29 juin 2008
puisque
personne. je peux dire ce que je veux pas, prendre le risque de parler toute seule.
ces jours-ci, je me sens perdue et fatiguée. je ne sais plus où donner de la tête, je me pose des milliers de questions, je passe de fausses joies en fausses promesses. la vie est une chienne.
je me sens seule alors que je ne le suis pas. mais je souris quand même aux gens que je croise. personne n'est là, excepté l'homme qui doit vraiment en avoir marre de mes sales états d'âme.
et puis j'ai envie et peur à la fois...de toutes ces choses qui me passent par la tête, de toutes ces choses que je voudrais faire. et qui me font peur.
où en serais-je dans 1 an ? dans 5 ans ? dans 30 ans ?
ma vie n'est basée sur rien de stable. on ne sait toujours pas si mon contrat sera renouvelé en temps plein. que puis-je espérer d'une école qui refuse de reconnaître mon travail ? je me donne et ça ne me donne rien en retour. on me fait mijoter. on me fait attendre. on ne paie pas mes heures supplémentaires. je ne suis rien.
alors pourquoi devrais-je continuer comme ça ?
penser à moi, à ma carrière alors que dès que je m'écoute, je me trouve mille et un défauts. que je n'ai pas d'autres avis que ceux des gens qui m'aiment (2 ou 3 maximum). et que je fais en sorte de diffuser mes chansons alors que je trouve ma voix nulle et...
bref, voyez, je déprime.
à fond.
je n'ai envie de rien.
je n'ai pas le temps d'avoir envie.
les vacances approchent. je suis heureuse d'être en vacances. mais quoi ? et après ? qu'est-ce que je vais faire ? enregistrer d'autres chansons, essayer de retravailler encore les précédentes. et puis quoi ? écrire un nouveau specatacle parce que j'ai envie? mais se heurter encore aux parents, aux enfants qui ne voudront pas venir aux répétitions parce que ça les soule. se heurter à la mairie. qui ne sait toujours pas si elle me renouvelle mon contrat.
et puis espérer, attendre. imaginer la scène avec Lucie. espérer que ça se fera. s'accrocher à ça. attendre.
on me dit de me reposer. j'essaie. je ne dors plus. je ne mange plus.
on me dit que je suis unique.
bien.
mais ça ne m'a apporté jusqu'à présent que des inimitiés, des jalousies. des méchancetés.
et chaque fois que je me vois en photo, j'ai envie de hurler...
oh là là, qu'est-ce que je suis chiante en ce moment !!!!!!!!!!!!!! veuillez excuser ce moment (blog) lamentable, j'ai besoin de vacances !
16 mai 2008
J-8
j'ai acheté une robe à pois aujourd'hui. et j'ai pensé qu'elle lui irait bien. j'ai voulu en prendre une deuxième et puis je me suis ravisée. je ne sais pas pourquoi. j'ai eu peur qu'elle trouve que j'étais folle.
j'ai beaucoup parlé d'elle. à une copine. et j'ai bien vu son visage quand je prononçais son prénom. peut-être que je devrais me taire. mais je n'y parviens pas.
j'ai flâné dans les rues de Nancy en regardant les gens, leurs parures, leurs ramages. j'étais bien, j'étais pleine. de ce soleil, de ce vent léger, bien dans mes spartiates. je me sentais moi. différente. moi quand même. j'ai beaucoup pensé à ce terrible rêve. mais j'ai préféré l'oublier.
j'ai pensé aussi à l'homme et à sa patience. j'ai pensé que j'aimerais pouvoir lui épargner mes moments de doutes et de colère. car hier soir, j'étais en colère et j'ai beaucoup parlé. j'avais besoin de me vider. alors je me suis laissée aller aux mots. pour évacuer mes maux...
