Anna Chronick's

les chroniques d'une jeune prof en quête d'elle-même

30 avril 2007

vie privée vie publique

j'écris ici quotidiennement. j'écris mes histoires de prof, mes histoires de fille. parfois futile, parfois utile pour moi, toujours pour moi, égoïstement. j'ai besoin de cet espace et je fais en sorte qu'il me ressemble. jusqu'où je peux aller ? qu'est-ce que je risque en dévoilant mes mots, mes coups de coeur, mes coups de gueule ?

vous connaissez certainement l'histoire cette petite anglaise qui s'est carrément fait virer de son boulot pour avoir blogué. pourtant, elle dit qu'elle ne parlait quasiment pas de son travail, ni de ses collègues, ni de son boss. et elle s'est fait virer. est-ce que je prends ce risque ? est-ce que je vis dangereusement ?

il y a quelques jours, j'ai écrit sur mon patron. je me demandais à cet instant, en écrivant l'article peu élogieux sur lui, si je pouvais le faire. parce que s'il tombait sur ce blog, il prendrait certainement très mal ce billet qui lui est consacré. forcément. devrais-je nier ? y a-t-il des chances pour qu'il tombe ici par hasard ? dans mes statistiques ce matin, j'ai vu quelque chose qui m'a vraiment interpellé. je ne sais pas si c'était une coïncidence ou non, je ne sais pas qui se cachait derrière l'adresse IP mais tout de même, j'ai eu un peu peur. un petit frisson en me disant "merde, et si c'était elle ?".

souvent, je me raconte sans même réfléchir aux conséquences. tout simplement parce que je me sens bien sur mon blog. je me sens bien quand j'écris, plus encore que quand je bosse, je préfère rester devant cet écran, trouver mes mots, les mettre dans l'écran, plutôt que de glandouiller devant la télé ou même faire le ménage, ou aller me balader, errer dans les rues. j'ai besoin d'écrire. peu importe que ce soit lu, peu importe que ça plaise, finalement. ici, je suis chez moi. et ça change tout.

depuis que je tiens ce blog, je me retrouve un peu. il est donc important. alors, si je me pose la question "est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?", j'ai automatiquement la réponse. oui ! ça vaut le coup, ça vaut tous les risques du monde. parce que je me suis retrouvée, parce que je me lève le matin avec l'envie de faire quelque chose, parce que je réfléchis à des sujets d'articles, parce que je peux réécouter de la musique, parce que je ne reste plus devant mon piano sans savoir quoi faire.

c'est peut-être con, mais depuis que j'écris ici, j'ai un but tous les matins. je sais pourquoi je vis, pourquoi je me lève. c'est devenu mon moteur.

bref, si quelqu'un venait à me reconnaître, avant de me débiner, avant de me jeter, lisez-moi. au moins par courtoisie ou curiosité.  ensuite, vous pourrez faire de moi ce que vous voudrez. moi, je continuerai à écrire. écrire. écrire...

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29 avril 2007

connasse de prof !

baffeoui, c'est de moi que je parle. aujourd'hui était un grand jour pour deux de mes petits élèves. concours de piano, théâtre, récompenses à la clé. depuis plusieurs mois qu'on préparait ça ! ils avaient tellement bien travaillé ! ils étaient parfaits !

elle s'était fait toute belle et lui avait bien travaillé son par coeur, ils avaient tout pour réussir. sauf peut-être la bonne prof.

je me serais donnée des baffes.

explications : le programme du concours proposait un choix entre plusieurs morceaux. il était précisé toutes les références, les éditions etc...depuis quelques semaines, nous avions donc choisi un menuet de Bach à présenter. la référence BWV 116, je l'avais évidemment vérifiée ! et voilà que, pendant le concours, je m'aperçois que les autres candidats présentent un autre menuet de Bach, tiré du même volume, en sol Majeur ! mes élèves étaient sur le point de passer sur scène, devant le jury ! panique, transpiration, tremblements, je me dis "c'est pas possible qu'on se soit trompé ! on a tout vérifié plusieurs fois !!". je cherche ma partition dans mon sac, pas de références indiquées. mes élèves passent chacun leur tour, j'écoute, j'applaudis mais le doute est bien là !

