Anna Chronick's

les chroniques d'une jeune prof en quête d'elle-même

16 mai 2008

J-8

j'ai acheté une robe à pois aujourd'hui. et j'ai pensé qu'elle lui irait bien. j'ai voulu en prendre une deuxième et puis je me suis ravisée. je ne sais pas pourquoi. j'ai eu peur qu'elle trouve que j'étais folle.

j'ai beaucoup parlé d'elle. à une copine. et j'ai bien vu son visage quand je prononçais son prénom. peut-être que je devrais me taire. mais je n'y parviens pas.

j'ai flâné dans les rues de Nancy en regardant les gens, leurs parures, leurs ramages. j'étais bien, j'étais pleine. de ce soleil, de ce vent léger, bien dans mes spartiates. je me sentais moi. différente. moi quand même. j'ai beaucoup pensé à ce terrible rêve. mais j'ai préféré l'oublier.

j'ai pensé aussi à l'homme et à sa patience. j'ai pensé que j'aimerais pouvoir lui épargner mes moments de doutes et de colère. car hier soir, j'étais en colère et j'ai beaucoup parlé. j'avais besoin de me vider. alors je me suis laissée aller aux mots. pour évacuer mes maux...

j'ai mis de la peinture argentée sur mes notes à contre temps ce soir, en buvant une bière fraiche. et j'ai pensé que la fin de cette année était toute proche. je peux déjà la sentir, dans les rires des enfants, la lire sur leurs vêtements, la voir sur leurs visages rosis par le soleil. c'est bon et en même temps, ça fait tout drôle. de se dire "c'est fini" et d'avoir la nostalgie avant l'heure.

puis j'ai pensé à mes amis, ceux qui me manquent : bertrand, dont je n'ai plus de nouvelles depuis plusieurs semaines, aline qui devait m'appeler et qui ne l'a pas fait et Angel qui devait être au boulot et dont l'enthousiasme me manque.

tous ces gens qui défilent, qu'on ne connaissait pas il y a quelques temps et qui soudain font partie de votre vie. tous ces gens qui mériteraient que j'ose décrocher mon téléphone. et puis elle, aussi. évidemment. toujours. une amie dans son coeur et les cheveux dans le vent.

j'ai eu secrètement envie que cette journée n'aboutisse pas. place stanislas, il y avait deux petits bébés, des jumeaux qui dormaient dans une double poussette. ils étaient si petits, ils avaient l'air si serein, ils étaient si choupinoux que j'ai failli verser une larme de joie.

j'ai aimé cette journée. moins cette nuit. j'ai aimé être là, vivante. et je voudrais tellement transmettre cet amour que je ressens en moi...

Posté par annaellee à 20:31 - des maux des lyres des mots délire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 mai 2008

J-9

les cauchemars s'enchaînent, les répétitions aussi. et l'angoisse monte, monte.

il faut gérer les gamins et je me sens de plus en plus incapable de le faire. ils sont énervés par le soleil et les vacances qui approchent, ils hurlent, se roulent par terre et se barrent dehors alors qu'on est en train de leur expliquer des trucs importants pour le spectacle.

on les fait répéter, ce n'est pas parfait, ils loupent leurs départs, ils oublient leur chorégraphie.

et puis, une des pianistes fait des pains partout et ne capte rien à la rythmique des morceaux. il faut redire des choses basiques. ne pas hurler, pas trop fort, essayer de garder l'humour. alors qu'au fond de soi, tout s'emballe, les nerfs lâchent et on se sent impuissant.

j'ai l'impression de ne servir à rien. c'est bien simple. tout ce que je donne est vain et ce que je voudrais donner à Lucie pour la soulager un peu, je ne peux pas parce que je n'y connais rien. je ne connais rien en mise en scène, en son et lumière, en décors. je me sens nulle. je ne peux pas écrire la fiche technique pour le matériel, je ne peux pas faire la conduite son et lumière. je ne sais rien faire.

