Anna Chronick's

les chroniques d'une jeune prof en quête d'elle-même

08 avril 2007

gourmandise

il était là, dans cette pièce, comme une statue, droit comme un i et ne bronchait pas. il était là et je le regardais mais je savais pas comment le voir. il était beau, je crois mais je ne le voyais plus, pas avec les bons yeux, pas avec le bon regard. j'avais envie de pleurer, de courir vers lui, de ne pas oublier.

lui semblait emprunt d'un profond mutisme. comme si, paralysé des quatre membres, il restait cloué sur place, un peu comme un christ, extatique, extasié. moi, j'avais peur. de ne plus jamais réussir à le bouger de là. et puis, c'est qu'il était lourd. je ne pouvais pas le porter. j'avais mal aux bras, j'avais les jambes tremblantes et le coeur haletant. j'avais seulement l'impression que nous allions y passer, y rester. que nous n'y survivrions pas. c'était triste mais en même temps, couru d'avance.

je me souvins alors de ces phrases que je lisais dans les livres et que je ne voulais pas croire. je me souvins de ces mots qui me faisaient déjà mal, sans savoir, sans saveur, sans pouvoir. et je suis restée hébétée, les bras ballants, la bouche ouverte sur le néant. et j'étais comme tétanisée, comme lui dans le salon, figé, deux statues de sel, deux sculptures vivantes. sans espoirs.

je me disais : non, c'est impossible, il va bouger, il va se réveiller. mais au fond, je savais que ça n'était plus possible. que tout avait changé, que rien ne serait plus comme avant.

avant...je revoyais mon film, comme un truc à l'envers, je revoyais la fenêtre ouverte et les rayons de soleil caressants, je revoyais son sourire et ses yeux pétillants, je revoyais sa passion, ses désirs, nos illusions, nos désordres. et surtout, l'impression que tout était devant nous, que rien ne changerait jamais, que toujours ça serait comme ça. comme ce jour là, avec ma robe blanche, dans le soleil et lui qui me filmait.

de revoir mon film à l'envers, j'avais encore plus mal. et mes membres inférieurs semblaient définitivement ancrés dans le sol boueux de mon salon. j'aurais voulu être ivre, pour ne pas réaliser ce qui se passait, pour être dans ma brume, dans la vapeur de l'alcool. mais j'étais incroyablement claire. et c'était pire encore.

lui ne bougeait toujours pas. arrêt sur image. définitive. photographie vivante et vieillie. par le poids des mots, par la vie qui nous avait complètement bouffé, à jamais. l'appartement s'était transformé en bateau et tanguait, nous emportant avec lui dans la tempête. et tandis que je le suppliais mentalement de nous délivrer, je l'entendais ricaner au loin. se moquant de nos deux corps meurtris.

c'est comme ça que j'ai su. que tous ces mots étaient vrais, qu'ils allaient entrer en nous et ne jamais en sortir. qu'ils allaient nous poignarder, de l'intérieur et que je saignerais pour toujours. c'est comme ça que j'ai compris que je ne pourrais pas soigner ses blessures. et que pour toujours lui aussi saignerait comme un chien écrasé au bord de la route. seul, abandonné. effrayé.

le poids des mots. pire que l'absence. pire que le désamour.

empoisonnés, emprisonnés dans nos carcasses de chair. à jamais séparés. à jamais oubliés.

l'amour, cette envie de croire. le goût de cette gourmandise, le souvenir de celle-ci. dans la bouche. finalement amère. le temps passe.

et rien n'y fait.

Posté par annaellee à 17:18 - des maux des lyres des mots délire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 avril 2007

égoïste !

egoisteil est énervé, je l'entends qui gueule au salon. c'est normal, il a plu toute la nuit, moi, je le savais. je me doutais bien que ça se passerait comme ça.

il est parti puis il est revenu, en criant, avec le désir de tout casser. quand il est énervé, il est comme ça. il entre dans une fureur incroyable, il me ferait presque peur, même si je sais qu'il ne s'en prendrait pas à moi, tout de même!

il crie des mots grossiers, je me réveille lentement, j'émerge. que faire? j'en sais rien. je l'entends fouiller dans les poches de son blouson, dans le panier de l'entrée. je ne comprends pas ce qu'il cherche. il est en retard? comment va-t-il faire? j'ai peur qu'il casse la table du salon, faut que je me lève pour tenter quelque chose. mais quoi?

il est parfois un peu excessif, c'est pas sa faute, c'est un homme. les hommes sont parfois excessifs. il exagère souvent sa malchance, il se croit victime d'une sombre malédiction. il est là, au milieu du salon, limite à pleurer. moi, je ne sais comment le consoler. je fouille avec lui, dans les poches de mon blouson. à la recherche de quoi? j'en sais rien. je l'aide, c'est tout. c'est mon rôle. je voudrais lui donner quelque chose pour l'apaiser, je tourne en rond avec lui. je ne peux pas crier aussi parce que je suis trop fatiguée. mais ce n'est pas faute de le soutenir.

il dit qu'il en a marre. je ne sais pas comment faire pour qu'il n'en ait plus marre. il dit qu'il est en retard, je ne sais pas remonter le temps. il dit qu'il est soûlé, je me demande s'il a déjà bu. il est huit heures du matin, je me dis que c'est un peu tôt pour être bourré.

