Anna Chronick's

les chroniques d'une jeune prof en quête d'elle-même

22 février 2008

depuis lundi

je me lève et j'ai la pêche. voire la banane.
c'est bizarre.

en même temps, c'est cool.

je me sens à moi. ça faisait très longtemps que ça m'était pas arrivé. à moi, ça veut dire que j'ai le temps. pour moi. pour me poser, rêver, penser, jouer etc...

ça fait du bien.

du coup, j'écris pas ici ou alors des trucs très cucus comme ce billet.

ce soir, j'ai des amis qui viennent diner (huhu, ça fait classe de dire ça ) et je suis contente.

j'ai composé trois chansons et je suis contente.

j'ai fait le ménage et je suis contente.

je regarde dehors et je suis contente.

mon chat ronronne et je suis contente.

bref, je suis ravie, tout m'enchante. et comme c'est rare, j'en profite.

voilà. c'est tout. c'est bête hein comme billet ?
mais fallait qu'ça sorte !

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20 février 2008

à perte de vue

à perte de vue, je suis et je reste, je n'ai besoin de rien d'autre que mes notes de musique, que de mes délires et de mes envies.

j'ai beau chercher, je ne souhaite rien d'autre que continuer dans la voie que j'ai récemment trouvée. bien sûr, ça ne sert peut-être à rien. peut-être même que tout ça restera sur mon piano, comme ça, sans être jamais lu ni entendu. peu m'importe en réalité.

car le plaisir que j'éprouve vaut toute la célébrité du monde.

d'ailleurs, ça ne m'a jamais intéressé, la gloire.

à perte de vue, je regarde les lignes des portées et je gribouille des notes que seule moi peux comprendre. il faudrait organiser. mais je n'ai pas envie. je sais que je trouverai à chaque fois le moyen de les rejouer. car ces chansons faites de rien ou pas grand chose, font immédiatement partie de moi. jusqu'alors je l'ignorais. je ne savais pas que je pouvais le faire. je le rêvais sans oser essayer. je pianotais quelques notes et puis je fermais le couvercle de mon piano en me disant que j'étais bête de croire que je pourrais le faire.

alors qu'en fait, je peux le faire.
je peux composer.
mêler les mots et les notes, mes deux passions. c'est exquis. croyez-moi.

ai-je du talent pour ça ? je ne sais pas. mais je m'en fous. je continue. parfois, pendant plusieurs semaines, je ne fais rien. j'enseigne et puis c'est tout. c'est déjà pas mal. et puis, parce que dans ce projet, je ne suis pas seule, je m'y remets parce que j'ai cet objectif qu'un jour, lucie entonnera une de mes chansons et peut-être trouvera ça chouette.

moi qui avais tellement peur du jugement des autres, je me surprends à avoir hâte qu'elle les entende. prendre ce risque ne me fait pas peur avec elle.

et pourtant, je sais à quel point je peux être bête à me trouver nulle et moche. mais tant pis. je sais qu'avec elle, je n'aurais pas honte. je sais qu'elle est juste et qu'elle ne se moquera pas.

alors j'écris. et les portées de ma musique s'étalent à perte de vue. et dès que je finis le brouillon d'une chanson, une autre vient et me prend mon temps. avec joie, je lui donne. parce que pendant ce temps, je n'ai pas besoin d'autre chose.

une clope peut-être, un café bien noir, mon piano, mon crayon de papier et mes notes sur mon piano. ces choses qui sont en moi, qui m'appartiennent et qu'un jour, peut-être je partagerai.

Posté par annaellee à 13:58 - des maux des lyres des mots délire - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 février 2008

mon royaume pour des horaires de bureau !

tout est dans le titre.

aujourd'hui, j'ai rattrapé des cours que j'avais loupé un jour de maladie. déjà, rien que ça, ça me gave. oui parce que si je ne rattrape pas, les parents sont mécontents, ça leur fait un cours payé pour rien. bon. un cours ça doit valoir 3 euros maximum mais faut croire qu'avec les problèmes de pouvoir d'achat et tout et tout, les gens supportent mal de perdre trois euros.

