26 septembre 2008
le changement, le renouveau, l'espoir, l'envie
tous ces paramètres sont nouveaux, totalement nouveaux. en moi, il y a comme une flamme qui est revenue et qui me réchauffe en permanence. et c'est bon.
autant j'ai souffert pendant des semaines, pendant les vacances, à me dire que j'étais seule, à mesurer ma peur sur mon vélo et ailleurs, à me dire que ça pouvait plus durer cette souffrance, et cette solitude , et ce manque, ce truc qui faisait que je pleurais souvent, que je parlais de ce mal-être et que je ne savais pas le contourner, que tous les matins, je me levais et je le retrouvais face à moi, et que j'étais seule avec lui, autant ces jours-ci, depuis quelques temps, je ne sais plus exactement quand, je me sens bien avec moi, j'ai l'impression d'avoir réglé des tas de choses même si je sais que je suis encore fragile, que certaines choses me mettent toujours en colère ou m'attristent encore, mais je sens que quelque chose est en train de changer, en moi.
je suis allée à ce fameux cours de théâtre lundi. depuis des années, j'en avais l'envie, jouer, apprendre, respirer, se sentir en soi et s'aimer assez pour s'oublier mais je n'osais pas, j'avais trop peur, mon regard était trop tourné sur moi, je me juge tout le temps, je me critique tout le temps, je ne pouvais pas faire la démarche, me foutre à poil devant des inconnus, parler devant eux, me confronter à eux. mais lundi, j'y suis allée, toute seule puisqu'aline était malade. j'ai pris ma voiture, sans trembler, je me suis garée après avoir fait toutes les petites rues sans flipper, je suis entrée dans la salle et je me suis laissée aller à ce que nous demandait le prof. même si à la fin, je n'ai pas vraiment réussi l'exercice de lecture avec intonation, pas assez marquée, je me suis sentie un peu plus forte, un peu plus sur la bonne voie. et je suis ressortie heureuse même si un peu déçue de n'avoir pas réussi l'exercice.
et puis, je suis à la recherche de musiciens pour bosser avec d'autres, j'ai répondu à quelques annonces et trouvé des contacts qui, à priori, devraient aboutir à de vraies rencontres musicales. j'ai pris mon courage à deux mains et je l'ai fait et même si le premier contact s'est révélé foireux, je ne me suis pas dégonflée. et j'ai trouvé quelqu'un d'autre avec qui, je pourrais éventuellement jouer. on verra, je me dis, je n'attends rien de plus que ce qu'on me donne. mais je bosse pour que ça évolue.
et puis, les cours et les élèves bien sûr. et l'envie qui est là de leur donner, car à mon sens, c'est essentiel. et que j'ai envie d'apprécier mon boulot, parce que j'ai de la chance, parce que dehors, tous n'ont pas cette chance, parce que travailler avec des enfants, même si c'est fatigant parfois, c'est aussi beaucoup de joies. j'ai de plus en plus envie d'avancer avec eux, de faire des grandes choses avec eux, parce que leurs capacités et leur joie de vivre me fascinent, parce qu'ils sont enthousiastes et que punaise, ça fait du bien, parce que même si parfois, pour eux, c'est difficile, ils essaient, ils ont envie, ils ne se découragent pas, qu'ils arrivent encore à rire, à chanter, à danser, à s'enthousiasmer, à me regarder en souriant et que ça fait vraiment du bien. ce travail est usant, oui, aujourd'hui, mes yeux sont explosés de ces trois journées de cours intenses, mais je me sens bien.
jusqu'à maintenant, j'étais fragile, j'avais peur, de perdre des élèves, de ne pas être à la hauteur, de conduire, d'aller au théâtre, j'avais peur de moi-même. mais j'ai la sensation que ça part, ça s'en va, ça s'estompe doucement. bien sûr, le chemin sera long encore, tout n'est pas fini, je suis encore cette fille fragile qui a besoin d'être rassurée. mais je crois m'assumer mieux, je pleure moins, je me regarde moins, je savoure, j'apprends, je me nourris de toutes ces choses qui font ma vie et je me réjouis. sans doute parce que je sais que ça pourrait être autrement.