il s'assoit sur le canapé rouge délavé et prend sa tête dans ses mains. je le regarde, comme hébétée. il fait moche dehors, je ne sais pas quoi lui dire. il commence à fumer une cigarette. moi je pense à mes croissants matinaux. j'ai faim, je voudrais bien manger quelque chose. boire mon café pour arriver enfin à sortir de mon brouillard matinal. mais j'ai peur de le laisser seul, de l'abandonner.

je le savais moi, mais je ne pouvais pas lui dire. j'ai entendu la pluie sur les carreaux cette nuit et j'ai pensé à ce matin. lui dormait, je ne voulais pas le réveiller pour lui annoncer la mauvaise nouvelle. alors je me suis rendormie, en priant un peu pour que tout ceci ne se réalise pas, que ce soit juste une idée en l'air, que ce soit juste faux.

et puis, le matin est arrivé, plus vite que prévu. son réveil a dû sonner. je n'ai rien entendu. il a dû se préparer un café et manger ses BN, comme tous les matins. il s'est douché rapidement, c'est un homme, il prend peu de temps dans la salle de bain. et puis, il a mis son parfum, Pi, de givenchy. il s'est pressé pour s'habiller, a pris le pantalon noir sur le séchoir, celui que j'avais lavé la veille. puis il a rentré sa chemise dans son pantalon, pour avoir l'air plus classique, pour son bureau. il bosse dans une entreprise où il n'y a quasiment que des femmes. il classe des dossiers, répond au téléphone, écoute les commérages d'une oreille distraite. ce n'est pas un job plaisant et je le plains sincèrement.

il a enfilé son blouson de snow, celui que je lui ai offert à noël, l'année dernière et s'est emparé du casque et de ses clés.

20 minutes plus tard, il est remonté à l'appartement en gueulant, en tapant, en jetant le casque partout où il pouvait. le scooter ne démarrait pas. il avait pris la pluie. alors je me suis levée et je lui ai donné un peu d'argent. pour qu'il prenne le bus. et me voilà debout, à le regarder partir, désemparée devant son désespoir matinal. lui énervé, moi, seule.

c'est là que mon réveil matin s'est mis à sonner.

avec tout ça, j'avais perdu 10 minutes de sommeil...

Posté par annaellee à 09:02 - des maux des lyres des mots délire - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 avril 2007

rien...

à quoi tu penses? 2006_05_11_001
à rien. merde, c'est vrai, à rien. tchi. comme on dit. je suis là, assise, le regard dans le vide, envie de rien. besoin de rien. penser à rien.

oublier.

mais je sais même pas quoi oublier. qu'est-ce que je veux oublier? je sais pas.
rien.

deux heures plus tard...

ça va?

ouai, ça va. me prends pas la tête steuplait. j'ai pas le courage, ni de parler, ni de réfléchir. je pense à rien, je réfléchis. mes les mots veulent rien dire dans ma tête, ils tournent à l'intérieur et se croisent sans aucune signification. non, je m'ennuie pas, non, ne t'inquiète pas. non, j'ai pas envie de me bouger. je suis bien là, assise, à rien faire, à rien penser. le grand rien. le vide intersidéral.

je prends une feuille. je me dis : j'vais dessiner un truc, faire quelque chose. mais y a rien qui vient. les traits que mon crayon fait, il les fait tout seul. y a pas d'âme, y a rien. bordel, qu'est-ce qu'y m'arrive?

à quoi tu penses? putain, j'en sais rien. y a deux heures, tout allait bien. il faisait beau, j'étais tranquille. pis là, c'est comme si tout était parti, tout mon monde à moi, toute mon énergie, toute mon âme s'est barrée. ptête qu'elle est partie se balader, profiter du beau temps dehors. ptête qu'elle va revenir, je sais pas. j'espère.

ça va pas?

mais si ça va. y a rien qui cloche. le problème, c'est qu'y a rien justement. je sais pas ce que j'ai. ma tête veut pas penser à deux ou trois trucs cohérents. je me mets devant le piano et au bout de deux accords, plus rien. ça veut rien dire, ça sert à rien. toujours ce putain de rien. c'est le souk partout, je me dis, j'ai qu'à nettoyer. mais non, j'ai pas envie, me fais pas chier. je suis complètement anéantie là, tu vois pas? la poussière, je m'en tape. je voudrais juste retrouver mes pensées. elles sont où bon sang? j'ai dû trop parler hier, trop réfléchir à faire des phrases, à penser intelligement. du coup, aujourd'hui, y a plus rien. qu'est-ce que je vais devenir? merde.

je suis dégoûtée. je sais pas quoi faire, je tourne en rond. le vide. comme dans l'espace. le grand rien qui meuble tout l'espace, qui prend toute la place.

à quoi tu penses?

c'est vrai ça, à quoi je pense?

ben je pense à rien. à priori, c'est déjà pas mal. ça prend du temps. ça te bouffe la tête. ça te vide le corps. t'es là, planté comme un con. tu penses à rien et ça n'a aucun sens.

alors t'attends. et mine de rien, ça prend du temps.

penser à rien, finalement, c'est pas si mal.

Posté par annaellee à 19:55 - des maux des lyres des mots délire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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