alors je suis allée donner mes cours alors que c'est les vacances.
du coup, j'ai pu modifier mes horaires de manière à les rendre plus cool pour moi. comprendre : finir à 17h30 au lieu de 20h30. du coup, au lieu de rentrer chez moi à 21h15/30, je suis rentrée à 18h20 ! rendez-vous compte de ma satisfaction !

je suis rentrée, il faisait encore jour, même qu'il y avait du soleil et que du coup, je n'ai pas eu peur sur la petite route de campagne que je prends pour rentrer. non, pas eu peur. j'étais même de bonne humeur.

je suis rentrée et j'ai pu m'assoir devant mon pc et checker mes mails et prendre mon temps. puis j'ai pu aller faire la vaisselle sans me presser parce que la soirée n'était pas encore très entamée. et puis, là, j'ai le temps. je pourrais presque cuisiner un bœuf bourguignon et puis me prendre un bon bain avant de regarder un bon dvd.

le temps quoi. d'apprécier ma soirée, de profiter de mon homme (qui n'est pas encore rentré d'ailleurs !), de regarder un film en entier, de flâner sans se dire "mince, mais à quelle heure on va bouffer ?!" car oui, en semaine, en temps normal, je ne mange pas, je bouffe par nécessité.
le temps.

c'est vrai qu'en temps normal, j'ai quelques matinées pour profiter. m'enfin si peu. c'est vrai que j'adore mon boulot mais j'en ai marre d'entendre râler les gens qui ont cours après 18h30.
c'est vrai que si je pouvais, j'adorerais avoir des horaires "normaux".

une vie normale quoi.
même si je me plains pas. non. car j'adore mon boulot.
et puis le matin, j'aime composer des chansons. ça me met de bonne humeur.
d'ailleurs aujourd'hui, je suis de bonne humeur.

j'adore ce petit train-train quotidien tiens.

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15 février 2008

un concert d'intellectuels

dimanche dernier, c'était mon anniversaire. pour l'occasion, j'avais invité mon homme et mon père à un concert. oui, c'est le monde à l'envers, mais c'est comme ça...

c'était Roger Muraro, un professeur et pianiste, des grandes paluches et un physique étonnant, je dirais. il est assez réputé puisque Messiaen lui-même vantait les qualités artistiques de ce pianiste.

bref.

on arrive devant l'opéra et on apprend que le concert commencera avec du retard : une demi-heure nous dit-on. on nous fait attendre dehors dans le froid. ça commence mal. mon père est patient mais moi, ça me soule un peu, je suis gelée.

finalement, on nous laisse enfin entrer et c'est le début d'une grande cohue comme un jour de soldes sauf que là, ce sont des mamies et des papis qui se précipitent littéralement dans le hall d'entrée de l'opéra. je ris intérieurement de tout ce chahut, plutôt inhabituel de voir des gens de cet âge et de cette "classe" se ruer comme ça dans la salle.

mon père lui ne rit pas, c'est un ours, rappelons-le.

les gens dans la salle s'installent. "brouhaha brouhaha", comprenne qui pourra. et s'impatientent "remboursez nos invitations". (ok j'arrête).

Muraro entre sur scène. je regarde le programme et hallucine un peu. puis je réalise que ça va être hardcore pour mon homme qui n'a pas l'habitude de ce genre de programme. bon certes, il y a Chopin et Liszt. mais malheur ! Boulez et Messiaen (c'est bien mais pas facile à écouter.). je sais que ça va être difficile d'accès. je croise les doigts et prie pour que la pièce de Boulez ne soit pas trop longue.

Muraro est professeur et certainement bon pédagogue. c'est avec naturel qu'il nous présente son concert. le hic ? il parle comme si les gens dans la salle étaient un tant soit peu musiciens. il évoque la construction tonale, il parle de mettre en exergue Mozart et Boulez. à ce moment, j'ai vraiment peur. en plus, j'aime pas Boulez. c'est tout naturellement qu'il enchaînera les pièces pour "montrer" au public la "ressemblance" entre Mozart et Boulez, puis entre Debussy, Chopin et Messiaen et enfin entre Liszt et Messiaen.

donc nous n'applaudissons pas entre les pièces. et on les reçoit telle quelles. c'est bizarre. que dans l'écriture, on trouve des ressemblances entre Mozart et Boulez, pourquoi pas ? mais c'est dans l'analyse de la partition, pour un musicien confirmé. à l'écoute, ça n'a strictement rien à voir à mon sens. incomparables pour une oreille non-avertie, et même pour la mienne. Mozart me subjugue, Boulez m'écorche les oreilles, désolée.