j'écoute tous les autres massacrer jouer allègrement l'autre menuet de Bach et sors dehors pour essayer de réfléchir à ce qui a pu se passer. je réalise la bourde que je viens de commettre. s'ils ne jouent pas la bonne oeuvre, ils sont tout simplement disqualifiés ! alors qu'ils ont bossé et qu'ils jouent trop bien !!

je vais voir la mère d'une de mes élèves et commence à parler avec elle. elle me dit que ce n'est pas grave, elle essaie de me rassurer tandis que moi, je fonds en larmes, incapable de me retenir. je me déteste, j'ai honte, je ne comprends pas comment j'ai pu me tromper !

j'ai dû sortir pour me calmer, puis aller parler à l'autre maman en lui demandant pardon...elle avait l'air de ne pas m'en vouloir, moi, je ne pourrais jamais me pardonner...

à la fin du concours, on a décidé d'aller voir le jury. on a discuté avec un des membres et il m'a rassuré en me disant qu'ils accepteraient quand même leur candidature comme c'est dans le même bouquin et que la difficulté est quasi la même. j'étais si soulagée, je l'ai remercié, limite baisé les pieds ! heureusement qu'ils étaient compréhensifs !!

ça n'enlève pas ce sentiment de culpabilité que je ressens. j'aurais dû regarder plus que ça, j'aurais dû faire plus attention. les parents n'avaient pas l'air de m'en vouloir mais je ne peux m'empêcher de me détester pour cette erreur...

des fois, je me sens vraiment nulle comme prof...terrible. :-(

EDIT DU SOIR : HIN HIN ! après moults recherches et farfouillages en tout genre sur le net, écoutes, relectures, investigations, il s'avère que seuls mes élèves ont joué la bonne pièce de Bach !! le BWV 116, c'est bien le menuet qu'ils ont préparé !!!
je suis pas si nulle finalement ! en revanche, super soulagée et un peu surprise que le jury ne s'en soit pas aperçu !
je fais des bonds de joie depuis que j'ai découvert que j'avais raison !!

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28 avril 2007

un petit menuet de bach

je l'ai fait débuter l'année dernière. elle a tout de suite manifesté son enthousiasme et son talent m'est apparue de plein fouet. comme une révélation. elle est jolie et sourit souvent et chaque cours ou presque est un réel bonheur pour nous deux. elle est la perle rare que chaque prof cherche, elle est tout ce qu'on peut attendre d'une enfant.

elle porte ses cheveux longs et bruns détachés, ils flottent tout autour d'elle. souvent, sa mère lui fait une longue natte qui lui donne l'air enfantin et jovial. ses doigts délicats, fins et ronds semblent être fait pour le piano, c'est comme si l'esprit de tous les grands pianistes défunts s'était penchés sur elle pour lui donner ce don. c'est fou, je la regarde et je suis impressionnée. à chaque fois. par une fillette de huit ans. elle incarne la musicalité et la technique facile à la fois. et en plus, elle rayonne.

lorsqu'elle monte sur scène, elle a toujours un peu le trac. de celui qui fait les bons musiciens. un trac positif qui l'emmène dans une sphère, là-haut. elle flotte. et elle interprète déjà. son corps bouge avec les notes et les nuances, son visage concentré laisse paraître cette chose si jubilatoire. elle s'amuse, elle joue avec son piano et ses doigts, comme une enfant mais déjà, comme un poète, comme l'artiste qui découvre, recommence, s'améliore et explose, expose à la face du monde tout son talent. toute sa splendeur.

sa petite main d'enfant procure déjà les frissons. ceux-là même que chaque musicien rêve un jour de produire pour donner à l'autre. je l'écoute, quasiment émerveillée, transportée. je plane avec elle au-dessus du monde. elle m'emporte avec le tourbillon de ses doigts.

