignait, je voulais mourir, la rejoindre. à 10 ans, on ne peut pas imaginer que c'est fini. et pourtant ça l'était...fini. et plus rien n'a jamais été comme avant...

et voilà que mercredi, Grégoire, au demeurant sympathique jeune homme de 13 ans, lance l'idée du suicide de "la prof de solfège" dans la comédie musicale qu'on prépare. j'ai mal. sa phrase résonne et les autres rient. ils rient. et je ne sais pas quoi faire. je suis désemparée. je pense à elle, je pense à eux. je me dis "c'est ça qu'ils veulent ? c'est ça qui les fait rire ?" je souffre. vraiment.

et Lydie qui rétorque "ah bah non puisque c'est Lucie qui joue la prof de solfège". et dans ma tête, je pense que si ça avait été moi, elle n'aurait rien rétorqué.

elle n'aurait rien rétorqué parce que moi...

j'ai mal. je ne peux pas m'en empêcher.

et personne ne comprend cette souffrance.

personne.

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11 septembre 2007

dans le noir

c'était un matin d'été mais il faisait sombre. sans doute avait-il fait trop chaud la veille et qu'il y avait eu un orage. le ciel pesait sur nos têtes et il faisait frais.

j'avais travaillé toute l'année pour ce jour, j'étais stressée et en même temps excitée, comme chaque fois que je dois monter sur scène, un mélange électrique, l'envie de fuir et en même temps l'envie d'y aller et de jouer. jouer, donner, prendre, échanger, être en soi et dans les autres...lui n'était pas aussi peureux que moi, il devait encore siffloter dans un coin en attendant notre tour.

je me souviens être allée au toilette et qu'il est venu me chercher en criant que c'était à nous. le jury avait pris de l'avance, nous allions devoir passer plus tôt que prévu.

il prend son violoncelle comme s'il ne pesait pas plus qu'une plume et je le suis, trébuchante, avec mes partitions collées contre ma poitrine, essayant vainement de comprimer les tressautements de mon coeur. je sens que je vais mourir d'angoisse, comme chaque fois. le sol se dérobe, je lui donne le la après avoir traversé la scène trop éclairée.

pendant ce qui me semble durer des heures, il accorde patiemment et consciencieusement les cordes de son instrument. puis il se tourne vers moi et me sourit. il est prêt. j'ai mal au ventre. mes mains sont moites. je les pose sur le clavier, je les remets sur mes genoux. j'y vais ? je me concentre.

Brahms d'abord. sonate pour piano et violoncelle, premier mouvement, profond, les sons de son violoncelle ont quelque chose de magique, presque comme une voix humaine qui chante. je suis avec lui, quelque chose nous relie à travers la musique. je ne pense plus à rien, je respire, je joue, mes doigts sont là, mon esprit est dans le piano, dans les notes, les crescendos, j'ai envie que ça dure, j'ai envie de pleurer.

puis Chostakovitch. terrible de silences, de suspens. la salle est tellement dedans qu'on dirait qu'elle se tait avec nous. les dernières notes sont terrifiantes, pesantes et silencieuses. ensemble, nous finissons et ne bougeons plus quelques secondes. c'est long. personne n'applaudit, les gens n'osent pas. il y a de la magie dans l'air, quelque chose d'infini, d'indéfinissable. puis le silence se brise et on nous félicite par les claps-claps habituels et c'est déjà fini. instant de grâce, si court, intense. dans la salle plongée dans le noir, le jury doit être content. ils nous récompenseront bien ce jour-là, citant mon nom et le sien tout en haut de leur liste.

mon meilleur souvenir. s'en suit champagne et orage magnifique sur une terrasse à nancy. jamais je n'oublierai. jamais.

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16 août 2007

le parfum

je tombe toujours amoureuse d'une odeur, d'un parfum. ça se passe toujours de la même façon. au début, il y a quelqu'un dont la fragrance me plaît et puis, au fur et à mesure, cette odeur agréable devient plus forte, je ne sens plus qu'elle et chaque fois que je la sens, mon coeur se met à danser dans ma poitrine.

c'est comme ça que je suis tombée amoureuse de lui. on était au macdo, au milieu des odeurs de friture et de graisses et pourtant, je ne sentais que son parfum et je le cherchais chaque fois qu'il passait près de moi. j'avais beau lutter, ce parfum me rendait folle. il fallait qu'il m'aime.