j'ai mis de la peinture argentée sur mes notes à contre temps ce soir, en buvant une bière fraiche. et j'ai pensé que la fin de cette année était toute proche. je peux déjà la sentir, dans les rires des enfants, la lire sur leurs vêtements, la voir sur leurs visages rosis par le soleil. c'est bon et en même temps, ça fait tout drôle. de se dire "c'est fini" et d'avoir la nostalgie avant l'heure.
puis j'ai pensé à mes amis, ceux qui me manquent : bertrand, dont je n'ai plus de nouvelles depuis plusieurs semaines, aline qui devait m'appeler et qui ne l'a pas fait et Angel qui devait être au boulot et dont l'enthousiasme me manque.
tous ces gens qui défilent, qu'on ne connaissait pas il y a quelques temps et qui soudain font partie de votre vie. tous ces gens qui mériteraient que j'ose décrocher mon téléphone. et puis elle, aussi. évidemment. toujours. une amie dans son coeur et les cheveux dans le vent.
j'ai eu secrètement envie que cette journée n'aboutisse pas. place stanislas, il y avait deux petits bébés, des jumeaux qui dormaient dans une double poussette. ils étaient si petits, ils avaient l'air si serein, ils étaient si choupinoux que j'ai failli verser une larme de joie.
j'ai aimé cette journée. moins cette nuit. j'ai aimé être là, vivante. et je voudrais tellement transmettre cet amour que je ressens en moi...
06 avril 2008
collectionneuse...
j'aime les mots. depuis l'enfance.
quand j'ai découvert Rimbaud et Baudelaire, je me lisais leurs poèmes à voix haute, je les apprenais par coeur pour me les réciter sur le chemin de l'école. chaque matin, c'était la même chose. je partais avec Rimbaud dans la poche de mon vieux gilet perrave et je me lisais ses poèmes.
par amour des mots, je me suis mise à écrire, des poèmes, des tas, des centaines. j'écrivais, je lisais. et par dessus tout, je collectionnais les mots et me les répétais avec un délice particulier.
c'est un secret. je ne l'ai jamais dit à personne.
mon préféré : lactescence. il faut le dire lentement à voix haute pour en gouter toute la saveur. ce mot est magique. il me pénètre. encore aujourd'hui, je me le dis souvent, dans la tête ou dans ma voiture. et je le déguste.
je n'ai jamais collectionné de timbres, ni de boites, ni de cartes panini. en revanche, les mots me procurent depuis toujours un plaisir immense, sans que je sache pourquoi.
ils ont une vibration. comme une musicalité.
je suis fascinée par un tas de chose. je regarde Lucie rentrer dans un personnage et je suis fascinée, j'écoute daft punk et je suis éblouie. tout me rentre à l'intérieur, je suis comme une éponge.
et les mots ont une résonance en moi, ils remplissent l'espace de mon corps et me calme.
lactescence...
fragrance...
chambre...
violoncelle...
manon...
souffrance...
immortelle...
...
...
20 février 2008
à perte de vue
à perte de vue, je suis et je reste, je n'ai besoin de rien d'autre que mes notes de musique, que de mes délires et de mes envies.
j'ai beau chercher, je ne souhaite rien d'autre que continuer dans la voie que j'ai récemment trouvée. bien sûr, ça ne sert peut-être à rien. peut-être même que tout ça restera sur mon piano, comme ça, sans être jamais lu ni entendu. peu m'importe en réalité.
car le plaisir que j'éprouve vaut toute la célébrité du monde.
d'ailleurs, ça ne m'a jamais intéressé, la gloire.