je pourrais être encore au macdo, à servir des gens mécontents jusqu'à minuit, récurer les poubelles à la touillettes à café, à quatre pattes par terre pendant que des ados se marrent, une casquette affreuse vicée sur la tête, la sueur qui dégoulinent, je pourrais être encore à la plonge, les mains dans la graisse et le produit pour désinfecter, puant et agressif et voir mes mains pleine de ce liquide mêlant graisse et détergent, je pourrais entendre la voix de sandrine, cette conne, me hurler dessus le matin à 7h30 parce que j'ai plein de trucs à ranger, à faire, à nettoyer et m'interdire de manger ce que j'ai envie à ma pause, je pourrais encore m'occuper du local à poubelles, grimper sur les bennes débordantes de poubelles trouées, à quatre pattes sur la graisse, l'huile de la veille immonde qui dégouline, pour parvenir jusqu'à la porte et les sortir, prendre ces bennes débordantes de cochonneries et les trainer tant bien que mal jusqu'à l'endroit où passent les éboueurs, je pourrais être encore là-haut, humiliée par sandrine, cette conne qui ne pouvait pas me voir, traîtée comme une moins que rien, avec ma casquette sur la tête et la sueur qui dégouline.
mais je m'en suis sortie. seule. je m'en suis sortie. j'ai bossé dur, j'ai galéré, j'ai souvent déprimé, j'ai souvent eu peur d'y rester au macdo, toute ma vie, comme d'autres y sont encore. au lieu de ça, j'enseigne, je transmets, je partage, je m'enthousiasme, constate les progrès, j'écris, je chante, je compose pour eux, pour moi, j'imagine. je m'en suis sortie.
alors je savoure ma chance.
23 septembre 2008
le monstre
c'est ce que je dois être, un monstre. parfois je me demande si je ne suis pas trop exigeante ou trop stricte. c'est vrai que j'ai envie que mes élèves progressent et que je leur demande de travailler, régulièrement. c'est vrai que parfois, quand certains abusent, je gueule un peu. c'est vrai que parfois, je suis impatiente et que ça me stresse de devoir répéter encore et encore et encore les mêmes choses...
ce que je ne supporte pas, c'est quand ils viennent et qu'ils n'ont absolument pas touché leur piano de la semaine. et qu'ils disent qu'ils ont bossé alors que je sais que c'est faux. et que je refais le même cours que la semaine d'avant et la précédente et encore et encore. y a un moment où je ne peux pas m'en empêcher, ça me fout en rogne ! ou quand on rétorque des trucs dès que je dis quelque chose : "oui mais...non, c'est pas vrai..." alors que je me contente d'essayer de leur donner des conseils. il faut toujours qu'ils contredisent, qu'ils disent "mais je l'ai fait" etc...
ça me tue. et quand je suis énervée, c'est dur de prendre sur moi et de me contenir. je bous intérieurement, j'essaie de me contrôler, de pas hurler, de pas brusquer. parce que je ne suis pas à l'abri de plaintes parentales ou carrément de ne plus jamais revoir l'élève...
il y en avait une l'année dernière qui se foutait carrément de moi. j'étais pourtant gentille, je passais même la prendre au lycée pour l'amener en cours parce que ça arrangeait sa mère. une fois, alors que ça faisait des semaines qu'elle venait sans avoir rien foutu, je l'ai engueulée, je lui ai dis que son comportement n'était pas respectueux, que moi je me donnais pour elle et qu'elle ne respectait pas ses engagements. c'est vrai, j'ai haussé le ton. et je l'ai engueulée encore plus parce qu'elle continuait de sourire avec insolence. je ne l'ai plus jamais revue, alors que ça faisait trois ans qu'elle venait à l'école. une fois, je l'ai engueulée et elle n'est plus jamais revenue. je n'ai même pas eu droit à un coup de fil, rien. je n'existais plus.
aujourd'hui, un élève m'a annoncé qu'il arrêtait le piano, par texto. il ne peut pas venir à l'horaire proposé, j'avais déjà changé pour l'arranger, pour qu'il aille au cinéma le mercredi !! il avait dit ok, alors qu'il savait qu'il ne pourrait pas puisqu'il avait cours au lycée et qu'il n'aurait jamais le bus à temps. et puis, il a décidé d'arrêter le piano, comme ça, carrément. et il me le dit par texto. je suis restée coîte, j'ai même rien pu répondre, ça m'a scié. c'est un tel manque de politesse, ça prouve bien ce que les gens pensent du piano et de la prof. à la place des parents, ils n'auraient pas dû téléphoner pour me prévenir ? ou passer me voir ?
et ce soir, une autre qui vient sans avoir rien foutu, encore, et qui n'arrête pas de rétorquer, contredire, me dire "on va pas y passer trois heures". moi je comprends pas, comment on peut parler comme ça à quelqu'un qui essaie juste de faire son boulot ! je comprends pas comment on me parle, comment on peut venir sans avoir ouvert sa partition, comme ça, avec le sourire et l'impression d'être légitime en plus ! genre "t'as rien à me dire, j'ai du boulot moi, je suis en terminale moi, et le piano, c'est pas important". parfois je me demande comment je suis censée réagir.