ça s'est toujours passé comme ça. chaque fois que je suis tombée amoureuse, c'était d'un parfum. et puis d'un homme. après. parce que ce parfum, le sien, m'avait émue, bouleversée, chamboulée.

et puis, mon homme a changé de parfum. on était ensemble, je me suis habituée à cette nouvelle odeur. je l'aimais aussi, bien sûr. mais c'était différent.

hier, on est allé au cinéma et sa bouteille de Pi était vide alors il a remis de l'ancienne bouteille, je n'y ai pas prêté attention, au début. et puis, au cinéma, une odeur me remplissait d'émotion et bêtement, je cherchais qui dégageait cette fragrance si délicate, si belle, si masculine...

c'était lui, l'homme qui est à mes côtés depuis 4 ans maintenant. j'avais presque oublié. et puis, je l'ai retrouvé. mon coeur s'est mis à danser à nouveau, comme au premier jour, derrière la prod du macdo. je n'ai pas compris ce qui m'arrivait. et puis, mes mains tremblaient. comme aux premiers instants, dans ses bras. et le soir, lorsqu'on s'est couchés tous les deux et qu'on était dans les bras l'un de l'autre, j'ai compris.

bien sûr, tout n'est pas dû à ce parfum. il y a sa peau, son odeur naturelle qui s'y mélange... pourtant, ce parfum, c'est lui, c'est nous, c'est le moment magique du début.

il n'en a presque plus. je crois que je vais lui en racheter. et chaque fois qu'il le portera, je retomberai folle amoureuse de lui, de sa peau...

EDIT : pour fishturn !!! c'est ça :

:-D

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07 août 2007

15 ans aujourd'hui

elle était dans le ventre de ma mère et je l'aimais déjà. elle ne voulait pas sortir, elle est née en retard avec des doigts très longs, très fins. elle était toute rose, je me souviens. et des petits cheveux couvraient sa tête ronde.

elle est toute ma famille, elle résume à elle seule tout l'amour qu'on peut porter à quelqu'un. je la portais quand elle était petite et la berçait tendrement. je me sentais responsable, j'adorais l'avoir près de moi. quand je lui donnais son biberon, je me voyais comme une petite maman. elle est tout l'amour que je peux donner, elle est faite pour être aimée.

elle a un nom qui donne des idées de poèmes et son visage fin invite à la douceur. ses cheveux longs et fins encadrent son beau visage et ses yeux en disent tellement. le pire, c'est qu'elle ignore qu'elle est belle...

l'espoir, la vie, l'avenir, tout lui est encore permis. elle va grandir, mûrir, devenir. et j'ai hâte de voir vers quoi elle se tournera. je me demande à quoi, à qui elle ressemblera, je me demande quelle femme elle deviendra. souvent, elle fait la moue, souvent elle fronce les sourcils, quand elle n'est pas contente. et rien n'est pire que l'entendre pleurer.

je voudrais la protéger, la choyer comme elle le mérite. elle est si délicate. si fragile d'apparence et pourtant je suis sûre si forte. elle est tellement tout, comme une promesse. elle a 15 ans, 15 ans déjà. et je ne l'ai pas vue grandir. je n'en ai pas eu conscience. je la vois toujours comme ce poupon rose qu'elle était dans ses premiers jours. ses doigts longs et fins serrés, petit poing levé vers la vie.

je l'aime et je voulais simplement lui dire. que quoiqu'il arrive, elle sera toujours mon coeur, mon amour de petite soeur, ma vie, mes espoirs. son avenir. un nom si plein de promesse, si plein de poèmes. je voudrais lui dire qu'elle mérite d'être aimée, qu'elle mérite le meilleur, parce que c'est une fleur, une de ces fleurs rarissimes qu'on ne croise qu'une seule fois dans sa vie.

et que si un jour, un mec lui fait du mal, je lui pète la gueule.

bon anniversaire Camille.

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20 juillet 2007

les crèpes au jambon

je me souviens parfaitement de ces soirées chez elle. c'était le samedi. tous les samedis. je me souviens très bien du petit appartement. j'aime m'y retrouver le soir avant de m'endormir. j'aime parcourir une fois encore les pièces, toucher les meubles, humer l'air qui régnait là-bas...

les crèpes au jambon, c'est souvent ce qu'on mangeait ensemble. c'est une histoire de famille. je crois. elle les préparait dans sa cuisine bleue et minuscule. elle y passait du temps. d'abord, il fallait faire les crèpes. pour 8 personnes. ensuite, elle mélangeait les ingrédients pour la béchamel et elle mixait ensemble les tranches de jambon. puis elle enfournait tout ça et on patientait en jouant à cache-cache. avec ma tante.

dans le salon, il y avait un meuble, tout vieux, certainement moche mais pour moi, il était beau. sur ce meuble, il y avait la photo de mon oncle, mort à présent, avec ses grands yeux dans le vague et sa barbe. il y avait d'autres photos dont je ne me rappelle pas. et puis à côté, un vieux buffet qui ne tenait plus très bien.

une grande table trônait au milieu et sur le mur, adossé, le canapé qui avait connu mon arcade sourcilière quand j'avais 2 ans. j'étais tombée et je m'étais éborgnée sur un coin de l'accoudoir. on avait cru que je serais borgne, il n'est est rien je vous rassure.

et puis, au fond, il y avait sa chambre. plongée dans la pénombre en permanence. une grosse armoire, un lit en bois façon vieillot comme on n'en fait plus. une fenêtre à travers laquelle j'aimais regarder le monde. les immeubles tout autour, le bac à sable, les arbres et le chien muet de la mère Minel.

de l'autre côté, le salon, les fauteuils noirs et la télé, le vieux téléphone que j'aimais tripoter à cause du cadran qu'il fallait tourner. j'adorais ça, ce vieux truc qui réveillait tout le quartier quand il sonnait.

et puis, les autres chambres endormies, celles qui avaient accueillies les enfants à une autre époque. il restait encore les lits vides et les bureaux qui avaient servi autrefois, dans une autre vie, loin, très loin. les tabourets des années 70, les polars de ma tante, les souvenirs qu'on devine à chaque coin. et les petits enfants qui jouent à cache-cache en attendant les crèpes au jambon.

j'adore les crèpes au jambon.