Muraro continue de nous présenter les pièces qu'il va interpréter. c'est intéressant mais ça donne vraiment une ambiance particulière à ce concert, très intello je trouve. le silence entre les morceaux me pèse un peu. après Liszt, j'ai envie d'applaudir et de couper avant de passer à Messiaen. je vois bien mon homme qui fait une drôle de tête en entendant Boulez. je vois bien que c'est difficile d'accès.

à la fin du concert (près de deux heures de programme tout de même !), il nous remercie pour notre écoute attentive, rare, précise-t-il et nous donne en bis un choral de Bach. très beau.

bref, évidemment, Muraro joue très bien et doit être très bon professeur. j'avais d'ailleurs songé à me présenter dans sa classe quand je visais l'entrée dans des conservatoires nationaux. toutefois, je n'ai pas été emballée par ce concert. trop "prise de tête" pour les néophytes, trop intellectuels, coincé, école française un peu rigide. malgré ça, ça n'enlève rien aux talents de ce pianiste. mais pour moi, c'était vraiment trop bizarre et même légèrement frustrant.

et puis bon, Boulez, j'ai vraiment essayé. j'y arrive pas. n'en déplaise à ceux qui pensent que c'est un génie. moi je pense juste que c'est moche. mais certainement qu'on me rétorquerait que je n'y comprends rien et que je suis rien qu'une analphabète !

si vous avez envie de découvrir l'artiste, quand même, c'est par là ! ou bien là !

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14 février 2008

130 km/h

à fond dans l'autoradio, il y a jacqueline Dupré et daniel barenboim qui joue à en mourir le deuxième mouvement de la première sonate pour violoncelle et piano de Brahms. mes yeux brûlent, mon pied appuie sur l'accélérateur. la glissière de sécurité me fait de l'oeil, je résiste.

9h30 ce matin. elle arrive avec ses enfants et s'installe au bureau, face au directeur. je m'assois à côté. elle commence et tout de suite je comprends qu'elle va faire mon procès. elle parle sur un ton que je ne lui connaissais pas. elle ne me regarde pas, à aucun moment. elle dit "elle" en parlant de moi, comme si je n'étais pas là. automatiquement, je revois ma soeur dans cette haine.

j'ai mal. j'écoute. depuis deux ans, elle entretient une rancoeur vis-à-vis de moi. encouragée par son crétin de mari. celui qui me faisait rire avec ses blagues, ceux qui m'ont invité à dîner un soir de juillet dernier, ceux-là même qui faisaient semblant, depuis le début, de m'apprécier et de me faire confiance.

elle a sur ses genoux son dossier à charges : toutes les preuves accumulées ces deux dernières années. elle m'accuse. mais se défend de le faire. pourtant, chaque parole est méchante et injuste. je la regarde. pas elle. je baisse le yeux. je ravale les larmes.

elle dit des choses affreuses : je favorise une élève parce que je m'entends bien avec la mère alors que l'élève en question ne joue pas terrible. je snobe son fils aux concours que je leur fais passer, je programme la même élève à toutes les auditions pour qu'on ne voit qu'elle, ma relation avec les parents de celle-ci m'influence. elle dit que son fils en souffre. elle parle d'injustice. elle pense que faire jouer les frères jumeaux à quatre mains était une façon de les réduire en tant qu'être humain unique. elle espère à la fin de cette conversation que je ne ferai pas payer aux enfants ce qui se passe entre nous.

il me faut deux minutes pour réagir après son laïus. deux minutes pendant lesquelles il me faut toute la volonté du monde pour ne pas craquer, tomber en sanglots ou partir en claquant la porte. jamais des mots ne m'ont fait tant de mal. ça tourne dans ma tête. je supplie des yeux mon directeur. et finalement réponds.

