Anna Chronick's

les chroniques d'une jeune prof en quête d'elle-même

21 septembre 2007

peau de fleur

hier, 21h07, je rentre chez moi. fatiguée, épuisée mentalement par trop de questionnements. problème avec mon contrat donc peur au ventre et colère.

il est tard. l'homme regarde la télé. à la télé le jeudi soir, c'est "envoyé spécial". chaque fois c'est pareil, cette émission et les sujets qu'elle aborde, ça me fout par terre, ça me bouffe, ça m'ouvre les yeux sur le monde, ce monde que chaque jour, on essaie d'oublier. trop d'horreurs qu'on ne voudrait jamais connaître...

dans la télé, dans envoyé spécial, dans le documentaire sur "la brigade du viol", y a toutes ces femmes, en pleurs qui essaient de rester fortes, qui viennent regarder à un moment, derrière une vitre, celui qui les a abîmé avec un grand couteau et son corps d'homme. elles sont là, elles ont peur, elles sont sous tri-thérapie dans l'attente de savoir si oui ou non, en plus d'avoir été violées, elles ont ou non le sida. l'horreur...

et puis, on voit Faustine. une grande jeune fille, jolie, les cheveux rouges, le visage enfantin. elle me fait penser à une nana que je croisais souvent à l'époque du lycée. je ne la connaissais pas. si ça se trouve, c'était elle. et Faustine doit aller regarder à travers la glace pour dire si elle reconnaît son agresseur. elle avance lentement et hésite à se mettre devant cette glace. il ne peut pas la voir. mais elle a peur. finalement, un policier l'aide à avancer vers la glace, il la soutient. elle se met devant et réprime un violent sanglot, quelque chose qui me fend le coeur, quelque chose se brise à l'intérieur de moi. je voudrais ne pas savoir pourquoi mais je sais exactement pourquoi je ressens ça. ça fait mal, Faustine a mal, je le sais. elle le reconnaît. elle reste un peu devant cette putain de glace et puis s'en va rejoindre sa mère qui l'attend dans une autre salle.

on les voit, Faustine se cache derrière des grosses lunettes noires et pleure dans un mouchoir et sa mère la cajole et pleure avec elle. et je regarde mon homme, mes yeux sont tout vitreux, je sens que ça va pas le faire, je sens que ça monte. j'attrappe une cigarette et je me dis "ça va passer". et j'ai juste le temps de prévenir que je vais pleurer avant que les larmes sortent en vrac, n'importe comment, n'importe quoi.

je pleure. je pleure pour Faustine et puis pour les autres qui sont là et attendent leur tour pour aller devant la glace. et puis je pleure pour le reste, tout le reste. je me sens ridicule de pleurer comme ça devant la télé, même pas devant un film à l'eau de rose. mais je peux pas m'arrêter. il faut que ça sorte.

et puis, c'est fini, on va manger, ses bras à lui me rassurent. mais depuis, je réalise à quel point je suis à fleur de peau, j'ai une peau de fleur...je ne supporte rien. je souffre trop, comme une éponge qui absorbe tout, toute la douleur...

Posté par annaellee à 10:47 - tube cathodique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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