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02 juillet 2007

121

quand j'étais au CNR, il y avait plusieurs salles conçues pour les élèves qui voulaient travailler dans la journée. j'étais souvent, très souvent même dans l'établissement, je ne travaillais que là-bas. alors, chaque jour, je faisais la queue pour avoir une de ces salles, en espérant en trouver une avec un piano pas trop pourri.

il faut dire que les gens ne respectent rien, pas même les pianos. souvent, je me retrouvais face à un instrument gribouillé d'injures en tout genre, parfois même des numéros de téléphone y étaient gravés dans le bois. certains allaient jusqu'à démonter le piano, comme un animal qu'on dépèce. et puis, tous ces pianos étaient vieux. désaccordés et vieux. ils avaient un son fatigué, des touches usées et sales de tous les doigts qui étaient venus se poser là. une histoires pour chaque piano, certainement.

souvent, les pianistes souhaitaient avoir la 121. c'était une salle agréable avec un piano pas trop défoncé. elle était située au premier étage, avec une grande fenêtre qui s'ouvrait sur la lumière. une fenêtre en arche. le sol était gris mais pas les murs comme bon nombre d'autres salles. non, les murs étaient blanc et il faisait frais...on l'aimait bien, la 121. quand on l'avait le matin, on était content et on la gardait le plus longtemps possible, jusqu'à ce qu'un autre vienne nous virer.

j'y ai passé des heures, des jours entiers. à travailler. le piano était tourné vers le mur du fond, la fenêtre souvent ouverte, même en hiver, parce que, lorsqu'on travaille son piano, on a chaud, même par 5° dehors. je sentais mes doigts sur les touches, j'entendais la musique, je planais en jouant Bach et j'oubliais tout.

Bach. merveilleux, superbe, grandiose et si intimiste à la fois. n'importe quelle oeuvre de Bach est parfaite pour planer. et puis, quand on y regarde de plus près, Bach a tout inventé. il a donné à la musique sa forme tonale, sa base, pour s'en éloigner et réussir à introduire la musique atonale, celle que Berg et Schönberg inventeront 2 siècles plus tard. Bach, c'est comme Dieu pour moi. bien que je ne crois pas en Dieu, je crois en Bach. c'est différent et subtil.

bref, j'aimais travailler Bach. je sais que tout cela paraît si désuet de nos jours, cette musique, la musique classique. elle n'est plus beaucoup écoutée. elle me parle. réellement. tout est si limpide, profond et clair...

hier, au piano, chez moi, c'était comme dans la 121. je sentais mes articulations, mes muscles, chaque partie de mes doigts, de mes mains. sur le côté des mains, on a cette partie un peu charnue, côté extérieur, mais si, vous savez. c'est mou. sauf que, pour un pianiste, cette partie de la main gonfle, s'enfle de muscles à force de travail. hier, je sentais ma main, je la sentais. comme avant. physiquement, c'est un soulagement. c'est comme si j'étais programmée pour ça, comme si je ne pouvais m'épanouir que comme ça.

je travaille Beethoven. on me l'a toujours interdit. aujourd'hui, je m'en fous, je peux le faire, je n'ai plus à attendre l'approbation de certains profs. alors, je me fais plaisir, et je sens mes doigts et mes mains, je les sens, je ne sais pas vous décrire ce que je ressens. c'est un tel plaisir, ça fait tellement de bien, les articulations qui travaillent, les touches qui s'enfoncent, les mesures à refaire, les enchaînements qui prennent tournure...au début, ça ne ressemble à rien, ou si peu. et puis, au fur et à mesure, la musique apparaît. c'est lent, c'est long. je suis dans le noir et je cherche la lumière. ce n'est pas un interrupteur qui éclaire tout à coup la pièce mais un jet lumineux qui peu à peu s'attarde sur un bout, un coin, puis se promène et découvre un autre endroit. c'est la partie que je préfère. quand on découvre vraiment ce que l'oeuvre qu'on déchiffre va donner. quand on commence à peine à maîtriser, que, doucement, ça prend forme, comme une esquisse au crayon...

voilà. je me sens bien. apaisée. juste parce que je travaille un peu mon piano ces temps-ci. c'est étrange. j'avais oublié à quel point j'aimais ça. à quel point la musique et moi, c'est pour toujours. naturel, élégant. je ne sais pas. c'est moi. c'est Beethoven et le souvenir de la 121. ça ravive, ça réchauffe, efface la douleur, l'ennui, le monde. je me souviens...

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