et en même temps, je suis angoissée parce qu'il me faut 20 heures tout rond pour avoir droit à un contrat digne de ce nom. s'il me manque 5 minutes, on me redonne un contrat pourri, payée à l'heure effective, sans rien pendant les congés scolaires (petites vacances quoi). j'ai l'impression d'être l'esclave de mes élèves. si j'en perds un, je perds le droit d'avoir un contrat "normal", je perds mes "privilèges", je perds mon temps plein. alors je suis obligée d'être gentille ? et conne ? et bonne poire ? de ne jamais crier, même quand on se fout de moi ouvertement ? c'est ça ?
j'adore mon boulot, sincèrement, je ne plains pas de mon boulot, mais parfois, je ne sais plus comment je dois être, quelle légitimité j'ai, jusqu'où j'ai le droit de faire mon boulot en fait...c'est pas évident. non.
je dois être un monstre. je dois être trop exigeante, pas assez amusante, mes cours pas assez ludiques. mais j'arrive pas à être autrement, ça me tient trop à coeur, je me sens obligée de leur apprendre des trucs, obligée de transmettre ce que je sais, obligée d'être exigeante, pour eux, pas pour moi seulement, pour eux. pour qu'ils touchent un peu à ce que l'art est véritablement, une quête, une chance, un idéal, une perfection, un moyen d'expression exigeant.
non ?
21 septembre 2008
Louanne, Manuel et les autres
il y a Louanne et sa bouille de bébé, toute petite et toute blonde qui ponctue toutes mes phrases par un petit "okay" qui me fait rire.
et puis Zoé et son large sourire.
Manuel et ses deux morceaux bossés à fond et ses progrès hallucinants qui me sautent à la figure et font monter les larmes dans mes yeux.
son petit frère timide qui veut apprendre le piano parce qu'il l'a entendu jouer et que ça lui plait. qui me regarde toujours d'un air inquiet et qui se tient le coude pour ne pas qu'il tombe...
il y a Inès et sa voix cassée qui ne comprend pas pourquoi ce n'est pas moi sa prof de solfège et à qui je dois expliquer des contraintes qu'elle ne veut pas entendre parce qu'elle me veut moi comme prof de solfège. et puis sa mère qui après la déception bien marquée revient tout sourire et dont je soupçonne la fausseté...
il y a Manon, fidèle à elle-même, manucurée et glandeuse. et ma patience qui risque d'être encore mise à mal mais je survivrai...
et puis Maud dont l'enthousiasme me rassure.
il y aussi Sandrine, sage-femme aux cheveux rouges qui ré-apprend et qui comprend mieux le pourquoi du comment maintenant qu'elle est adulte.
et puis Bastien et sa maman qui se mettent tous les deux à la musique, plus particulièrement au piano. et Bastien tout blond qui me regarde un peu effrayé alors qu'on va commencer le premier cours.
et puis Ariette, qui n'ose pas parler derrière ses lunettes roses et qui s'inquiète des exercices qu'elle trouve trop durs.
et la grand-mère d'une ancienne élève qui s'y met pour convaincre sa petite-fille de s'y remettre.
et Mathieu, qui ne sait toujours pas lire les notes et qui m'énerve à tout prendre à la légère alors qu'il stagne depuis un an...alors qu'il avait si bien commencé...
et il y a moi. comme d'habitude, fidèle à ce que je suis, qui ne peux pas faire semblant, qui me donne à 100%...moi qui suis toujours moi et qui savoure ces premiers instants où tout est encore possible. et moi qui pense aussi à moi. qui travaille plus de mon côté pour moi, qui prends les devants pour rencontrer des gens, qui surmonte un peu mes peurs pour aller de l'avant, toujours plus loin parce qu'il le faut.
et bref, j'aime bien cette rentrée, autant pour eux et ces nouvelles rencontres, ces nouveaux possibles que pour moi et mes nouvelles rencontres et mes nouveaux possibles...
16 septembre 2008
compte rendu
la semaine dernière, je vous parlais de l'idée de prendre des cours de théâtre. cette idée me trottait dans la tête depuis très longtemps mais elle a pris une tournure différente lorsque j'ai participé à la création de mon spectacle l'année dernière. il était devenu évident qu'il fallait que je fasse du théâtre, parce que mon rêve est de travailler dans le milieu du spectacle. et que j'ai envie d'apprendre à jouer...
lundi dernier, je me motive, je surmonte ma trouille viscérale et j'y vais. je vais voir ce que donne cet atelier, rencontrer le prof. je tremble un peu, j'ai un trac monstrueux. et quand j'arrive, je manque de faire demi-tour et de rentrer chez moi me cacher. et puis, non ! j'y arrive, je rentre dans la MJC et j'attends. j'attends le prof. qui ne viendra jamais ce soir-là...
