Anna Chronick's

les chroniques d'une jeune prof en quête d'elle-même

26 septembre 2008

le changement, le renouveau, l'espoir, l'envie

tous ces paramètres sont nouveaux, totalement nouveaux. en moi, il y a comme une flamme qui est revenue et qui me réchauffe en permanence. et c'est bon.

autant j'ai souffert pendant des semaines, pendant les vacances, à me dire que j'étais seule, à mesurer ma peur sur mon vélo et ailleurs, à me dire que ça pouvait plus durer cette souffrance, et cette solitude , et ce manque, ce truc qui faisait que je pleurais souvent, que je parlais de ce mal-être et que je ne savais pas le contourner, que tous les matins, je me levais et je le retrouvais face à moi, et que j'étais seule avec lui, autant ces jours-ci, depuis quelques temps, je ne sais plus exactement quand, je me sens bien avec moi, j'ai l'impression d'avoir réglé des tas de choses même si je sais que je suis encore fragile, que certaines choses me mettent toujours en colère ou m'attristent encore, mais je sens que quelque chose est en train de changer, en moi.

je suis allée à ce fameux cours de théâtre lundi. depuis des années, j'en avais l'envie, jouer, apprendre, respirer, se sentir en soi et s'aimer assez pour s'oublier mais je n'osais pas, j'avais trop peur, mon regard était trop tourné sur moi, je me juge tout le temps, je me critique tout le temps, je ne pouvais pas faire la démarche, me foutre à poil devant des inconnus, parler devant eux, me confronter à eux. mais lundi, j'y suis allée, toute seule puisqu'aline était malade. j'ai pris ma voiture, sans trembler, je me suis garée après avoir fait toutes les petites rues sans flipper, je suis entrée dans la salle et je me suis laissée aller à ce que nous demandait le prof. même si à la fin, je n'ai pas vraiment réussi l'exercice de lecture avec intonation, pas assez marquée, je me suis sentie un peu plus forte, un peu plus sur la bonne voie. et je suis ressortie heureuse même si un peu déçue de n'avoir pas réussi l'exercice.

et puis, je suis à la recherche de musiciens pour bosser avec d'autres, j'ai répondu à quelques annonces et trouvé des contacts qui, à priori, devraient aboutir à de vraies rencontres musicales. j'ai pris mon courage à deux mains et je l'ai fait et même si le premier contact s'est révélé foireux, je ne me suis pas dégonflée. et j'ai trouvé quelqu'un d'autre avec qui, je pourrais éventuellement jouer. on verra, je me dis, je n'attends rien de plus que ce qu'on me donne. mais je bosse pour que ça évolue.

et puis, les cours et les élèves bien sûr. et l'envie qui est là de leur donner, car à mon sens, c'est essentiel. et que j'ai envie d'apprécier mon boulot, parce que j'ai de la chance, parce que dehors, tous n'ont pas cette chance, parce que travailler avec des enfants, même si c'est fatigant parfois, c'est aussi beaucoup de joies. j'ai de plus en plus envie d'avancer avec eux, de faire des grandes choses avec eux, parce que leurs capacités et leur joie de vivre me fascinent, parce qu'ils sont enthousiastes et que punaise, ça fait du bien, parce que même si parfois, pour eux, c'est difficile, ils essaient, ils ont envie, ils ne se découragent pas, qu'ils arrivent encore à rire, à chanter, à danser, à s'enthousiasmer, à me regarder en souriant et que ça fait vraiment du bien. ce travail est usant, oui, aujourd'hui, mes yeux sont explosés de ces trois journées de cours intenses, mais je me sens bien.

jusqu'à maintenant, j'étais fragile, j'avais peur, de perdre des élèves, de ne pas être à la hauteur, de conduire, d'aller au théâtre, j'avais peur de moi-même. mais j'ai la sensation que ça part, ça s'en va, ça s'estompe doucement. bien sûr, le chemin sera long encore, tout n'est pas fini, je suis encore cette fille fragile qui a besoin d'être rassurée. mais je crois m'assumer mieux, je pleure moins, je me regarde moins, je savoure, j'apprends, je me nourris de toutes ces choses qui font ma vie et je me réjouis. sans doute parce que je sais que ça pourrait être autrement.

je pourrais être encore au macdo, à servir des gens mécontents jusqu'à minuit, récurer les poubelles à la touillettes à café, à quatre pattes par terre pendant que des ados se marrent, une casquette affreuse vicée sur la tête, la sueur qui dégoulinent, je pourrais être encore à la plonge, les mains dans la graisse et le produit pour désinfecter, puant et agressif et voir mes mains pleine de ce liquide mêlant graisse et détergent, je pourrais entendre la voix de sandrine, cette conne, me hurler dessus le matin à 7h30 parce que j'ai plein de trucs à ranger, à faire, à nettoyer et m'interdire de manger ce que j'ai envie à ma pause, je pourrais encore m'occuper du local à poubelles, grimper sur les bennes débordantes de poubelles trouées, à quatre pattes sur la graisse, l'huile de la veille immonde qui dégouline, pour parvenir jusqu'à la porte et les sortir, prendre ces bennes débordantes de cochonneries et les trainer tant bien que mal jusqu'à l'endroit où passent les éboueurs, je pourrais être encore là-haut, humiliée par sandrine, cette conne qui ne pouvait pas me voir, traîtée comme une moins que rien, avec ma casquette sur la tête et la sueur qui dégouline.

mais je m'en suis sortie. seule. je m'en suis sortie. j'ai bossé dur, j'ai galéré, j'ai souvent déprimé, j'ai souvent eu peur d'y rester au macdo, toute ma vie, comme d'autres y sont encore. au lieu de ça, j'enseigne, je transmets, je partage, je m'enthousiasme, constate les progrès, j'écris, je chante, je compose pour eux, pour moi, j'imagine. je m'en suis sortie.

alors je savoure ma chance.

Posté par annaellee à 10:55 - 100% perso - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

C'est clair que raconté comme ça... ca donne vachement envie d'aller au Madco maintenant!
Nan, si tu fais ce que tu aimes, c'est vraiment... Super! Tu n'as plus qu'à en profiter...
Bisouuus

Posté par Mathilde, 27 septembre 2008 à 09:12

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