11 janvier 2008
suicide et comédie musicale
bizarre ce titre n'est-ce pas ?
j'avais envie de parler de ma dernière heure de mercredi. cours de solfège avec des ados de 12/13 ans. 4 élèves, ingérables parfois, gentils à d'autres moments, trop rares hélas...et mercredi, alors qu'on discutait de l'histoire de la comédie musicale, ils m'ont brisé d'un simple rire, d'une simple phrase.
oh, je sais bien ce qu'on me dit : que ça n'a pas d'importance, que leurs mots ne devraient pas m'atteindre, que ce sont "des petits cons" et que ça n'est pas "grave". seulement, cette phrase assassine me hante depuis deux jours. j'ai mal. je suis mal. et je n'arrive pas à m'en remettre. peut-être à cause d'elle, de ma tante.
elle était prof de lettres dans un collège difficile. tous les jours, elle partait en banlieue, seule, et devait affronter des élèves très très durs, rien à voir avec les miens. je sais peu de choses de ses cours, je sais peu de choses de ce qu'elle endurait. mais je me souviens d'elle comme d'une passionnée, par les lettres, par les mots, par l'écriture...
elle avait un peu plus de 40 ans. et elle était en dépression. moi, je ne le savais pas. j'étais petite et je l'idolâtrais. elle m'avait appris à aimer le français, elle m'avait encouragé à lire, à m'instruire, à m'intéresser, me passionner. je la savais intelligente et je l'admirais.
dans sa chambre, des milliers de livres. et l'enseignement pour métier, vocation peut-être, je ne sais pas. quelque part, elle était frustrée, comme moi aujourd'hui, de ne pas pouvoir transmettre autant qu'elle l'aurait souhaité. les mots, leurs résonances, la musique, la vibration. étrange parallèle, troublante similitude.
elle vivait seule et souffrait. et personne ne le savait ou tout le monde faisait comme si...et puis un jour, au lieu de partir pour la banlieue, elle est montée à Paris. peut-être une déception de trop, une baffe dans la gueule de la part d'un élève, un mot qui fait mal, qui blesse profondément. je ne saurais jamais.
elle s'est jetée à l'eau, comme ça, en plein mois de mars. elle ne savait pas nager. elle a fait exprès, elle s'est suicidée, elle est morte. et ma vie s'est arrêtée. j'ai eu mal. à 10 ans, la mort, c'est tout. c'est horrible. je ne respirais plus, j'attendais. qu'elle revienne. mon coeur saignait, je voulais mourir, la rejoindre. à 10 ans, on ne peut pas imaginer que c'est fini. et pourtant ça l'était...fini. et plus rien n'a jamais été comme avant...
et voilà que mercredi, Grégoire, au demeurant sympathique jeune homme de 13 ans, lance l'idée du suicide de "la prof de solfège" dans la comédie musicale qu'on prépare. j'ai mal. sa phrase résonne et les autres rient. ils rient. et je ne sais pas quoi faire. je suis désemparée. je pense à elle, je pense à eux. je me dis "c'est ça qu'ils veulent ? c'est ça qui les fait rire ?" je souffre. vraiment.
et Lydie qui rétorque "ah bah non puisque c'est Lucie qui joue la prof de solfège". et dans ma tête, je pense que si ça avait été moi, elle n'aurait rien rétorqué.
elle n'aurait rien rétorqué parce que moi...
j'ai mal. je ne peux pas m'en empêcher.
et personne ne comprend cette souffrance.
personne.
Commentaires
Personne ne comprend?? Bon sang! qui ne comprendrait pas en vous lisant!C'est de la méchanceté, de la bêtise et une forme d'inconscience pour G et L. Ca fait mal, parce que vous vous donnez au lieu de juste dispenser un enseignement. Comment vous préserver? dans une certaine mesure en mettant de la distance. Aïe! c'est dur. Mais il y en a de vos élèves qui vous estiment, vous admirent et vous aiment...vous le savez?
oui bien sûr que je le sais. mais je sais aussi que la plupart des élèves des cours de solfège ne m'aiment pas, n'aiment pas la matière, ça les emmerde.
mettre de la distance, oui, je le ferai. à long terme, je souffrirai moins. mais depuis mercredi, ça ne passe pas. j'aimerais pourtant...
il faut que j'arrive à me déconnecter de cette douleur.
Fais les assoir et raconte leur très serieusement cette histoire comme tu viens de nous la raconter, sincerement, avec ton coeur.
Ce ne sont que des enfants. C'est toi l'adulte. Apprend leur...Ils ont besoin de toi.
Raconte leur, et tu vera leurs coeurs sous leurs carapaces. Ils comprendront, je suis sur qu'ils comprendront.
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