ma seule mission était de préparer les musiciens, d'écrire les partitions, d'aider à la chorale. est-ce que j'ai réussi ? honnêtement, je ne crois pas.

les gamins de la chorale, quand c'est moi qui les gère, ils sont complètement excités. quand Lucie revient, elle hallucine parce qu'elle les trouve en train de beugler et ne peut plus en placer une. j'ai honte. c'est certainement parce que je ne sais pas faire preuve d'autorité. je les engueule mais mal. je ne sais pas parler à un groupe de gamins fous. je m'énerve dans le vent. j'essaie de leur dire "chantez plus, donnez de vous-même, racontez-nous quelque chose" et face à moi, j'ai des gamins qui m'imitent et qui hurlent de rire à mes blagues.

oui parce que je lance des conneries pour détendre l'atmosphère.

Lucie, elle, quand elle n'arrive pas à en placer une, elle ne dit plus rien et elle attend. et les gamins finissent par se taire. avec moi, ça ne marche pas. ça peut durer une heure.

et manon n'est pas foutue de jouer ces notes correctement. elle fait des pains partout, elle loupe les départs, elle galère grave et en plus, elle m'agresse quand je lui fais une remarque.

maud n'est pas mieux. elle dit "ouais" et ne supporte pas la moindre critique.

mais qu'est-ce que je fous là ? à quoi je sers ?

et les autres musiciens ? ils ne savaient pas leurs parties il y a deux semaines. j'ose espérer que samedi, ils la sauront. j'en doute.

qu'est-ce qu'on fout dans cette galère ?

j'aimerais tellement que ça roule. avec la scène qui a couté 2000 euros et le matos, les gens de la mairie qui seront présents au spectacle et le compte à rebours qui s'accélère, je commence vraiment à paniquer...

Posté par annaellee à 10:19 - prof ! - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 mai 2008

mon lapin

samedi soir, sur la terrasse, un peu trop d'effluves alcoolisées font sortir les vers du nez de l'homme.

faut dire qu'il parle pas facilement. il est, comme qui dirait, pas très expansif. mais quand il a un peu bu, il se lâche. la vie est ainsi faite.

je suis bien là, avec lui. on est bien sur la terrasse. on tient une conversation hautement philosophique, il a les yeux verts qui pétillent. j'aime être avec lui. simplement. se retrouver comme ça. il me pose des questions. "et si je n'avais pas été là, peut-être que tu aurais fait plus de choses professionnellement...non ?"

non.

pourquoi ?

c'est vrai que depuis quelques mois, je me découvre, je compose, je joue, je m'épanouis. grâce à Lucie (on le saura !) mais aussi grâce à lui, bien sûr !

car, s'il ne m'avait pas encouragée, s'il ne m'avait pas soutenue, s'il n'avait pas cru en moi, je serais où à cette heure-ci ?

il ne sait pas ! je tombe des nues ! il ne sait pas tout ce qu'il a fait. c'est fou ! ça me fait sourire qu'il doute à ce point de son influence sur moi et sur ma vie. il ne sait pas que c'est parce qu'il était là que j'ai voulu me reprendre en main, que c'est, au début, pour lui que je me suis levée chaque matin pour aller au boulot, que c'est pour lui que j'ai repris le piano, pour lui jouer du Brahms en tremblant.

il ne sait pas que c'est à lui que j'écrivais secrètement la nuit dans le salon. il pense que peut-être, j'aurais fait plus sans lui. alors que c'est exactement tout le contraire ! je me souviens des premiers temps où je bossais au macdo. je me souviens que je ne pouvais plus approcher un piano, je me souviens que je ne voulais plus donner de cours, je me souviens à quel point je doutais de moi et de mon avenir...

il m'a réveillée. il m'a redonné vie.

il me regardait avec tellement de respect et d'amour que je me suis vue belle pour la première fois. et j'ai voulu être à la hauteur de ce regard. et ce regard, et ses mots, et ses doutes...je ne me lasse pas d'être avec lui. de l'écouter. et c'est rare : de devoir le rassurer.