dépitée, j'apprends qu'il y a eu un malentendu avec le secrétariat et que son atelier ne reprend que début octobre. mais au téléphone, il dit qu'il viendra la semaine prochaine pour "rattraper le coup" avec ceux qui étaient présents ce lundi comme moi.
j'en parle avec Aline et elle est partante pour m'accompagner. je me dis que c'est un bon moyen de me motiver et de partager quelque chose avec elle. hier donc, je vais la chercher à 19h30. on mange un bout ensemble et surtout, on prend des forces avec une bière blanche. je sens qu'il faut que je la fasse bouger sinon elle va se dégonfler et moi avec. à 20h22, je me lève et je lui dis "allez, on y va !". je ne sais pas ce que ça va donner mais je veux au moins essayer, aller à la rencontre du prof et écouter sa façon de voir l'enseignement, je veux me faire mon idée, je ne veux pas me dégonfler.
on arrive et il y a une petite dizaine de personnes dans le hall. au fond de moi, je prie pour que ce vieux mec à l'allure bobo atroce ne soit pas ledit prof de théâtre. sinon, je pense que je ne pourrai pas y aller ! mais non, il y a un autre mec, une cinquantaine d'années, pas prétentieux dans sa façon de bouger, de parler ou de s'habiller qui nous dit de le suivre pour le théâtre. ouf ! il a l'air "normal" je me dis.
on le suit dans une salle et on s'assoit tous en cercle. on se croirait aux alcooliques anonymes mais c'est pas grave. personne n'ose se regarder, tout le monde paraît impressionné. on est tous dans le même état, ça me rassure. là, le prof nous parle un peu de son atelier, de sa pédagogie, de ce qu'on va faire avec lui. il insiste sur le travail technique : la respiration, la concentration, le travail du corps. tout ça me branche à fond. je vois bien que les autres sont sceptiques. c'est comme mes élèves quand je leur cause technique pianistique. ils déchantent parce qu'ils ont l'impression que ce travail n'est pas utile. qu'on doit tout de suite leur apprendre à jouer les grandes sonates de Beethoven mais "par pitié" sans passer par le travail laborieux de la technique.
moi j'écoute, je bois ses paroles, j'ai hâte de voir ce que ça va donner. et le fait qu'il parle de la technique me rassure. je me dis que ça n'est pas un glandu, que le cours sera sérieux, qu'on va vraiment apprendre.
après un tour de table pour se présenter, la réunion d'informations est finie. on commence la semaine prochaine. je sors très enthousiaste et très contente d'y être allée. je suis sûre que ça va me plaire...
aline est un peu moins enthousiaste mais c'est pas grave. qu'elle vienne ou non, je vais faire du théâtre...ce prof a l'air pédagogue et tout ce qu'il a dit était intéressant...
aujourd'hui, je suis très contente. je voulais juste vous le faire partager !!
14 septembre 2008
une jolie rentrée
mercredi, c'était la fameuse journée de rencontre avec les parents d'élèves...
j'angoissais pas mal à cette idée. d'une parce que les parents ne sont pas toujours aimables et compréhensifs, de deux parce que je voulais pouvoir diminuer mes heures de solfège pour avoir plus de temps à consacrer à mon travail personnel, mes compos etc...
à 17 heures tapantes, j'étais parée, dans ma salle, derrière le piano, emploi du temps sous les yeux et crayon dans la main, prête à accueillir les gens, comme tous les ans.
à 17h02, j'ai bien cru mourir étouffée par la horde de parents d'élèves qui s'agglutinait dans ma salle et jusque dans le couloir ! je ne savais plus où donner de la tête tant il y avait de monde. et parmi eux, mes anciens élèves et pas mal de nouveaux.
j'avais prévu 6h30 de solfège maximum. j'en donnerai finalement deux heures : les éveils que je voulais garder parce que j'aime les petits et ce qu'on fait ensemble et la classe d'initiation, à peu de choses près pour les mêmes raisons. deux heures seulement parce que j'ai 14 nouveaux inscrits en piano. en 4 ans, ça n'est jamais arrivé ! l'année dernière, je crois avoir eu seulement 3 nouveaux élèves et mon collègue, à peine plus.
c'était incroyable de voir tous ces gens débarquer dans ma salle et demander à faire du piano avec moi.
je me dis que le travail de l'année dernière a payé et que nous en récoltons les fruits cette année. c'est vrai que l'école a beaucoup fait parler d'elle, entre les auditions mensuelles au caveau du musée de la bière (ça c'est chouette, on a une bière offerte après chaque prestation :-D ) et la comédie musicale bien sûr mais aussi le concert de Noël et le gala de fin d'année.