j'aimerais tant qu'elle ne parte pas ailleurs. mais la vie est ainsi faite. cette fillette vaut mieux que moi, que mes cours, que cette école. cependant, chaque fois que j'y pense, chaque fois que j'envisage son départ, mon coeur se fend, mes tripes se tordent au-dedans. j'aimerais tellement qu'elle continue avec moi, qu'on continue de s'amuser ensemble, à quatre mains, à deux fois 10 doigts. dans cette classe où je l'ai vue pour la première fois, sans me douter qu'elle m'apporterait tant de joie. une joie si pure, que seule la musique est capable d'apporter.

demain, elle passe un concours. elle a préparé ce petit menuet de Bach, une des pièces du "petit livre d'anna-magdalena bach". je me souviens de moi enfant, lorsque je le travaillais. et je la vois elle, si belle sur son piano, si tendre avec les notes et si déterminée à la fois. je ne sais comment dire à quel point je l'admire. ça n'est qu'une enfant mais elle est déjà tellement grande. je n'ose imaginer la peine que j'aurai quand elle s'en ira pour découvrir d'autres notes, avec d'autres profs, plus professionnels, plus qualifiés. ceux qui l'emmèneront loin, avec qui elle fera son chemin.

mais c'est mon rôle. l'amener vers ceux qui feront d'elle une pianiste, une musicienne accomplie. je me dois de vouloir pour elle, ce qu'il y a de mieux. et ne plus penser à moi, à cette douleur qui m'assaille chaque fois que je pense qu'elle ne sera plus là. peut-être l'année prochaine, peut-être dans deux ans. elle n'illuminera plus mes mercredis de ses notes lumineuses. elle ne me donnera plus ces émotions en jouant Bach...

que la vie peut être dure parfois. lorsqu'on est prof et qu'on doit laisser partir sa meilleure élève. ma petite pianiste avec son petit menuet de Bach.

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26 avril 2007

je suis amoureuse...

je suis une vile récidiviste mais il me les fallait. je les avais repéré il y a quelques semaines et je les adorais déjà. alors j'ai patienté, difficilement, jusqu'à la paye, qui, comme par hasard, est arrivée avec un peu de retard. mais les voilà chez moi, à mes pieds et je suis totalement in love d'elles. elles sont parfaites, tout simplement. je les aime !!!

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pour fêter ça, je me suis payée deux petits hauts chez zara : une tunique rayée dans les tons gris et une blouse blanche trop mignonne. d'ailleurs, j'ai bien galéré, chez zara, plus que des tailles M ou L ! j'ai essayé 10 articles, deux seulement m'allaient, hop ! à la caisse. tout ça en une heure top chrono, avant d'aller bosser. aaaaaah, j'adore ce genre de journée.

aujourd'hui, direction le coiffeur. il faut absolument qu'il fasse quelque chose pour planquer mes cheveux blancs. en effet, mercredi, on m'a fait aimablement remarqué que j'en avais "plein" ! l'horreur...jusqu'alors, je pouvais nier, faire semblant de ne pas les voir, les snober quoi. mais à présent que mes élèves les ont vu et m'ont demandé si je savais, je dois faire quelque chose de toute urgence ! il en va de ma santé mentale puisque je commence à faire une fixette là-dessus !

seulement voilà : je suis châtain et je voudrais éclaircir. blond foncé par exemple. non pas blondasse ! mais le coiffeur m'a dit hier qu'il faudrait peut-être passer par un balayage !! et moi, je trouve ça moche les balayages ! il va falloir se montrer convaincante ! si vous avez des idées de ce que je pourrais lui rétorquer, c'est le moment ! parce que je sens que je vais regretter...c'est d'ailleurs pour ça que je ne suis pas allée dans un salon de coiffure depuis 5 ans au moins. à chaque fois, ils veulent lisser ma tignasse bouclée et me faire une coupe qui ne me va plus du tout une fois les boucles revenues !!

bon, ça y est, j'ai peur !

heureusement, mes chaussures me consolent !

léger ce billet hein ? ben oui mais ça fait du bien !!