à perte de vue, je regarde les lignes des portées et je gribouille des notes que seule moi peux comprendre. il faudrait organiser. mais je n'ai pas envie. je sais que je trouverai à chaque fois le moyen de les rejouer. car ces chansons faites de rien ou pas grand chose, font immédiatement partie de moi. jusqu'alors je l'ignorais. je ne savais pas que je pouvais le faire. je le rêvais sans oser essayer. je pianotais quelques notes et puis je fermais le couvercle de mon piano en me disant que j'étais bête de croire que je pourrais le faire.
alors qu'en fait, je peux le faire.
je peux composer.
mêler les mots et les notes, mes deux passions. c'est exquis. croyez-moi.
ai-je du talent pour ça ? je ne sais pas. mais je m'en fous. je continue. parfois, pendant plusieurs semaines, je ne fais rien. j'enseigne et puis c'est tout. c'est déjà pas mal. et puis, parce que dans ce projet, je ne suis pas seule, je m'y remets parce que j'ai cet objectif qu'un jour, lucie entonnera une de mes chansons et peut-être trouvera ça chouette.
moi qui avais tellement peur du jugement des autres, je me surprends à avoir hâte qu'elle les entende. prendre ce risque ne me fait pas peur avec elle.
et pourtant, je sais à quel point je peux être bête à me trouver nulle et moche. mais tant pis. je sais qu'avec elle, je n'aurais pas honte. je sais qu'elle est juste et qu'elle ne se moquera pas.
alors j'écris. et les portées de ma musique s'étalent à perte de vue. et dès que je finis le brouillon d'une chanson, une autre vient et me prend mon temps. avec joie, je lui donne. parce que pendant ce temps, je n'ai pas besoin d'autre chose.
une clope peut-être, un café bien noir, mon piano, mon crayon de papier et mes notes sur mon piano. ces choses qui sont en moi, qui m'appartiennent et qu'un jour, peut-être je partagerai.
17 décembre 2007
bof
il y a une chanson de ttc qui dit je crois "tu fais de la bonne musique d'ascenceur..."
je me reconnais à fond dans cette phrase. j'ai le sentiment que tout ce que j'écris est nul, pourri, déja vu et sans style. bon. partant de là, bien souvent, je me demande pourquoi je le fais, pour qui ? comment ? et surtout dans quelle étagère ?
oui car c'est bien là le problème de mon existence entière : je ne vais jamais au bout de ce que j'entreprends. jamais jamais jamais. parce que je me trouve incapable. total : ça finit effectivement sur une étagère, dans un bordel infâme où toutes les ébauches de toute mon oeuvre pathétique s'entassent en attendant de finir planquées au fond d'un tiroir ou pire, d'une poubelle. oui parce que j'en ai toujours honte après. toujours toujours toujours. je relis, je revois et j'ai honte à en vomir tellement je trouve ça nul.
c'est mon problème.
quand j'ai commencé à écrire ici, je pensais me heurter à ce même problème. d'ailleurs, je déteste me relire, ce qui explique les fautes. bien souvent, j'ai voulu arrêter ce blog, bien souvent, je me suis demandée à quoi il servait. comme les chansons que j'éi écrite jusqu'à présent. 4 au total. peu. pouah. je m'enregistre avec mes pauvres moyens et je me dis "ptain ! c'est nul".
bon...et après ?
croyez bien que je n'étais pas venue ici pour me plaindre. non. à la base, j'étais juste venue jeter mes pensées. je crois que c'est fait. je retourne à mes chansons pourries !
25 juillet 2007
magnésium.
je sais que ça n'a pas d'importance, que tout cela n'est pas réel. je sais, je sais. que tu n'es pas toi, que tu n'es plus toi, je sais, je sais. dans mon coeur, dans mon âme, il n'y a plus rien, plus rien que ces mots dans ta bouche. et derrière mes yeux, il y a cette photo et je la regarde, derrière mes paupières, lourdes.
il y a ce profil que je connais bien et ce sourire que j'aimais tant. et tes cheveux qui sont coiffés et je trouve ça dommage. pourquoi te coiffer ? pourquoi tenter d'arranger cette crinière si folle. dont j'ai hérité. ça ne sert à rien.
ton pull était beau, bleu avec des dentelles sur le col et je te regarde et je te vois. tu étais si belle. et cette photo me renvoie à une autre, plus vieille encore. ton regard est si plein de belles promesses, ton coeur était pourtant si triste certainement. il y a le soleil qui vient se refléter dans ta pupille claire et très ronde. comme la terre, tu étais. et tes boucles dansaient autour de ton visage si parfait.