si je l'ai choisi, c'est parce qu'il est différent. il est à la fois l'homme fort et le petit garçon. j'aime ses folies, ses envies, ses rires. j'aime le savoir endormi près de moi, recroquevillé près de moi. oh, bien sûr, il y a des moments où il m'énerve : il ronfle et laisse traîner ses chaussettes, parfois même sur le piano ! mais je n'aurais jamais assez de mots pour lui rendre hommage. lui qui me soutient et me supporte chaque jour. lui qui croit en moi. lui qui m'aime.

et que j'aime.

depuis presque 5 ans.

c'était vraiment bien cette soirée sur la terrasse.

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12 mai 2008

elle

de ma vie, j'ai toujours été comme ça. je m'attache. j'ai besoin...

j'ai toujours eu des amitiés très fortes. des coups de foudre. pas avec beaucoup de monde mais régulièrement tout de même...

je ne sais pas pourquoi je raconte ça, pourquoi j'ai besoin de l'écrire aujourd'hui et ici.

sans doute parce que j'ai peur. car toutes mes amitiés ont eu un début bien sûr et surtout une fin. et que cette peur de l'abandon me fait chaque fois douter. car perdre une amie, chaque fois, c'est une douleur incompréhensible.

depuis quelques semaines, je me rends compte que ça recommence. que j'ai envie de la voir souvent et que quand elle doit venir et que, finalement, elle ne vient pas, je suis triste. et comme je suis excessive, la tristesse prend le pas sur le reste.

bien sûr, je passe des bons moments avec d'autres. mais elle me manque même dans ces instants. je ne sais pas si c'est normal. alors j'essaie de le cacher. j'essaie de ne pas montrer, de faire comme si de rien n'était. mais ça marche pas vraiment. du moins à l'intérieur de moi.

quand j'étais petite, il y a eu Clotilde. que je recherche désespérément depuis des années. on a vécu comme des soeurs pendant des années. quand elle est partie vivre à paris, on avait acheté des carnets. on s'écrivait dessus et quand elle revenait pour les vacances, on les échangeait et on découvrait chaque jour de l'une sans l'autre. ça me rassurait. car je savais qu'elle avait pensé à moi.

puis elle n'est plus rentrée à nancy. progressivement.

je n'ai pas de réels souvenirs d'amitié si forte depuis Clotilde. ( à part Emily mais c'est encore différent...)toutes les autres ont été des "remplaçantes". jusqu'à elle.

bien sûr, j'aime d'autres gens (je sens que je vais me faire tuer !). il y a des amies sincères que je côtoie ailleurs, autrement. des gens avec qui je me sens bien, vraiment. avec qui je partage des moments géniaux. Aline, Gene sont deux amies que j'aime énormément.

mais elle est une soeur, ma muse, je ne sais comment dire.

quand son absence me pèse, rien ne peut me consoler...ça paraît bizarre. peut-être excessif oui. ça paraît stupide ?

elle me manque. il me manque quelque chose. tout au fond, je le sens. et j'ai peur. de cet attachement, de ce vide quand elle n'est pas là et qu'on ne peut pas se voir, de cette amitié qui me désarçonne, de ses sentiments que les gens ne comprennent pas, de ce qu'elle pourrait même penser.

peut-être que je suis cinglée en fait...

et là, je me dis : "poste ? poste pas ?"...tant pis ! c'est dit !

Posté par annaellee à 13:32 - secrets de fille - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 mai 2008

une après-midi à thermapolis...

tout d'abord, merci Veronika car c'est bien grâce à cette élève que j'ai pu me rendre à Thermapolis, à Amneville. ces deux entrées qu'elle m'a offertes m'ont permis de découvrir Amneville tout d'abord, (enfin, le centre thermal et touristique immense) et ensuite, prendre du bon temps dans un endroit délicieux. à ce stade de l'année, remplie de stress et de retards dans les préparatifs de la fin d'année, ça m'a fait un bien fou !