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l'incompétence personnifiée

EDITE : "ne mords pas la main qui te nourrit"

;-)

comprenne qui pourra !

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25 avril 2007

playlist n°2 : hip hop music

quelques exemples de chansons hip hop pour se faire une idée. du vrai hip hop, pas de la daube qui passe à la radio !


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j'aime pas la politique

grolanddéjà parce que, honnêtement, j'y comprends pas toujours grand chose. c'est vrai. j'ai des opinions, faut pas croire. m'enfin je doute que mes connaissances en la matière soient suffisantes. fût un temps où je voulais faire science-po puis l'ena. mouarf ! heureusement que je n'ai pas tenté le coup. je me serais vautrée royalement (!)...

ça me fait penser que, dans le temps, j'avais côtoyé un mec qui préparait science-po et qui devait apprendre quelques expressions pour éviter de parler "comme tout le monde". si, si, c'est important. alors pour ne pas dire "il est mort", il fallait dire "il a passé l'arme à gauche" ou "il a trépassé". ça me faisait trépasser de rire moi. je trouvais ça tout bonnement ridicule.

j'aime pas la politique parce que ça fait que les gens, y s'engueulent comme du poisson pourri. on appelle ça un "débat". ouai, moi je dis qu'ils feraient mieux d'enfiler des gants de boxe et de se taper sur la tronche. ça serait nettement plus franc et surtout rigolo ! on voterait ensuite pour le vainqueur. non ? ok, je sors.

j'aime pas la politique parce qu'aussi, ça te fait t'enguirlander avec tout le monde : ta famille, tes potes. parce que tout le monde y va de son petit avis et que personne n'est jamais vraiment d'accord. forcément...

t'es tranquille à table quand quelqu'un a le malheur de commencer à déblatérer sur un des candidats. et là, c'est le drame. on commence à "débattre" mais là encore, ça ressemble à se "battre" plutôt que de s'écouter.

j'aime pas la politique parce que finalement, les politiciens, y font que parler. c'est bien beau de parler. c'est ce qu'ils font de mieux. le problème, c'est que comme ils ont fait science-po, personne n'y comprend rien. alors, on écoute, incrédules. et on essaie juste d'avoir assez de temps pour décoder ce qu'ils ont dit avant d'aller dans l'urinoir...euh, non ! l'isoloir ! et de mettre le bulletin dans l'urne. vas-y, connecte tes deux neurones en prévision du 2 mai, ça risque d'être intéressant.

j'aime pas la politique parce que déjà toute petite, mon oncle, gréviste professionnel de son état, me traitait de "gauchiste en peau de lapin". aujourd'hui encore, je me demande ce qu'il voulait dire par là. moi je voulais voter, à l'époque, pour laguiller ou pour voynet. parce que j'aime pas qu'on tue les phoques. et j'aime pas qu'on paye mal les ouvriers. je dois toujours être une gauchiste en peau de lapin.

j'aime pas la politique parce que ça rend les gens véhéments, vindicatifs, énervés, sûrs de leurs opinions et qu'en plus, tu découvres des facettes d'eux que tu ne soupçonnais pas. oui, j'aimais bien dieudonné. mais depuis que je l'ai vu rejoindre le borgne l'autre soir, je le vomis allégrement. je suis déçue, déçue. et hémétophobe.

en fait, la politique, c'est un truc inventé pour faire chier les gens. parce qu'au final, c'est toujours la même chose. tu écoutes, tu essaies de comprendre, tu votes, parfois t'es content, parfois t'es pas content. au final, t'es toujours déçu parce que personne ne va changer le monde. non, ne rêve pas. personne ne va changer le monde. t'auras pas plus de sous. ou si t'en as, tout coûtera plus cher. et au final, de toute façon, ça va recommencer 5 ans plus tard.

moi je dis qu'on devrait passer au système grolandais !

