20 avril 2007
rien

les chroniques de la violence ordinaire. hier soir, dans ma télé. froid dans le dos...
il a 15 ans à l'époque. elle en a 13. elle a déjà eu une relation amoureuse et charnelle, elle avait 12 ans à l'époque. bien sûr, au collège, tout le monde l'avait su, et tout le monde en avait déduit qu'elle était facile. le procès, deux ans après, lui est nonchalant, froid, sincèrement incapable de se rendre compte du mal qu'il a fait. il ne comprend pas. il se souvient mal de ce qui s'est passé, il ne réalise pas.
les visages sont flous mais les mots poignants, criants de vérité. il ne l'a pas forcé dit-il, car elle n'a pas crié, elle ne s'est pas débattue assez fort, elle n'a rien dit, elle s'est laissée faire. de son silence, il a déduit qu'elle était d'accord. elle, muette, ne parvient pas à exprimer son mal-être, sa douleur. elle a honte, se sent sale et coupable.
ça se passe dans le local à vélo. elle dit qu'il la pousse dedans. lui dit qu'elle est entrée de son plein gré. elle dit non, elle dit qu'elle ne veut pas. lui pense qu'elle veut bien pour on ne sait quelle raison. elle est plaquée contre le mur, déshabillée, les mains maintenues sur le mur. lui dit qu'ils se sont mis comme ça, comme ils se seraient mis autrement. viol, le mot est lâché. un grand silence dans la salle. les juges, le substitut du procureur, tous essaient de comprendre. pourquoi ?
elle a du mal à répondre aux questions, se tord les mains, elle semble sur le point de tomber, comme une petite plume dans le vent, elle vacille. elle hoche la tête. les psychiatres disent qu'elle a des traits dépressifs. déjà. à 15 ans. elle se sent coupable, elle le dit. "un peu". c'est pour ça qu'elle n'en a pas parlé. lui était simplement reparti sans un mot pour elle. il s'est rhabillé, et sans se retourner vers cette petite fille, il est rentré chez lui, avec le sourire a-t-elle dit. elle est restée seule, sale, nue dans le local à vélo.
puis elle est remontée chez ses parents. et s'est lavée. et elle n'a rien dit. le lundi matin, elle a avalé trois boîtes de cachets. pour mourir dit-elle.
elle avait 13 ans à l'époque. lui 15. on lui demande "qu'avez-vous à dire à la victime ?". on attend des excuses, des regrets, quelque chose. "rien". rien...rien à dire, rien à regretter, rien à foutre.
l'innocence volée. la pudeur d'une enfant mise à nue. la violence ordinaire. froid dans le dos...
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