Thermapolis, donc. à une heure de route de nancy, un endroit magique avec une eau thermale à 35°, salée presque comme la mer. la partie "piscine" avec bains à bulles et geysers, rivière lente et buses de massages. on est arrivé et nous avions droit à deux heures de détente. bien sûr, il y avait du monde vu le temps magnifique qui règne depuis une semaine en Lorraine. on en profite, c'est pas souvent !

on nous donne un badge pour entrer, pas besoin de pièce pour le vestiaire, c'est le badge qui gère tout. par contre, il nous faut repérer l'heure d'arrivée afin de ne pas dépasser. je suppose que le supplément n'est pas donné. l'entrée pour deux heures coûte 11.50€. moins qu'à dombasle donc, la pisicine où je vais de temps en temps.

on entre dans les vestiaires, on se douche avant d'y aller. pas besoin de bonnet de bain mais je m'attache les cheveux. j'ai horreur de penser que mes cheveux flottent au milieu des cheveux des autres. je suis folle.

on commence par se baigner. à l'intérieur. on tente les bulles, les buses de massage. bizarrement, chaque fois qu'on arrive à s'installer quelque part, le truc s'arrête. on est maudit. mais on parvient quand même à profiter de tous ces machins qui massent et qui font du bien. la rivière nous emporte, c'est marrant. on essaie de remonter le courant, à contre sens, impossible ! on se laisse donc vivre en chahutant dans l'eau comme des gamins. puis on passe à l'extérieur. là, le soleil, le cadre verdoyant, l'eau chaude...le pied ! malheureusement, il y a vraiment pas mal de monde. à chaque fois, on voudrait tester certains trucs et on doit faire la queue...ça nous décourage un peu. on a quand même profité du bain à bulles dehors.

ça fait du bien. ça donne un avant-goût des vacances...

ensuite, on se décide à aller voir la partie "fitness". enfin, je crois que c'est comme ça qu'on l'appelle. c'est la partie où il y a les hammams (au moins 4 !!!!), le sauna (4 aussi mais pas testés, trop chaud et sec.), les pierres chaudes (a pas compris comment ça marchait, huhu!) et les jaccuzzi spa à 38° (trop trop bons). les hammams sont immenses. rien à voir avec le petit hammam de Dombasle où on tient à 6 tout au plus. là, il y a parfois plus de 15 personnes en même temps.

j'adore cette sensation de me purifier par la chaleur. nous avons fait deux séances. le seul regret, c'est les gens qui parlent fort alors que je voudrais savourer le silence. m'enfin, je dois être un peu chiante. après tout, les gens ont le droit de papoter. moi, je me délasse. point.

ensuite, douchette froide. il y a également des bassins d'eau froide mais je ne peux pas y rentrer totalement ! l'eau revigore un peu trop à mon goût de poule mouillée !...

puis nous guettons le moment où le jaccuzzi sera libre...et nous fonçons dedans. les bulles à 38° qui nous massent, les pierres qui nous entourent, le cadre...j'adore et mon homme aussi !

mais deux heures, ça passe vite ! et nous voilà déjà sur le chemin des douches. il n'y en a pas d'individuelles. je me lave donc en gardant le maillot. et heureusement car un homme déboule dans les douches des femmes, soi-disant pour chercher sa femme. il n'empêche qu'il ne s'est pas pressé de partir alors qu'à part moi, il n'y avait personne ! j'ai un peu halluciné. il faut dire que la séparation n'est pas vraiment marquée.

après avoir perdu l'homme dans les douches et l'avoir cherché partout, je retourne aux vestiaires. on sort, il y a des gens qui arrivent encore en masse, ça ne ferme qu'à minuit en période estivale ! on se prend un petit truc à boire et là, miracle ! je trouve 5 euros par terre ! c'est vraiment mon jour !

bref. en partant, on se sent complètement vidé, bien. et on finira la soirée par un diner en amoureux en terrasse dans la maison des beaux-parents partis en week-end. une super journée quoi.

merci Veronika !