Posté par annaellee à 08:33 - neurones en bataille - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 avril 2007

et un jour, un concert...

busdriverje vous ai souvent parlé de pianistes et de mon amour pour la musique classique. cependant, la révélation de ma vie fut orchestrée par mon copain, lorsque, chez lui, il m'a fait découvrir un genre musical que je ne soupçonnais même pas.

j'avais bien entendu ces gars à la radio mais je n'accrochais pas plus que ça. en fait, tout ce qui passe à la radio est très différent de ce qu'on peut découvrir si l'on creuse un peu plus loin de la médiatisation. tout ce qu'il écoutait ne passait pas sur les ondes et n'y passe toujours pas d'ailleurs.

il m'a d'abord fait écouter TTC. ce sont trois fous furieux français qui écrivent des textes et qui les rapent comme on dit. je n'ai pas eu la révélation tout de suite. j'aimais, sans plus. ça n'allait pas très loin. je trouvais ça quand même mieux que ce que je pensais connaître du Hip Hop. mais j'avais déjà plongé. et je ne savais pas encore que toute ma vie en serait bouleversée.

jusqu'alors, ma passion pour la musique m'avait conduit à aimer toute sorte de styles différents. je pensais encore préférer Beethoven à tout ce que j'écoutais d'autre. non pas parce que je suis snob ou fermée d'esprit mais parce que je pense que le classique est la base de tout. c'est cette musique qui a permis toutes les autres. enfin, c'est mon avis. un peu comme l'évolution de Darwin. il fallait un début, une base qui permette de s'éloigner, d'inventer, de renouveler. mes émotions étaient donc tournées vers la grande musique, celle que peu de gens écoutent encore.

puis, il m'a emmené à ce concert, au terminal export, une petite salle au plafond bas qui, depuis, a fermé. il m'a prévenu "je te tiens contre moi parce que ça va déménager". ça ne me dérangeait pas du tout qu'il garde son bras autour de ma taille. on allait voir TTC justement. mais en première partie, il y avait ce grand black, avec des dreads. Busdriver.

il est arrivé sur cette toute petite scène, directement des States. et il a commencé son show. j'ai halluciné. moi qui n'avais jusque là que l'habitude des concerts où on se tait pour apprécier la musique, où on n'évite même de changer trop souvent de position sur son siège pour ne pas déranger les autres, je me suis surprise à danser comme une dingue en hurlant. c'était électrique, il avait un flow de dingue, un truc génial, un charisme à tomber. tous nos potes me regardaient, ébahis. ils ne se doutaient pas que la petite bourgeoise qu'ils pensaient que j'étais pouvait se lâcher à ce point.

en fait, ce concert fut le déclencheur d'un amour incongru pour le Hip Hop, au grand désespoir de mon père qui ne comprend pas comment, avec l'éducation musicale qu'il m'a donné, je peux admirer autant des gens comme Busdriver.

à la fin de ce concert, j'étais en sueur, complètement explosée. busdriver a balancé des disques dans la foule puis il est venu parler avec son public. rhaaa, il était beau, il était super sympa, je lui ai baragouiné deux ou trois mots de remerciement in english et je me suis payée un tee-shirt à son effigie. car jamais je n'avais connu pareille émotion. une véritable transe.

c'est comme ça que je me suis mise au hip hop. c'est comme ça que je suis devenue accro à cette musique, à ces gars qui, pour moi, sont des poètes modernes. pas tous évidemment. pas ceux de la radio, pas ceux que les gens connaissent. j'aurais aimé faire découvrir ces MC au plus grand nombre. mais je crois qu'on aime ou qu'on n'aime pas. et il faut pour cela ouvrir en grand ses oreilles.

c'est clair que si j'avais ce talent, c'est ça que je ferais. du Hip Hop. j'écrirais des textes, je m'entraînerais à les dire et je ferais des concerts de dingue. comme Busdriver, mon chauffeur de bus préféré.