les mots sortent et je ne contrôle plus. je lui dis mon indignation, ma surprise et ma douleur. surtout cette effroyable douleur. jamais je n'ai favorisé quiconque. jamais je n'ai ignoré son fils. elle me parle de gestes que j'aurais eu pour l'autre élève. "vous lui avez tapoté les mains". je me souviens de ce jour de concours : j'étais avec eux, ceux qui m'accusent. je n'avais pas pu parler avec ma petite pianiste, je lui avais donc pris les mains rapidement pour lui signifier que j'étais contente d'elle. justement parce que j'étais assise avec eux.

elle calcule tout, depuis le début, mesure, quantifie, note. je lui dis que c'est là toute la différence. mon métier, ce sont mes tripes, ma passion. elle calcule tandis que je donne, sans compter.

elle ne lâchera rien. la conversation se clôt parce qu'on n'a plus le temps. on se lève. je ne la regarde pas. je vais à la photocopieuse, j'ai 9 heures de cours à donner, je lève la tête, inspire à fond mais je sens que ça ne va pas. j'ai envie de crier, de partir. je ne veux pas la croiser à nouveau. ce qu'elle m'a dit...

20 heures.
je sors après une journée entière d'examens. j'ai pris sur moi toute la journée pour ne pas sombrer. les enfants ne méritent pas de me voir tomber. j'ai envie de vomir. je suis seule dans la voiture et jamais je n'ai eu si mal. mal pour le boulot, jamais comme ça. mon cœur saigne et je sens le sang couler en moi. je lutte pour ne pas pleurer, je conduis. vite. je me fais peur. j'ai envie de me laisser aller. Brahms chante dans la voiture, me pénètre. le violoncelle c'est mon cœur qui meurt. je meurs. c'est ainsi que je ressens le mal à ce moment.

je m'arrête dans une station service et prends une bière pour oublier, pour chez moi. je pense à ces mots, ses mots que je n'oublierai jamais. je suis détruite. cette conversation n'a servi à rien si ce n'est me faire réaliser à quel point certains peuvent être faux, mauvais, fous. elle est jalouse uniquement. jalouse du talent de cette élève que son fils n'a pas. jalouse peut-être d'avoir raté sa carrière. jalouse, mortellement jalouse. mauvaise. immonde.

j'ai fui ce monde il y a 6 ans, en partant d'un conservatoire où tout n'était que compétition malsaine. et la voici de retour, dans ma classe. jamais je ne pourrai la tolérer. je prie pour qu'elle s'en aille. tant pis pour mes élèves si doués. je prie pour ne plus la voir. jamais.

mon cœur est si lourd aujourd'hui que je me suis fait porter pâle. maladie...plutôt trop déprimée, trop abattue, trop chagrinée pour retourner là-bas et la revoir...

mon cœur saigne.

n'écoutez jamais ce deuxième mouvement de Brahms pour violoncelle et piano lorsque vous êtes triste. c'est mortellement dangereux.

un article à lire et un extrait à écouter

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12 février 2008

emily...

aujourd'hui, elle fête ses 26 ans. deux jours après moi. c'était comme une sœur.

elle était prévue pour le 10 février et moi pour le 12. on a inversé. complices avant même de se connaître. nos parents étaient amis pendant un temps. et nous nous voyions tous les dimanches ou presque.

pendant 15 ou 16 ans. tous les dimanches, on papotait dans ma chambre, on écoutait nirvana ou on fantasmait sur notre future maison. elle voulait être médecin. moi je ne voulais pas apprendre le latin.

elle était blonde, les cheveux lisses, la bouche fine. j'étais le contraire. on s'échangeait nos secrets de petites filles, on rêvait ensemble. on parlait des garçons qui hantaient nos pensées, on jouait à la barbie.

le midi, on allait la chercher chez son père et on les embarquait tous les deux pour un repas à la maison, toujours le même ou presque : pizza et poulet frites. ça sentait bon dans la cuisine, on s'isolait dans la chambre juste après. amies pour la vie. silencieuse dans la musique ou bavarde à l'adolescence.

on s'écrivait pendant les vacances et on se promettait de toujours se revoir. je la raccompagnais avec ma mère chez la sienne et rêvais de l'intérieur de sa maison que je ne pouvais jamais voir. sa mère sur le pas de la porte, Emily nous saluait d'un geste de la main. elle était jolie, c'était mon amie.

aujourd'hui, elle fête ses 26 ans. je ne la vois plus. un jour, elle a changé et elle n'a plus voulu me voir. à cause des histoires d'adultes. j'ai dû faire le choix de tourner cette page. il n'empêche que tous les ans, le 12 février, je revois son visage dans ma chambre, et je repense à elle. ma copine, ma sœur Emily.

