22 janvier 2008
suite
évidemment, j'ai cogité toute la nuit et n'ai presque pas dormi suite à mon post d'hier. je suis bien obligée d'admettre que je me pose mille questions. non seulement quant à mon acte mais pas seulement.
depuis hier, je me demande vraiment ce qu'implique l'enseignement. la vocation d'enseigner. le devoir de transmettre.
peut-être que je réfléchis trop. peut-être que je m'implique trop.
mon métier est ma passion. à tort ou à raison, j'y pense, je le vis chaque jour, j'y réfléchis, je mets au point des stratégies pour éveiller la curiosité, amener à réfléchir, donner envie, transmettre l'envie d'apprendre.
et puis, je pense avoir un rôle à jouer dans la vie de mes élèves : quelque chose de fort se passe en moi à chacun de mes cours. chaque élève a un potentiel, même si ça n'est pas toujours musicalement. je ne sais pas si je m'exprime bien.
chaque élève est différent, chacun a son vécu, ses blessures, ses envies, ses passions. chacun mérite toute mon attention et toute mon application à lui apporter quelque chose.
et je me sens responsable.
d'eux, de leur devenir. que restera-t-il de mon enseignement dans 10 ans ? voilà la question que je me pose.
et puis, quel est mon rôle dans leur devenir d'être humain ?
oh, je suis bien consciente que tout cela est minime, une goutte d'eau. cependant, il n'y a pas de vaines gouttes d'eau. alors je continue de me sentir responsable.
il y a deux ans, en cours d'éveil musical, une petite fille de 3 ans avait crié des mots très durs à entendre, ambigüs, bizarres : "j'aime pas manger des zizis". dans la classe et dans ma tête, cette phrase, ces mots avaient résonné. j'en avais parlé au téléphone déjà, à "enfance maltraîtée", sous couvert d'anonymat. puis ils m'avaient conseillé d'en parler à mon supérieur hierarchique. ce que j'avais fait.
lui a tout de suite convoqué la maman de la petite pour lui parler, trouver les mots sans l'agresser ou laisser sous-entendre des choses, juste informer. je ne sais pas quel effet ça a eu mise à part l'entrevue que j'ai eu plus tard avec la mère. elle m'avait reproché d'en avoir parlé à mon directeur. mais j'avais la responsabilité de ce truc et je ne pouvais pas l'assumer seule.
une autre fois, c'est mon ancien directeur qui avait tenu des propos choquants à une jeune adolescente. j'en avais parlé ici même. et j'en avais également parlé à un collègue afin d'avoir un "allier" au cas où tout ceci dégénèrerait.
mais je ne peux pas me taire quand quelque chose me choque.
un prof est avant tout un modèle. je le pense sincèrement. et il est là pour transmettre un savoir. il est un guide parfois, il est souvent un révélateur. il doit être en tout cas irréprochable. et je m'efforce de l'être même si c'est parfois difficile.
en cours, je parle poliment mais il m'arrive de dire des mots d'argot par exemple. chaque fois, je regrette et je m'en veux.
parfois, en parlant avec un parent en dehors du cadre de l'école, il m'arrive de ne pas soigner mon langage, sans exagérer non plus. toutefois, je n'aime pas ce relâchement.
il m'arrive de me dire que ce cours-là, je n'ai pas été bien, je n'ai pas été assez présente, je ne me suis pas donnée comme j'aurais dû.
parfois aussi je m'énerve après un élève, trop. une fois, j'ai exagéré avec M. je l'ai appelé le soir pour m'excuser.
je m'efforce de respecter mes élèves et de leur inculquer quelque chose de bien plus profond que des notes de musique.
c'est difficile. et parfois, il me serait plus facile de laisser couler, de me la jouer cool, de venir avec des bouteilles pour fêter un anniversaire. je pourrais. oui.
mais je n'y arrive pas. j'ai le sens de mon métier. ce métier qui me tord les tripes, qui m'empêche parfois de dormir, ce métier qui est plus qu'un métier. ce métier est une vocation.
enfin je crois.
en tout cas, je n'ai pas envie de changer maintenant. et c'est pour ça que quand je n'aurai plus la "foi", quand je n'aurai plus rien à donner, quand ce métier ne me passionnera plus, j'arrêterai.
parce que je me sens responsable.
Commentaires
de la profession de foi comme j'aime.
rien à voir mais je n'arrivai plus à accéder à ton blog du boulot, et comme je n'ai pas encore le Net dans mon nouveau chez moi ...
d'où ma rareté ici.
content d'être revenu.
tu me parles.
comme d'hab ...
:)
je suis contente de te revoir par ici. justement je me demandais si tu venais plus parce que tu n'aimais plus mon blog. me voilà rassurée !
merci pour ton petit mot en tout cas ;-)
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