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23 avril 2007

où sont les hommes ?

anne_geddesnon, je ne vous parlerai pas des résultats des élections qui, loin d'être aussi catastrophiques que je l'imaginais, ne sont pas totalement réjouissants si l'on fait le calcul...

je veux vous parler d'une conversation que j'ai eu hier après-midi avec l'homme. et de celles que j'ai pu entretenir avec les mères de mes élèves. les "desperate housewives" du monde réel.

je constate que ce qui revient dans ces brefs entretiens avec elles, après les cours, lorsqu'elles viennent récupérer leurs bambins et qu'elles me confient leurs malheurs qu'une chose revient souvent : l'absence du papa. c'est hélas récurent. et consternant à mon sens.

ce qui me choque, ce sont ces phrases qui leur semblent devenues si naturelles : "je m'occupe de tout à la maison", "je ne m'en sors plus avec les devoirs, la cuisine, le boulot", "je suis débordée / au bout du rouleau.", "le papa n'aide pas beaucoup / ne dis jamais rien / n'est pas souvent là / ne s'occupe pas beaucoup des enfants."...

à l'heure où certains pères revendiquent leur paternité haut et fort et portent leur bébé fièrement, je suis consternée de voir que ça n'est apparemment pas la généralité. si on regarde de plus près, les pères n'ont pas vraiment pris leur rôle à la maison. ils bossent, ramènent certes le fric à la maison. cependant, toutes ces mères travaillent également et font en plus de leur boulot le ménage, la bouffe, le repassage, l'aide aux devoirs. ce sont elles qui emmènent les gamins à la musique le mercredi, elles qui attendent dans la voiture pendant le cours, parfois avec les 2 autres enfants. ce sont elles qui sacrifient leur temps, tout leur temps à l'éducation des enfants.

et finalement, elles sont dépassées. et totalement déprimées. fatiguées, harassées. combien de fois je les ai vues complètement overbookées, courir dans tous les sens :"pas le temps, je dois aller chercher le petit dernier au foot" ou "il faut que j'aille faire les courses, j'ai à peine une demi-heure". vite ! vite !

je discute avec ses dames et je les plains sincèrement. est-ce qu'elles s'étaient imaginées que leur vie serait ainsi ? est-ce que, lorsqu'elles ont décidé de faire des enfants, leur mari les a prévenu "je te préviens tout de suite, je ne m'en occuperai pas."...je n'exagère pas. je vous assure que toutes les mères de famille que je rencontre sont seules à élever leurs enfants. parfois, jusqu'à quatre. "et le père ?" je demande innocemment. elles lèvent les yeux au ciel. parfois, elles leur trouvent des excuses. oui, il travaille. ah bon ? et pas elles ?

je trouve ça juste terrifiant. à l'heure où je me pose des questions sur le fait de concevoir un jour un enfant, je sens le désir fort de devenir mère, j'en parle à mon homme. qui m'apprend que toutes ses collègues féminines vivent la même chose ! puis je lui demande ce qu'il en pense.  et là, il me dit "c'est normal.". je tombe des nues. il m'explique par A+B que, certainement ça se passerait de la même façon pour nous. "regarde : si je rentre à 18 h, tu auras déjà fait beaucoup de choses avant que je n'arrive chez nous. c'est toi qui iras chercher les enfants à l'école, toi qui leur feras faire les devoirs, toi qui auras rangé la maison. toi qui prépareras le dîner puisque je ne sais pas cuisiner." je suis outrée. n'y a-t-il aucun moyen de contourner cette vérité ? d'apprendre à s'occuper d'une maison, d'apprendre à s'occuper des enfants ? et pourquoi n'envisagerait-il pas de quitter assez tôt son travail pour aller chercher les enfants à l'école ? moi aussi je travaille ! mais ce serait à moi de m'organiser pour quitter plus tôt ? ou carrément arrêter de travailler ?

ça m'a largement refroidi. je l'admets. non pas que je n'ai plus envie d'avoir un jour un enfant. mais surtout que je n'ai pas envie d'être seule à l'élever. c'est bien beau d'aider à la conception, de réclamer le droit d'être père. encore faut-il en assumer les conséquences ! je comprends mieux pourquoi toutes ces femmes, toutes ces mamans ont le regard triste et le cheveux mal coiffé. j'avoue que je ne me doutais pas que pour elles, la vie était si dure...et qu'en plus, elles sont coincées. retenues en otage par la maison qui n'est pas finie de payer et les enfants qui sont petits. pas d'autres choix pour elles que de subir, rester, assumer seules.

j'espère juste que l'homme avec qui je vis, que j'aime, depuis quatre ans parviendra à changer d'opinion. sinon, ça sera sans moi, désolée.