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11 février 2008

favoritisme ?

il y a des fois où c'est très difficile de ne pas privilégier un élève par rapport à un autre. on est toujours tenté de s'intéresser plus à quelqu'un qui réussit, ou quelqu'un qui est agréable.

c'est difficile parfois de s'investir pour chacun, de donner autant à chacun, de ne pas lâcher l'affaire pour certains.

cependant, tous mes élèves sont importants. les bons comme les moins bons. et chacun a son potentiel...

aujourd'hui, j'arrive toute guillerette à l'école. pimpante. j'ai mangé avec ma lulu, dans son nouvel appartement, on a passé un long moment à discuter. c'était super sympa.

je ne m'y attendais pas.

mon directeur me dit qu'il faut qu'il me parle deux minutes. je ne calcule pas. j'y vais, de bonne humeur. je remets ma jupe en place, je regarde le beau soleil dehors...

il m'annonce que la mère d'une élève est venue le voir pour lui dire que je favorisais certains élèves par rapport à son fils. je tombe des nues.
je m'énerve. je me justifie. c'est par rapport à notre dernière audition : je n'ai pas fait jouer cet élève. je précise que très peu d'élèves de ma classe ont joué. cinq en tout, je crois. c'est mélangé avec d'autres classes. j'ai donc choisi ceux qui étaient prêts ou ceux qui n'avaient jamais joué. sauf pour une élève qui avait déjà joué en novembre.

bref. son fils n'ayant pas joué, elle a apporté les preuves de ce qu'elle avance : tous les programmes de toutes les auditions depuis que le monde est monde. je lui explique que c'est n'importe quoi et que c'est son esprit de compétition qui prend le dessus. que je voulais mettre en avant les deux petits qui jouaient en quatre mains et que je lui ai dit que l'autre fils prodige jouerait en mars, à la prochaine audition.

il m'annonce qu'on a rendez-vous mercredi matin tous ensemble pour en parler.
et là je craque.

les larmes montent et se mettent à couler sans que je puisse y faire quoique ce soit. c'est injuste, je ne supporte pas l'injustice. je n'ai jamais favorisé ni lui ni les autres. je ne les ai jamais comparé. je ne l'ai pas fait jouer parce qu'il n'était pas prêt, que ses morceaux n'étaient pas assez biens. et que je ne pouvais pas programmer trop de monde.

je ne l'ai pas mis de côté jamais. mais elle est allée voir mon directeur, dans mon dos, avec tous les programmes des anciennes auditions pour lui dire son ressenti.

alors ce soir, je suis déçue. parce qu'on m'accuse et que je ne comprends pas ce dont on m'accuse. que je dois justifier de quelque chose qui n'est pas du tout dans ma nature. que chacun de mes élèves est important, quelque soient ses dispositions...

mon directeur a l'air de me soutenir mais je redoute la confrontation de mercredi matin. et je me sens trahie injustement par quelqu'un que j'estimais...

Posté par annaellee à 22:24 - prof ! - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 février 2008

hier, j'ai touché un darel pour de vrai...

un rêve de sac il paraît. c'est vrai qu'il est beau, doux, gris, j'adore. mais est-ce que c'est vraiment mon rêve à moi ou plutôt celui qu'on a mit dans ma tête ?

après avoir failli l'acheter en cinq fois, je me suis honnêtement posée des questions. car depuis que je lis des blogs de mode, de filles en fait, je rêve de choses dont je ne connaissais même pas l'existence il y a quelques mois.

c'est bizarre non ? tous ces trucs dont on se met à avoir envie, une folle envie alors qu'en fait, on n'en a pas besoin.