je sais que ça n'a pas d'importance mais ta bouche si belle, je ne peux pas l'oublier. elle disait des mots doux, des mots d'amour. elle reflétait exactement ce que tu avais à l'intérieur de toi, la beauté et l'amour. je sais, je sais. tout a changé. tu es comme une fleur qui aurait fané un peu trop vite. comme un train qui va trop vite et qui ne peut plus s'arrêter. et j'ai regardé, derrière mes paupières, j'ai regardé le train défiler et je n'ai pas pu l'arrêter.
ça va trop vite et mon oeil qui tape, tape. je ne peux pas l'arrêter. je ne peux pas revenir en arrière. quand tu étais si belle. tu paraissais forte, tu étais en fait juste trop fragile. tu gravissais les montagnes, comme un oiseau, un petit oiseau qui vole tout seul. et puis tu as perdu tes ailes. et je t'ai regardé tomber, tomber. j'ai tendu mes bras pour te rattraper, mais je n'ai pas réussi. mes bras étaient trop petits, mes bras étaient trop petits. et je t'ai regardé tomber.
j'ai voulu te ramasser et réparer tes ailes et ton coeur qui était tout cassé. je sais que ça n'a pas d'importance, que c'est fini. je sais, je sais. que tout est acquis, que rien ne s'efface. mais j'aurais voulu tellement voulu tellement voulu te sauver. peu importe à présent. mon oeil tape, tape.
et tu me dis "c'est le manque de magnésium.".
15 juillet 2007
commémoration
attention : niaiserie !
il y a deux jours de ça, j'étais dans la banlieue nancéenne...on était le 13 juillet et on était invité à une pendaison de crémaillère.
vers 22h30, pour faire plaisir au petit garçon qui était parmi nous, on a décidé d'aller voir le feu d'artifices sur la place publique. bien sûr, tout les gens du patelin y étaient aussi. bien sûr, il y avait des jeunes en bande qui faisaient exploser des pétards en visant bien consciencieusement les pieds des gentils passants. bien sûr, je sautais de part en part pour les éviter en criant, maladroitement sur mes semelles compensées de 10cm de haut...
c'était le 13 juillet. sur la place, les gens s'installent, cherchent la meilleure place. je m'assois par terre, près de mon homme et tous ensemble, comme des gosses, on attend que ça commence. moi, j'ai peur des feux d'artifices. d'abord parce que ça fait du bruit, ensuite parce que j'ai peur de me prendre une énorme cendre dans la tronche. mais avec mon homme près de moi, pour me protéger, je n'avais pas peur ce soir.
le petit hugo était content jusqu'à ce que ça commence. après, il avait peur aussi. je le regardais en le comprenant. mais je n'avais pas peur.
les feux dans le ciel, la chaleur de l'été, les gens qui célèbrent ensemble la fête nationale. et puis, je réfléchis. savent-ils tous vraiment à cet instant pourquoi nous sommes là ? qui pensent réellement à ce qu'on fête tous les ans à cette date ? y pensent-ils ?
moi, j'y pense, les yeux levés vers le ciel, les feux qui brillent au-dessus de nous tous. le symbole de notre liberté. celle pour qui des milliers de gens se sont élevés, ce pour quoi ils se sont battus. la liberté. je trouve ça tout à coup super beau. vraiment. j'ai la sensation en y pensant soudainement que jamais je n'y avais réellement songé. chacun de nous a oublié.