c'est chouette de voir des nouvelles têtes et de reprendre l'enseignement du piano à fond. ça veut dire aussi que je peux me consacrer à mon travail à moi quand je suis chez moi et pas seulement à l'élaboration des cours de solfège. et puis ça veut dire que je n'aurai plus trop à me battre pour qu'on aime ma matière puisque normalement, les gens qui veulent apprendre le piano aiment ce qu'ils font et donc travaillent !
alors voilà, je suis contente.
et puis ça veut dire que je pourrai refaire le portrait de mes petits élèves ici...
oui c'était une jolie rentrée. et j'ai de nouveau plein de projets en tête !!
10 septembre 2008
le classique et moi...
il y a plus de deux ans, j'ai intégré une chorale d'amateurs en tant que pianiste accompagnatrice. au début, je l'ai fait pour l'argent. oui j'avoue, je gagnais peu en tant que prof et je me disais que les cachets que je toucherais en tant que pianiste mettraient un peu de beurre dans les épinards comme on dit.
et puis, ça me donnait l'occasion de monter sur scène régulièrement. et comme je ne le faisais plus depuis un moment, je me suis dit que ça serait bien de renouer avec la scène...
j'ai donc accepté de bosser avec eux. je les aime beaucoup mes choristes amateurs. ils sont pour la plupart assez agés pour être mes grands-parents et ils m'aiment bien aussi je pense. on est parti deux fois en tournée, c'était vraiment sympa, on mange bien, on rigole et on visite aux pas de course tout ce qu'il y a à voir là où l'on se trouve.
et puis, il y a la scène. enfin, la scène dans ce qu'il y a de plus classique et de plus guindé : bien habillés, quête de la perfection, applaudissements modérés, costards et airs sérieux...et de plus en plus je ne me sens pas à l'aise dans ce système-là. à bien y réfléchir, je ne m'y suis jamais sentie à l'aise. et j'ai un trac monstrueux avant chaque concert. mes mains tremblent et se crispent, raidissent mes bras et au final, quelquefois, malgré les cachets que je prends (des bétablocants, prescrits par mon médecin sur les conseils de mes profs, ça fait 12 ans que j'en prends chaque fois que je monte sur scène pour un concert ou un concours), malgré ces cachets de daube donc, je rate certaines prestations parce que le trac me bouffe gravissime.
et je me dis qu'il y a une raison à ce trac, à cette boule au ventre, alors que mon programme est rôdé, que je le sais par coeur, que je connais chaque mesure etc...je ne parviens pas à maîtriser ce stress.
là, je suis censée travailler sur le prochain répertoire. non seulement il ne me plait pas mais en plus, je ne me sens plus en adéquation avec ce que je fais. c'est-à-dire que ça ne m'éclate pas du tout. ce trac est lié, je pense, à tout ce vécu autour du classique. je ne sais pas s'il serait le même si je faisais une scène piano-bar. au fond, je ne crois pas. j'en suis quasiment certaine. bien sûr, j'aurais peur. mais ça ne serait pas de la même façon. parce qu'on peut se permettre un pain, parce que c'est un peu plus détendu et CONVIVIAL. et moins parfait. du moins, c'est l'idée que je m'en fais. les seules fois où je me suis montée sur scène dans ce cadre-là, par exemple pour jouer un morceau de bossa avec les profs de l'école, pendant le gala, j'ai adoré ça ! et je ne me suis pas liquéfiée. pourtant, des gens étaient dans la salle, j'avais un rôle moindre mais il fallait que j'assure tout autant, pour ne pas foutre mes collègues dans la mouise. au concert de noël, j'ai joué "bohémian rapsody" avec l'harmonie et les profs, et j'ai kiffé à fond ! bref, pas du tout la même chose que lorsque je dois jouer du classique.
en fait, ça ne me correspond plus. j'ai honte de le dire mais je n'en écoute quasiment plus non plus. parfois, quand ça me prend, je me mets "la jeune fille et la mort" ou un disque d'arcadi volodos ou de fazil say, parce que j'aime les écouter dans certains moments. mais c'est rare...pour une prof de piano, c'est grave non ? je n'aime plus l'ambiance des concerts classiques parce que je trouve la plupart des gens prétentieux, pas les artistes non, pas fazil ou arcadi, mais le public.
et du coup, je n'ai plus envie de jouer avec ma chorale. même si je les adore, même si j'ai beaucoup de respect pour le chef de choeur qui fait un très bon boulot et même si je sais que tous me respectent et pensent que j'ai du talent, moi, je me dis que c'est malhonnête de jouer sans y mettre son coeur, avec cette boule au ventre et jamais envie d'y aller. jamais.