car non, je n'ai pas besoin d'un darel, qui plus est quand on connaît le prix du fameux darel en question. alors oui, il est beau mais bon, des beaux sacs, on peut en avoir des moins chers et puis, avec la vie de fou que je mène, j'aurais trop peur de le malmener. ben oui, je monte dans ma voiture, je jette mon sac sur le siège passager, je vais à l'essence, je mets de l'essence, je fume, je mets mon casse-croute dans mon sac, je mets mes mouchoirs usagés quand je ne trouve pas de poubelles (je les enlève plus tard, je vous rassure). c'est pas une vie de chien ça pour un sac à 240 euros ?

alors c'est vrai, c'est comme ça, à force de lire cosmo et tous ces blogs que j'affectionne particulièrement, à force d'admirer des fringues que je ne pourrai certainement jamais me payer, j'en viens à regarder, à baver devant ces jolies choses alors que je n'en ai pas besoin.

c'est étrange...je suis bien consciente que je suis influencée dans mes choix (qui finalement n'en sont peut-être plus...), que je reluque les filles dans la rue et que je repère leurs marques au premier coup d'œil, que je fantasme sur les darel et les chie mihara alors qu'il y a quelques mois je ne connaissais même pas ces noms.

hier, je suis allée le voir et j'ai failli le prendre sur 5 mois. ma mère m'a regardé avec des yeux exorbités et ça m'a remis les pieds sur terre. je crois que pendant un temps, j'avais envie de rêver à une vie que je n'aurais sans doute jamais. c'est pas grave, parce que mon sac nafnaf en solde, il est joli quand même !

aujourd'hui, j'ai 26 ans...j'aime quand c'est mon anniversaire, comme une petite fille quoi. j'aime ce jour mais il ne change véritablement rien. la vie continue, elle coule et avec elle les jours, les heures...j'aime ce jour parce qu'il y a du soleil et que je me sens bien dans mes bottes...je découvre le plaisir de jouer du gershwin en espérant un jour jouer aussi bien que fazil ! :-)

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08 février 2008

"merci de m'avoir ouvert les yeux"

hier soir, 20h. fatiguée. le dernier cours de la journée...

elle arrive et elle tousse dans son écharpe. la semaine dernière, elle n'était pas venue, trop malade. elle a 16 ans, elle est douée, j'en ai déjà parlé plusieurs fois. seulement, depuis quelques temps, elle ne fout plus rien. rien de rien.

chaque fois, je reste calme, enfin, autant que je peux. chaque semaine, on recommence les mêmes choses. chaque semaine, je lui redis les mêmes choses. je suis un perroquet.

et moi, j'en ai marre d'être un perroquet pour chacun de mes élèves. elle me joue massacre Haydn depuis un bon quart d'heure. je boue. j'ai envie de sortir pour hurler à la mort. pas une seule note juste ou presque, pas une seule mesure travaillée. je pense à ce pauvre haydn qui doit se retourner dans sa tombe. j'en peux plus, je vais craquer...

elle s'arrête et me dit "je devrais peut-être déjà retravaillé ce que je viens de faire". 4 pages sur 6, massacrées lamentablement.

je lève les yeux et la regarde, en essayant de contenir la colère qui s'est emparée de moi il y a déjà quelques minutes.

et je lui parle. pendant 20 minutes, je lui dis à quel point ce qu'elle fait est un manque de respect par rapport à moi. à quel point elle se gâche, à quel point c'est nul de jouer comme ça, alors qu'on a du potentiel. je me lâche un peu malgré moi, dans les mots. je suis crue. je sais que je ne devrais pas mais je ne peux pas toujours tout contrôler. je suis un être humain. pas un robot. pas un perroquet.

je lui rabâche encore mais plus "violemment" cette fois qu'elle ne fout rien et que ça me met hors de moi. que depuis le début de l'année on n'a rien fait de bon, qu'on a l'objectif de la comédie musicale et qu'en plus de ne pas travailler, elle n'est jamais là pour les répétitions. que c'est n'importe quoi et que je ne sais plus quoi faire. que je n'ai plus envie de faire encore et encore le même cours.