à l'époque, certains se sont révoltés contre le pouvoir tout puissant. ils ont tout cassé pour recommencer, pour eux mais aussi pour les générations futures. ils se sont sacrifiés pour leurs idéaux. et ça me ramène à tout ce qui s'est un jour passé dans le monde et tout ce qui continue de se passer. on est ici à regarder les feux d'artifices et on a la chance d'être ensemble et libre sans même devoir se battre pour ça. on est libre et on n'en profite pas. parce qu'on ne le sait pas. parce que souvent, il faut perdre ce qu'on a pour se rendre compte de ce qu'on avait. c'est complexe l'être humain.
on a souvent l'impression qu'on peut faire plus, qu'on pourrait faire plus. on se sent à l'étroit dans nos maisons, dans nos vies, on espère toujours quelque chose, quelque chose de plus, de plus grand, de meilleur, quelque chose. on ne peut pas se satisfaire. on veut toujours plus. encore et encore. jamais rassasié. et puis un jour on réalise. je réalise qu'en fait, je suis libre ! et je suis libre grâce à ceux pour qui on se réunit sur la place publique le 13 juillet...en partie du moins.
je ne sais pas. peut-être que j'exagère mais à cet instant, sur la place publique, tout m'est apparu très clairement : la vie, la chance, le destin, le bonheur. j'ai regardé mon homme et j'ai su que je l'aimais. et je lui ai dit. et j'ai replongé mes yeux dans la lumière.
la liberté.
et les hommes ont inventé les feux d'artifices. pour fêter leur liberté.
04 juin 2007
factice
elle se lève doucement, ôte de ses yeux le masque qui la protège des monstres de la nuit. elle est presque nue, tangue jusqu'à la cafetière. elle ne sait pas que je suis là, que je la regarde et me délecte du spectacle. elle se sert machinalement une tasse du liquide chaud et déambule jusqu'à la table du salon. ses yeux sont gonflés encore des rêves de la nuit, comme encore un peu là-bas,, là où je ne serai jamais.
elle a ses cheveux tout décoiffés et je sens bien que ça l'énerve, elle les rattache du mieux qu'elle peut, le plus serré possible son chignon. elle est fatiguée, a dû mal à émerger du sommeil. comme noyée en elle, dans son propre corps. ses jambes la portent à travers les pièces de l'appartement, des toilettes jusqu'à la cuisine, de la cuisine jusqu'au salon, du salon jusqu'à la chambre. étrange petit manège du matin. elle vérifie que tout est en ordre avant de se laisser choir devant son personnal computer. puis elle se met à écrire, relever ses mails, shopper en ligne et le reste du monde semble devenir le cadet de ses soucis.
depuis combien de temps suis-je ici à l'observer ? silencieusement, elle ne peut pas me deviner ou sentir ma présence. trop absorbée qu'elle est par elle-même. cette fille tout à elle. tout à ses habitudes, ses complexes, ses errances...
le temps passe, il est tard dans la matinée. elle décide d'aller se doucher. je la suis du regard, la devine nue sous l'eau chaude, puis emmitouflée dans une serviette de bain un peu trop rêche. son corps répète les gestes machinalement, comme chaque jour, évite de se remettre en question. elle ne se regarde pas. elle s'évite du regard en se brossant les dents, en se lavant le visage. pas un coup d'oeil pour elle-même. surtout pas.
elle se dirige vers l'armoire de la chambre, sort un jean puis le range, essaie une robe puis change d'avis. les vêtements s'entassent sur son lit, l'opulence, le choix, l'angoisse, elle ne sait quoi se mettre sur le dos et reste les bars ballants pendant un long moment. puis elle enfile un vieux pantalon blanc et un chemisier et décide de ne plus se prendre la tête. elle n'a plus envie, plus d'inspiration. elle s'en fout. complètement. elle se sent vide, inutile, elle n'ose pas projeter son regard dans le psyché qui trône fièrement en face d'elle. le regard baissé elle ressort de la chambre et se vautre lamentablement dans le canapé. en attendant des jours meilleurs, elle se dit que ça va revenir, ça va s'arranger. elle veut y croire. je la sens peinée, déprimée...
je suis toujours là à l'observer. mais qui suis-je ?