NB : je n'attaque pas tous les pères, je ne me permettrais pas. je me pose simplement des questions. je pensais que les moeurs avaient changé. peut-être pas tant que ça finalement...

photo : anne geddes

Posté par annaellee à 10:48 - neurones en bataille - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 avril 2007

sous nos pieds, le gravier...

AF1BIScette phrase un peu oubliée, cette image floue qui évoque pour moi, un souvenir très fort, une émotion presque palpable dans mon corps et mon coeur d'enfant.

on était en classe de CE2, je revois les tables abîmées avec les casiers dessous, et les chaises attachées par ces barres de métal, vertes. je regarde encore ce tableau noir et le bureau de Melle Jérome sur le côté. je me souviens de la fenêtre et du soleil qui la traversait ce jour-là...

on avait à faire, chacun notre tour, un exposé sur un livre qu'on avait lu. je ne sais plus ce que j'avais choisi : "Croc Blanc", peut-être. je l'avais eu pour la saint nicolas, un beau livre illustré, magnifique. et j'aimais bien l'histoire. mais ce garçon avait choisi un tout autre style de livre : "un sac de billes", de Joseph Joffo. je me souviens comme si c'était hier. il était devant tout le monde, il nous lisait son petit exposé et il avait fini en lisant quelques passages de l'histoire. il nous avait expliqué que c'était une histoire vraie. je ne connaissais même pas la deuxième guère mondiale à l'époque. je n'avais aucune idée de ce qu'on avait fait à tous ces gens, je ne savais même pas que les camps pouvaient avoir existé.

je me souviens de ce jour et de ce que j'ai ressenti. "nos pas sur le gravier...", un truc du style. et toute ma vie a changé. je ne saurais dire pourquoi. jusqu'alors, mes lectures étaient naïves. je dévorais la comtesse de Ségur, les histoires mignonnes de ces petites filles modèles, j'adorais lire, je mangeais un livre par jour, sur les bancs du conservatoire, chez mémé ou à la maison le soir. mais je ne lisais jamais d'histoires vraies. je ne lisais pas de livres tristes. je ne connaissais pas la guère. personne ne m'avait appris l'histoire, personne ne s'était donné la peine de m'expliquer cette histoire.

je suis restée ébahie. Joseph Joffo est devenu mon obsession. je l'ai lu à mon tour. mais ça ne me suffisait pas. il me fallait d'autres histoires, il fallait que je sache. alors j'ai découvert Anne Franck, puis j'ai préparé un exposé sur son fameux journal avec Clotilde, ma meilleure amie. on l'a lu ensemble. et je l'ai relu, relu, jusqu'à l'épuisement. je ne pouvais pas croire à ce que je lisais. je ne pouvais pas croire qu'on avait fait ça à des enfants. ni à des adultes évidemment. mais dans ma tête d'enfant, les enfants ne pouvaient pas mourir. c'était impossible. longtemps j'avais cru qu'après ma mort, le monde repartirait de zéro. il y aurait de nouveau les dinosaures, la préhistoire, les homo-sapiens, Bach, mes parents, puis moi. je vivrais ainsi éternellement.

c'est en découvrant Joseph Joffo et Anne Franck que j'ai su que ça n'arriverait pas. et que les enfants deviennent des adultes, puis des vieillards. et qu'il peut y avoir des guères, des méchants, des gens qui tuent, même les enfants. et je me souviens de cette émotion immense qui m'a submergée tandis que le garçon de ma classe nous lisait "un sac de billes".

j'avais compris que je n'étais pas immortelle. et ça m'a glacé le sang.

pour découvrir le récit de ce petit garçon, un clic sur le livre :

joseph_joffo

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