08 mai 2008
valium
aujourd'hui, 8 mai 2008, je rends visite à ma maman dans un hopital spécialisé. en désintox. elle est en cure.
ça fait mal. de le dire, de le savoir. ma mère est alcoolique.
et elle a décidé de se soigner, enfin.
depuis 12 ans, je la vois s'autodétruire. c'est ordinaire. presque normal si je regarde autour de moi. je ne peux constater que s'autodétruire est courant.
moi j'ai décidé de m'en sortir mais c'est difficile parfois. de laisser les autres derrière soi et de continuer d'avancer. alors, je fais l'effort de la soutenir. car je sais qu'elle en a besoin. mais quelque part, je n'y suis pas. j'ai trop peur d'y croire. et de retomber dans la douleur et l'inquiétude.
elle est dans cet hopital avec d'autres gens comme elle, alcooliques, repentis, difficile de les trouver gentils et de leur sourire. j'arrive avec le soleil et ma petite tenue d'été. je vis, je respire. et ici, c'est presque incongrü.
je la regarde. elle est au ralenti à cause des médicaments. elle est voûtée, les cheveux blanchis, les yeux cernés, les traîts creusés par toutes ces années d'autodestruction. je le sais, elle a 48 ans. c'est ma mère. ça le sera toujours. je l'aime. mais cette femme que je reconnais, ce n'est pas l'image que je garde d'avant.
elle me ressemblait. oui, c'est bizarre mais mon image maintenant, c'était son image avant. avant la drogue, cette putain de drogue liquide. elle était si belle. je lui écrivais des poèmes. je me souviens d'elle à la montagne, en vacances. et des papillons qui lui tournaient autour. ma mère, c'était une fleur, un oiseau. fragile, douce. si belle...
elle était mon tout, mon idéal, ma préférence, mon amour. j'étais la petite fille qui suivait ses traces. la petite fille qui voulait tant lui ressembler. elle était une fleur, un oiseau.
j'aurais voulu la protéger quand tout a commencé. la fin. tout s'est effondré. je la voyais devenir soule. je l'entendais devenir soule. je la voyais se transformer. pour moi, en monstre. je sais, c'est dur. camille, ne m'en veux pas...je la suppliais de s'arrêter, de redevenir ma maman. et pas cette femme imbibée d'alcool et de larmes. de sang. et pendant longtemps, je l'ai caché. je ne disais pas. j'allais à l'école, vidée, usée, comme une vieille femme. épuisée par ces week-end où je l'empêchais de se tuer. enfin, j'essayais.
ma vie. pendant 7 ans.
et une petite soeur que j'essayais de protéger. un bébé à l'époque. j'essayais de prendre soin, de ne pas lui montrer. mais je ne crois pas avoir réussi. et puis je suis partie. je les ai abandonnées. pour me sauver. moi. égoïste.
j'ai failli sombrer plusieurs fois. j'ai voulu me tuer pour les avoir laissées.
aujourd'hui, à l'hopital, tout remontait. j'avais le coeur au bord des lèvres et les larmes dans les yeux. derrière. loin. j'étais là sans être là. j'étais la petite fille.
quand j'avais 14 ans, j'écrivais des poèmes. un soir, je me souviens, un des poèmes se finissait par cette phrase, qui ne m'a plus jamais quitté :
"je suis un petit bout d'enfant mort"...
Commentaires
Bon, on se boit un café très vite, et pis on discute de ce qui nous fait du bien hein...
Bisous ma belle, tu sais que je suis là.
tu me parles, là.
ma mère est dans la même situation que la tienne.
c'est dur d'avoir à porter ce genre de croix. on le fait ou pas. mais si on le fait, on le fait quand on peut.
hier, 08mai, tu as pu. avant aussi.
demain aussi, peut être/sûrement.
c'est tout ce qui compte.
depuis toujours, quand je te lis, je sais qu'on a la même sensibilité. quand je lis tes textes, je me sens proche de ta façon d'exprimer les choses, les gens.
maintenant, je sais pourquoi, du moins, en partie...
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