doucement, je me glisse comme un chat près d'elle. je la regarde de très près mais elle ne semble toujours pas me voir. pourtant, je sais qu'elle a peur, au fond d'elle. elle respire un peu trop fort et son coeur s'affole en dedans. elle ne sait pas d'où vient le mal, elle ne sait pas pourquoi elle angoisse. je suis si près, je pourrai presque la toucher, lui frôle le bras et voir ses poils se dresser sur son bras. elle se lève d'un bond et inspecte l'appartement, anxieuse. elle aurait envie de demander "qui est là ?" mais elle n'ose pas, elle a peur de sa propre folie. elle sait bien qu'il n'y a personne. elle sent pourtant quelqu'un. elle se sait observée mais elle ne voit rien.
elle retourne dans la chambre et reste un moment la tête baissée. le psyché lui fait face, comme un affront. elle se répète en murmurant "sept ans de malheur, sept ans de malheur...". je sens qu'elle m'a trouvé. qu'elle sait où je suis. lentement, elle plante son regard en elle-même. je la regarde aussi. nous nous fixons, froidement. c'est elle qui m'observe à présent, sans pudeur, sous toutes les coutures. je ne baisse pas les yeux. je suis plus fort. elle s'avance lentement, sans faire de bruit. elle détaille chacun de mes membres, trace mentalement le corps parfait qu'elle souhaiterait, les défauts qu'elle gommerait. je crois qu'elle pleure maintenant. elle dit "je te hais" à voix très haute. elle est tout près et laisse une trace en respirant près de moi. puis, alors que je ne m'y attendais pas, elle balance son poing de toutes ses forces en plein dans mon visage. elle crie "sept ans de malheur" puis "tant pis".
bris de glace, psyché cassé, poing en sang, j'avais tué mon propre reflet.
fin du supplice.
03 mai 2007
la photocopieuse
c'est un jour de soleil, un jour d'été. j'arrive de bonne heure et je suis encore seule. j'ouvre la porte, désarme l'établissement avec le même code que tous les jours. je ne me doute pas encore que cette journée marquera la fin de ma carrière.
les élèves commencent à affluer. ils sont bruyants et turbulents. mes nerfs sont malmenés en cette matinée mais j'ai l'habitude et gère tant bien que mal la situation. je fais mon travail, simplement. je prends sur moi pour ne pas trop crier, pour me préserver un peu de tout ce bruit, de cette cohue. j'entends au dehors les gazouillis des oiseaux mêlés des vrombissements des mobylettes des jeunes du quartier.
l'école semble vivre normalement. puis vient 14 heures et l'enchaînement des cours prend un rythme plus soutenu. j'ai toutes ces leçons que je prépare consciencieusement, et je dois les distribuer à mes élèves. ceux-ci patientent en plaisantant. ils ne savent pas encore. ils ne font pas attention à moi et ne me voient pas pâlir et monter en pression comme un coca trop secoué.
j'ai appelé la secrétaire de l'école. pas de réponses. elle ne se soucie guère de savoir comment je vais me débrouiller pour mes cours. j'apprendrai plus tard qu'elle était en congés, tranquille, installée sur la terrasse d'un café en train de bronzer, du moins, c'est ce que j'imagine. je me la représente en bikini, un cocktail à la main, savourant ces heures langoureuses où plus rien d'autre que soi n'a d'importance...
puis je reçois un message sur mon téléphone portable qui achève de me faire devenir folle. de rage. il ne viendra pas aujourd'hui et me demande de prévenir ses élèves. "quoi ?". je ne peux pas le croire. aujourd'hui encore je me retrouve seule pour affronter la horde d'élèves et de parents et leur expliquer qu'il sera absent une nouvelle fois est au-dessus de mes capacités mentales. je voudrais me résigner, me calmer. cependant je sens monter en moi une vague de colère qui sommeille depuis trop longtemps et qui menace de me faire entrer en irruption comme l'etna ces jours-ci.