Posté par annaellee à 13:26 - ailleurs mais pas si loin - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 mai 2008

n'allez surtout pas aux...

Césars !

hier soir, on voulait manger en ville avec l'homme avant d'aller voir ma Lulu au vertigo. la dernière fois qu'on y était allé, on avait été un peu déçu mais vu que ça faisait 4 ou 5 ans qu'on avait pas tenté, on s'est laissé endormir.

aux césars, place stanislas, on mange des salades géantes et des pizzas surtout. la salade est servie dans un saladier et c'est vrai qu'elle est géante. mais elle a sacrément augmenté ! presque 15 euros et beaucoup de feuilles de salade défraichies dans le saladier.

comme la pièce de lulu commence à 21h30, on arrive à 19 heures pour avoir le temps de bien manger. mais c'est sans compter le service lent et douloureux ! on nous apporte nos saladiers vers 19h45. déjà ! on a à peine eu le temps de fumer trois clopes !! les gens arrivent autour de nous et nous remarquons que plusieurs sont servis avant nous...

nous mangeons et sommes un peu déçus par ce qu'il y a dans nos saladiers. moins bons que dans notre souvenir. tant pis, je mange quand même au maximum en mettant de côté toutes les feuilles vertes qui sont en abondance dans mon assiète. tomates ? oui 2 ou 3 tranches qu'il faut aller chercher tout au fond. riz ? quelques cuillérées seulement. concombres ? idem que les tomates : il y en 3 au maximum ! et les aubergines ? pas vu la couleur. je suis déçue, déçue. c'était mieux dans mon souvenir.

puis, nous décidons de prendre un dessert. il faut beau et frais, c'est l'été ou presque, j'ai envie d'un délice de mirabelle à la bergamotte ! je salive déjà. nous commandons.

un bon quart d'heure plus tard, toujours pas de dessert. le serveur nous voit et nous dit quand même qu'il n'y a plus de délice de mirabelle. on a failli attendre ! pourquoi ne nous l'a-t-il pas dit avant ? nous nous rabattons sur une tarte pomme-canelle. qui s'avère un peu décevante aussi...

le temps file et nous demandons deux cafés. là encore, 15 minutes passent sans qu'on nous amène le café. je m'impatiente, je ne veux pas être en retard au théâtre. je me décide à tester les toilettes pendant ce temps. à contre coeur et à raison : immondes. une odeur répugnante et le sol jonché de papier. les lavabos pas accueillants...

quand je remonte de ce périple, les cafés sont arrivés...froids.

verdict : 54 euros pour 2 heures d'attente, deux salades moyennes et deux tartes bof-bof, accompagnés de cafés froids. ça fait quand même beaucoup !

dire que c'est le seul resto sur la place stanislas !!!! franchement, la prochaine fois, on retourne à la table de bacchus ! là au moins, on mange délicieusement bien, le cadre y est moins prétentieux  mais très très sympa et puis, le service super méga agréable !!

Posté par annaellee à 11:17 - sortir à nancy - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 mai 2008

valium

aujourd'hui, 8 mai 2008, je rends visite à ma maman dans un hopital spécialisé. en désintox. elle est en cure.

ça fait mal. de le dire, de le savoir. ma mère est alcoolique.

et elle a décidé de se soigner, enfin.

depuis 12 ans, je la vois s'autodétruire. c'est ordinaire. presque normal si je regarde autour de moi. je ne peux constater que s'autodétruire est courant.

moi j'ai décidé de m'en sortir mais c'est difficile parfois. de laisser les autres derrière soi et de continuer d'avancer. alors, je fais l'effort de la soutenir. car je sais qu'elle en a besoin. mais quelque part, je n'y suis pas. j'ai trop peur d'y croire. et de retomber dans la douleur et l'inquiétude.

elle est dans cet hopital avec d'autres gens comme elle, alcooliques, repentis, difficile de les trouver gentils et de leur sourire. j'arrive avec le soleil et ma petite tenue d'été. je vis, je respire. et ici, c'est presque incongrü.