je ne sais pas quoi faire. je ne sais pas comment le dire. mon chef de choeur est aussi mon directeur d'école et j'ai peur que ça foute la m**** au boulot. si je les lâche maintenant, je ne sais pas si ça le fera. est-ce que je me force alors ? j'en ai même pas le courage. la partition traîne chez moi depuis 5 mois et je n'ai pas la force de la travailler. ça me soule d'avance. je commence et j'en ai marre au bout de 5 minutes. je ne serai jamais prête pour les concerts.
et en plus, je ne gagne presque rien pour ces concerts, qui me bouffent les vendredis ou les samedis, parfois même les dimanches. on ne me donne même pas 30 euros par concert, ça paye même pas mon essence pour les répèts et les concerts. et je suis obligée d'amener mon homme pour me tourner les pages parce que sinon, j'ai personne et je galère...
ça fait beaucoup de négatif, non ?
07 septembre 2008
il pleut toujours
mais je vais bien. mieux en tout cas. il y a plein de choses qui me sautent à la figure, comme des évidences. et une envie de changer, de tenter des trucs...
aujourd'hui, j'ai partagé un repas avec une amie, un midi, un dimanche, avec un tajine cuisiné par mes soins et des desserts apportées par Elle. les heures ont coulé bien trop vite mais elles m'ont fait du bien. puis j'ai vu les enfants. et c'est passé comme une seconde. et ils sont tous repartis et j'ai encore du mal à réaliser que je ne les verrai pas mercredi à la réunion d'informations.
j'ai vraiment envie de garder le contact. vraiment. j'aimerais que Noémie puisse compter sur moi même quand elle sera plus grande. j'ai envie de compter pour elle parce qu'elle compte tellement pour moi. je ne sais même pas comment c'est possible. mais c'est comme ça, je ne peux pas lutter.
j'ai toujours été fasciné par le visage de mon amie. ce n'est pas un visage commun. il y a quelque chose d'indicible et de pourtant tellement présent. parfois, elle me dit des choses qui font plaisir et je ne peux pas la regarder longtemps. parce que c'est comme si ce visage exprimait des choses trop fortes. pas trop dans un sens gênant ou bizarre non. c'est quelqu'un de sincère. de vraiment sincère. à tel point que c'est peu ordinaire. de nos jours, les gens ne savent plus être sincères de cette façon-là.
et j'aime cette sincérité. parce qu'elle me rassure. je sais que je peux parler, m'exprimer et que même si on n'est pas d'accord, on s'est dit les choses. d'ailleurs, on est rarement pas d'accord. parce qu'elle a une connaissance des choses et que chaque mot a un sens. et que ça aussi c'est précieux. de nos jours, les gens disent des trucs et ne les mesurent pas. dire qu'on aime est devenu si facile pour certains. alors que l'amour est tellement compliqué. pas à ressentir non ! tout le monde en est capable. mais le préserver. pas au sens commun, pas par rapport au couple ou quoi. non le préserver, le garder intact, malgré la vie, la distances, les disputes. être capable de donner, pour de vrai, pas pour faire style qu'on y arrive alors que c'est faux. c'est ce que j'aime chez Elle.
demain, je vais à un cours d'essai pour du théâtre. et il faudrait que j'aille voir aussi pour des cours de jazz et musique actuelle dans une école. j'ai envie de faire des tas de choses, je ne sais pas si elles aboutiront toutes mais je tente quand même. d'aller au-delà de moi-même déjà et puis d'apprendre encore. de moi, des autres, me laisser une chance de croiser d'autres gens, d'autres horizons...et puis peut-être aboutir certains projets qui sommeillent en moi depuis plusieurs mois.
je me prends en main, enfin j'essaie. parce que se laisser aller à sa tristesse, c'est pas la solution. parce que parfois, on est bien, heureux d'une journée et d'un tajine et qu'on se rend compte qu'on peut encore partager, donner, aimer.
en fait, c'est rassurant. même si le reste est toujours là, qu'on ne cesse pas de souffrir pour autant, il y a un répit à tout ça. et j'espère que demain, ce premier cours ne sera pas le dernier...