j'essaye de respirer profondément et de continuer mon cours. en face de moi, les monstres rient toujours. je me surprends à penser qu'ils se moquent de moi. quand un de ceux-ci lève timidement la main pour me demander quelque chose. gentiment, je vociférai un "oui?" tout à fait hargneux. il pose simplement la question "la photocopieuse est réparée?" tandis que les autres pouffent de rire à ces mots délicieusement choisis.
la photocopieuse? ma tête commence à tourner, les mots résonnent violemment dans ma tête, mes jambes fondent sous moi. je me liquéfie. je veux répondre. aucun mot ne parvient à sortir de mes lèvres, comme bloqués derrière une immuable barrière de chair.
je me lève d'un bond et suis tellement brutale dans ce saut de cabri que mes élèves se taisent pour mieux me dévisager. j'entends quelqu'un demander "qu'est-ce qu'on fait maintenant?". je ne réponds pas et sors de la salle en trombe. dehors, les oiseaux chantent toujours. j'attrape une chaise au passage et entreprends de faire le tour de l'école. ma chaise à la main, mes cheveux ébouriffés, ma tête à l'envers, je dois faire peur aux quelques jeunes qui cessent immédiatement de faire vrombir leur mobylette. je les fusille du regard. j'arrive sous la fenêtre et me plante en dessous. je commence à tourner sur moi-même à toute vitesse, dans une danse bizarre et macabre. quand j'ai pris assez d'élan, je lâche la chaise qui part comme une bombe s'écraser sur la fenêtre du bureau. "sus à la photocopieuse" je hurle tel un diable !
et je me jette à travers les débris de la vitre tombée. elle est là, devant moi, fière de son inutilité. depuis des mois qu'elle trône ici sans avoir aucun travail à faire, il est temps d'en finir. je saisis à nouveau la chaise qui m'a permis d'entrer et remarque alors les blessures sur mes bras, les bouts de verre partout sous mes pieds. à travers la vitre du couloir, les gens me regardent éberlués.
et je tue la photocopieuse à grand coup de chaise. chacun de mes coups la fait partir en petits morceaux. ça gicle dans tous les sens, l'encre inutile semble vouloir reprendre sa liberté tandis que j'exulte. je ris, je ris ! les parents qui se sont invités au spectacle s'affolent et appellent le samu. j'entreprnds ensuite de démolir le bureau de l'absent. "il a toujours tort" je me dis. le carnage. tout y passe avant que les pompiers ne défoncent la porte pour me faire sortir de force.
tandis qu'ils m'extirpent du bureau et tentent vainement de me raisonner, je crie encore "sus à la photocopieuse !"
ah ! quelle belle journée ! dehors les oiseaux ont cessé de gazouiller et se sont enfuis à cause du vacarme.
dans les journaux, il y eut un article sur une prof de musique qui avait pété les plombs un après-midi de juin à l'école. "pourtant d'habitude si calme" titraient les journalistes...
17 avril 2007
anti-sèche
je sais ce que tu as toujours pensé
depuis même que tu es née
tu m'as souvent blessée
par tes regards courroucés
tu fais juste semblant parfois
car jamais tu n'as besoin de moi
tu es comme ces rois
tu es sans foi ni loi
tes mots sont tranchants
froids, durs, méchants
tes yeux lancent déments
toute ta haine souvent
j'ai essayé de comprendre
j'ai voulu t'apprendre
je n'ai fait qu'entendre
tu n'as jamais été tendre
souvent j'ai souffert
de tes mains de fer
de ta rage entière
de tes maux d'enfer
je ne voulais te juger
quand tu m'as jaugée
quand tu t'es vengée
quand tu m'as piégée
ton regard qui tue
ta bouche sans vertu
crache ces mots pointus
tes cris torturent et tuent
j'avais peur chaque fois
que tu t'approchais de moi
j'avais surtout peur de toi
chaque jour dans l'effroi
ce matin tu dis mon nom
et emploies des mots mignons
douces sont tes interrogations
je te dis "non".







