Anna Chronick's

les chroniques d'une jeune prof en quête d'elle-même

04 juillet 2007

9h30

je sais que ces choses arrivent et qu'elles font mal. je ne voulais pas écrire parce que "qu'est-ce que je peux dire ?"...

hier, j'étais dans un bar avec une copine, on discutait de tout et de rien. le téléphone sonne, c'est mon élève, L, elle pleure, elle sanglote. je comprends immédiatement. je l'ai vue la veille, son père était reparti à la clinique. phase terminale d'un cancer, l'horreur, la souffrance, la peur aussi certainement.

elle a du mal à parler, elle pleure trop. son père va mourir, ça y est. elle me le dit et des frissons me parcourent tout le corps. je souffre avec elle, j'ai envie de la prendre dans mes bras, elle est seule chez elle, ne veut pas aller à l'hôpital lui dire au revoir, elle veut garder "un bon souvenir" de son père. mes mains tremblent rien qu'à l'écriture de ces mots...

elle me prévient qu'on ne pourra pas faire cours jeudi. j'ai envie de lui demander si elle veut que je vienne la soutenir. je n'ose pas. je ne suis que sa prof de piano, je ne suis pas une amie, je ne suis pas sa famille. pourtant, elle est seule et elle pleure et j'ai peur pour elle. car je sais qu'affronter la mort d'un proche est trop difficile. le temps s'arrête.

je lui dis des mots pour tenter de la réconforter, je sais bien que je n'y parviens pas, que je ne peux pas la consoler, que cette mort, cette fin, elle ne l'oubliera jamais. que son père est en train de mourir, qu'elle a 15 ans à peine et qu'elle est seule chez elle, sans doute à attendre qu'on la prévienne que, ça y est, il est parti. je pense à elle, toute la soirée, je pense à elle et je me sens tellement triste pour elle.

je pense à lui, je vois son visage, ses sourires malgré ses douleurs, sa bassine à côté du canapé quand il était en chimio, son visage fatigué mais ses mots qui se voulaient rassurants. parfois, je discutais un peu avec lui, c'était un homme bien, un homme simple et généreux. il voulait par dessus tout que sa fille réussisse sa vie...

aujourd'hui, à 9h30, j'ai reçu un sms. je dormais. il disait simplement que c'était fini. qu'il était mort ce matin. je me suis levée, absente. je n'étais plus dans mon corps. j'étais dans cette douleur même si elle n'est pas mienne, je la ressens, amoindrie certainement mais je la sens. et je pleure. pour elle, pour ses soeurs, pour sa mère. je pense à elles. je pense à lui. c'est fini...

http://annachronicks.canalblog.com/archives/2007/03/31/4483659.html

Posté par annaellee à 10:21 - stress post traumatique - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Dur... Courage pour toi et pour elles !

Posté par Hisaux AKA Xia, 04 juillet 2007 à 12:08

merci pour elles surtout.
l'enterrement est prévu vendredi à 9h30...
c'est triste...

Posté par annaellee, 04 juillet 2007 à 12:22

Mes mots ne changeront rien.

Je pense à elle.
Je pense à lui aussi.

Bibis larme

Posté par Ladyblogue, 05 juillet 2007 à 09:33

cancer

Le fait d'avoir pu parler à ton élève à ce moment là, est un acte de générosité inoubliable pour elle. Elle a fait appel à toi parce qu'elle doit t'estimer. T'apprécier. Bien t'aimer peut-être…
Le cancer fait souffrir encore les familles, dans ces cas là,le soutien des proches est important.

Posté par nina de zio, 05 juillet 2007 à 15:39

j'espère juste ne pas être trop émue demain à l'enterrement. pouvoir la soutenir, même un peu, si elle a besoin, ne pas flancher devant elle.

ça va être très dur pour la famille...

Posté par annaellee, 05 juillet 2007 à 15:48

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