04 septembre 2008
intérêt...
on me disait toujours "regarde où se trouve leur intérêt" et je ne voulais pas trop y penser. je me disais que c'était bête de croire que les gens cherchent toujours leur propre intérêt dans les relations humaines, qu'elles soient personnelles ou professionnelles. ça me gênait de penser comme ça parce que je voulais croire qu'on pouvait aimer sans avoir un intérêt pour ça.
je pensais être différente. je ne sais finalement pas si je le suis. on a toujours des intérêts à faire ou à dire telle ou telle chose. et ce serait bête de dire que non. malgré tout, j'essaie et j'estime ne pas m'intéresser qu'à mes propres intérêts.
j'avais une amie comme ça. qui me répétait ça tout le temps. si quelqu'un était gentil avec moi, elle me disait toujours pourquoi il était gentil. ça n'était pas par gentillesse, juste pour la beauté du truc, c'était parce qu'il avait intérêt à être gentil avec moi. pour telle ou telle raison. et moi, je ne voulais pas la croire. ça n'était pas dans mon intérêt finalement.
parce que j'avais envie qu'on m'aime comme ça, pour le fun, juste pour le plaisir. pour voir ce que ça fait de m'aimer et d'être aimée en retour, juste comme ça. pour le fun. mais cette amie trouvait toujours le moyen de casser mon délire avec ses gros sabots plein d'intérêts.
j'avais des amis. je les croyais sincères. et puis ils sont partis, sans crier gare. et j'ai bien compris que s'ils étaient partis, c'est que leurs intérêts étaient certainement ailleurs. je me suis résignée. peut-être que mon amour était trop désintéressé finalement et que pour eux, c'était gênant. parce que bon, ça te culpabilise quand tu te rends compte que la personne en face n'attend rien de plus que ce que tu es toi. et que bon, toi t'es pas comme ça alors ça devient gênant. envahissant.
je suis envahissante. je prends de la place malgré mes 50 kilos. quand j'aime quelqu'un, généralement, c'est pas pour du faux, c'est pas juste comme ça. c'est carrément énorme. j'aime mes amis, beaucoup plus que raisonnablement. et je crois que j'aime un peu trop vite.
souvent, je suis déçue. je crois ce qu'on me dit. mes potes me trouvent super naïve. heureusement, les amis que j'ai aujourd'hui et qui sont toujours autant dans mon coeur, ceux qui n'attendent rien de moi de plus que ce que je ne suis, ces amis-là qui me trouvent naîve trouvent ça joli et n'en jouent pas. je pense à deux ou trois en particulier. alex, pour qui j'ai cuisiné des lasagnes il y a quelques jours, aline, avec qui je vais à la piscine et qui m'attends devant chez elle avec un sourire, gene, qui m'écoute même quand je pleure et qui me laisse être en colère. et peut-être quelques autres.
et cette amie qui me disait "cherche où est leur intérêt" n'est plus mon amie. car j'ai bien vu qu'elle avait un intérêt à me dire ça.
finalement, ce que j'écris n'en a aucun, d'intérêt. mais je me posais juste la question. à savoir "est-ce qu'il y a forcément un intérêt à chaque relation ?". est-ce qu'on ne peut pas aimer comme ça, pour le fun, sans rien attendre de plus de la personne qu'on aime, à part qu'elle soit elle-même. pour le pire et le meilleur. c'est tout.
un jour, je vous promets, je vais arrêter de me poser des questions à la con. promis. un jour, je vais me lever et je serai super contente. et je vous parlerai des oiseaux qui chantent et du soleil qui brille, de ma joie de vivre et de mes nouvelles chaussures par exemple, de mes petits élèves que je retrouve bientôt, de mes bonheurs, c'est promis. un jour, je vais retrouver ce qui vous plaisait dans ce blog, un jour promis. pour l'instant, je ne peux rien écrire d'autre que ces mots. mais ça va passer...
pour l'instant, il pleut...
03 septembre 2008
je vais vous écrire
simplement j'attends d'avoir quelque chose à dire.
je n'ai pas oublié ces bons vins
que vous m'avez fait goûter
ni vos sourires
ni vos malices
ni ces mots qui m'ont tant réconfortés
je vais vous écrire
quand j'aurai quelque chose à raconter
quand je pourrai me réjouir
quand je serai
enfin retrouvée
quand mon esprit sera guéri
de cette colère,
de ce dépit
de ces malheurs
de cette douleur.
oui je vais vous écrire
quand je saurai enfin qui je suis
et que tous mes soucis
auront quitté mon coeur
parce que je ne veux pas
que vous pensiez
que je suis dans le malheur
que je suis cette fleur
fanée.
je veux vous écrire
pour vous raconter
mes joies
mon bonheur retrouvé
mes passions, mes grandeurs
mais pas mes peines
surtout pas ces peines
qui me tiennent en haleine
et me retiennent prisonnière
je veux vous écrire
pour vous décrire
les jolies notes
que je pianote
les mots, les rires
qui font que je suis
vivante et enjouée
et surtout pas
éteinte et fanée
parce que ce n'est pas moi
qui suis là
et qui pleure
tous les jours
et qui pense
à tout ce que je n'ai pas fait
et qui pleure
de la regarder
ma vie, ma soeur
mon coeur
ma douleur
que je ne peux effacer
que je ne peux oublier
je veux vous écrire
quand j'aurai fini
d'attendre
un sourire
un regard
un mot échangé
une larme, oubliée,
je veux vous écrire
la douceur retrouvée...