au bout d'un certain temps, elle réalise et se met à pleurer. elle dit que j'ai raison. je lui dis que ça m'emmerde. je lui dis qu'après, moi, je me remets toujours en question. que j'en viens à me demander, à chaque fois, "où est-ce que je me suis trompée ? à quel moment j'ai merdé ?". elle me dit que c'est elle. je lui dis qu'à sa place, j'aurais honte de jouer comme ça devant un prof.

je lui ai parlé normalement. sans ménagements. et j'en étais encore à me demander si j'avais dépassé les limites de ce que je peux dire à une ado, les limites de ma profession, de ce qu'elle implique. j'en étais à culpabiliser, encore, à me dire que j'avais été trop loin dans mes mots. et puis j'ai reçu un texto, chez moi, tard :

"merci Anne de m'avoir ouvert les yeux..."

elle admet ne rien faire ni ici ni ailleurs. je lui ai dis que la vie, c'était pas toujours drôle, qu'elle était encore dans la fleur de l'âge mais que plus tard, le soir, après le boulot, quand elle serait crevée, déprimée, ou je ne sais quoi, à cause des factures, des responsabilités, etc...peut-être que jouer du piano lui ferait du bien.

elle s'est peut-être rendue compte que je n'avais pas tout-à-fait tort. et qu'elle se faisait engueuler pour de bonnes raisons. parce qu'elle se gâche. elle est jolie, intelligente. mais feignante. elle préfère faire du shopping certainement. mais merde ! y a d'autres choses qu'elle peut faire à part potiche !

ce texto m'a fait bizarre. en même temps plaisir et en même temps chépa. en même temps, je la sens vachement seule, perdue. d'un autre côté, j'ai l'impression d'être parfois une sorte de modèle pour certains et ça c'est hyper flippant.

mon boulot, parfois, c'est maman, d'autre fois c'est prof, d'autre fois encore, c'est psy. à des moments, moi aussi je suis seule et perdue. mais j'essaie de garder la tête haute pour eux. pour pouvoir leur transmettre des trucs. à priori pas que de la musique...

pour que dans 20 ans, ils se mettent au piano, avec plaisir...

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07 février 2008

pourquoi ?

y a des jours comme aujourd'hui où tout semble aller de travers.
un coup de fil qui me déprime, un répondeur qui enfonce le clou, des larmes qui me brûlent les yeux mais ne peuvent pas sortir, une migraine latente et une tête qui me déplait.

y a des jours où on voudrait simplement rester dans son lit, rester tout seul, ne pas voir, ne pas affronter. des jours où on se demande pourquoi on fait ça ou comment le faire mieux. et pas de réponses en fait à ces questions.

y a des jours où j'ai juste envie de dire merde à tout. de me dire que c'est pas grave. mais j'y arrive pas. ça compte trop, c'est en moi.

y a des jours où en lisant juste son cosmo en prenant son café du matin, on réalise ce qu'on est et on réalise à quel point c'est nul.

je suis au fond du fond et je ne sais pas pourquoi. je ne sais pas comment faire pour être une bonne prof, une belle personne, comment être mieux, comment changer mes défauts.

peut-être qu'il ne faut rien faire, rester telle qu'on est. c'est dur. s'accepter, c'est dur. et là, dans ma robe à 55 euros made in france, je me sens pitoyable. pas d'envies, pas de force, pas de motivations.
pas de courage pour me regarder.
pas de mots pour mes élèves.

parce qu'ils ne me rendent pas aussi bien que je le voudrais, quand je me décarcasse mais par contre me mettent dans la tronche tous mes défauts : tabagisme passif ou trop "cool".

devenir froide et muette. parfaite. lisse.
devenir ce que je ne suis pas.

pour leur faire plaisir...

je me demande si j'ai une note sur note2be.com, tiens.

je suis mal pardon, en pleine crise de doute, en plein remise en question, en plein marasme. j'ai envie de crier au secours mais je ne peux pas. parce que c'est infondé pour certains, pas grave pour les autres.

pfffff...désolée...

oh et puis merde ! j'en ai marre d'être désolée, tiens ! c'est peut-être ça le problème. arrête de t'excuser d'exister !

"i refuse to be a victim" comme dirait l'autre dans ce film que j'avais adoré...

Posté par annaellee à 14:00 - neurones en bataille - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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