02 septembre 2008
c'est reparti
ou presque. ce soir, réunion de rentrée. pas envie du tout. de revoir les collègues, de devoir gérer les parents etc...je sais que j'ai la "chance" d'être en vacances tous les ans pendant 2 mois. mais ça vaut bien tous les emmerdements que me causent les parents et les collègues.
quand je parle de mon boulot à d'autres, ils me disent que j'ai de la chaaaaance, que c'est trop biiiiien de ne travailler que 20 heures par semaine et d'avoir des vacaaaaaaaaaaaaaaances. ce qu'ils ne savent pas, c'est que c'est pas non plus QUE ça être prof.
bien sûr, c'est bien, enseigner, transmettre sa passion. mais c'est usant, difficile et très personnel. quand je vois des élèves qui n'ont rien fait et qui se pointent les mains dans les poches ou quand des parents viennent m'agresser parce que leur gamin redouble l'année, que c'est inadmissible et que je suis vraiment qu'une conne, et bien, ça me heurte. et le soir, quand je rentre, j'y pense. et je me pose plein de questions. sur le bien-fondé de mon travail ou sur le fait d'être vraiment une conne.
on me dit "oui mais tu travailles pas tous les jours". alors déjà, je ris (jaune) et puis je leur explique que je rentre tard tous les soirs quand même, des fois, passé 22 h et que le mercredi, je me tape des journées de 12 heures parce que c'est le jour où les enfants ont du temps pour faire un peu de musique et que bien sûr, tout le monde veut que le cours de musique soit le mercredi.
je ne sais toujours pas me dédoubler alors je fais des grosses journées. où j'ai même pas le temps de fumer une demi-clope et où j'avale mon repas toute seule à midi en une demi-heure.
bien sûr, il y a des joies dans mon métier. heureusement. parce que sinon, le jeu n'en vaudrait pas la chandelle. il y a les progrès, les comédies musicales, les sourires et la musique. mais parfois, y en a pas. et j'ai peur que cette année soit l'année sans spectacle, sans sourire. sans cette émulation de groupe. ça me fait peur. surtout qu'un spectacle, j'en ai écris un. mais je ne sais pas comment les autres vont réagir. peut-être que je vais me retrouver le bec dans l'eau avec mon spectacle sous le bras.
à vrai dire, j'angoisse quand je pense à cette rentrée. j'ai peur. peur de me retrouver face à eux, tous ces gens qui n'ont pas d'envie, pas de passion et que moi, toute folle que je suis, je me prenne toutes leurs portes dans la tronche. parce que, tu comprends, faire ça, comme ça, pour le plaisir, ben ils voient pas l'intérêt. c'est vrai, on n'y gagne rien, rien du tout. pas même une prime ou un vrai beau contrat tout propre. non, rien. juste la reconnaissance éphémère de quelques enfants et puis le plaisir d'avoir accompli quelque chose. ça c'est personnel. c'est juste toi qui le sens. et tout le monde ne le sent probablement pas. y a que moi pour être si émue, si bête...jsais pas. jsais plus.
j'ai des tas d'envies, de projets. je regrette juste de pas faire partie d'un tout, quelque chose qui t'englobe et te motive, comme une troupe, ces gens qu'on voit parfois, super motivés, parce qu'ils aiment vraiment ce qu'ils font. des gens passionés, prêts à toutes les folies, tous les sacrifices, prêts à s'investir carrément, pour l'amour de l'art en fait. parce que c'est utile tout ça, malgré tout ce qu'on peut dire. ça rapporte pas grand chose, financièrement parlant, mais ça te donne des ailes, ça te fait sentir vivant. ça t'emporte loin des guerres pour un instant, c'est VITAL. j'aimerais qu'ils sentent ça. j'aimerais qu'ils sentent combien il est vital de faire de la musique, de créer, de jouer, de travailler. j'aimerais tellement ne pas être la seule à le sentir ce truc.
parce que moi, quand je chante, quand je joue (je suis comme un fou), quand j'écris, quand je créé, je m'oublie. j'oublie mes soucis, mes complexes, mon mal-être, ma sale tronche, mes chaussures, les guerres et les ouragans, sarko, le manque de fric, le loyer à-payer-avec-quoi-on-sait-pas. je suis peut-être pas normale finalement...
mais tant pis, je préfère ça.
et je suis VIVANTE !