je la regarde. elle est au ralenti à cause des médicaments. elle est voûtée, les cheveux blanchis, les yeux cernés, les traîts creusés par toutes ces années d'autodestruction. je le sais, elle a 48 ans. c'est ma mère. ça le sera toujours. je l'aime. mais cette femme que je reconnais, ce n'est pas l'image que je garde d'avant.

elle me ressemblait. oui, c'est bizarre mais mon image maintenant, c'était son image avant. avant la drogue, cette putain de drogue liquide. elle était si belle. je lui écrivais des poèmes. je me souviens d'elle à la montagne, en vacances. et des papillons qui lui tournaient autour. ma mère, c'était une fleur, un oiseau. fragile, douce. si belle...

elle était mon tout, mon idéal, ma préférence, mon amour. j'étais la petite fille qui suivait ses traces. la petite fille qui voulait tant lui ressembler. elle était une fleur, un oiseau.

j'aurais voulu la protéger quand tout a commencé. la fin. tout s'est effondré. je la voyais devenir soule. je l'entendais devenir soule. je la voyais se transformer. pour moi, en monstre. je sais, c'est dur. camille, ne m'en veux pas...je la suppliais de s'arrêter, de redevenir ma maman. et pas cette femme imbibée d'alcool et de larmes. de sang. et pendant longtemps, je l'ai caché. je ne disais pas. j'allais à l'école, vidée, usée, comme une vieille femme. épuisée par ces week-end où je l'empêchais de se tuer. enfin, j'essayais.

ma vie. pendant 7 ans.

et une petite soeur que j'essayais de protéger. un bébé à l'époque. j'essayais de prendre soin, de ne pas lui montrer. mais je ne crois pas avoir réussi. et puis je suis partie. je les ai abandonnées. pour me sauver. moi. égoïste.

j'ai failli sombrer plusieurs fois. j'ai voulu me tuer pour les avoir laissées.

aujourd'hui, à l'hopital, tout remontait. j'avais le coeur au bord des lèvres et les larmes dans les yeux. derrière. loin. j'étais là sans être là. j'étais la petite fille.

quand j'avais 14 ans, j'écrivais des poèmes. un soir, je me souviens, un des poèmes se finissait par cette phrase, qui ne m'a plus jamais quitté :

"je suis un petit bout d'enfant mort"... 

Posté par annaellee à 20:31 - stress post traumatique - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 mai 2008

que feriez-vous si...

quelqu'un que vous aimez, quelqu'un qui compte pour vous, qui vous a guidé, qui vous a aidé, qui a fait que vous avez émergé, que feriez-vous si cette personne donnait l'impression de tomber, de sombrer ?

elle est devenue une amie et elle m'a fait assez confiance pour m'ouvrir les portes de son mal-être. elle m'a donné les clés et je ne sais pas quoi en faire. je la vois, elle dit "tinquiète, ça va". mais ses yeux disent le contraire. hier, elle tenait à peine debout et moi comme une conne, quand elle m'a demandé de la relayer, j'ai paniqué parce que je ne me croyais pas capable de le faire et j'ai réagi en me braquant. je l'ai fait quand même et ça s'est bien passé. mais sur le coup, j'ai pas assuré et peut-être que ça l'a blessé.

peut-être qu'elle m'en veut...

je la regarde et je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter. je suis tellement impuissante et mes doutes font que je n'ose pas faire ce que je voudrais faire.

hier soir, en partant de l'école, je me suis dit que je devrais passer chez elle, voir si ça allait. elle avait l'air tellement mal en me quittant, plus tôt que prévu. ses yeux ne tenaient pas ouverts. je n'ai pas osé toquer à sa porte et je suis rentrée chez moi comme une idiote...

j'ai peur, d'arriver avec mes gros sabots et de lui faire mal alors que je voudrais le contraire. elle qui m'a ouvert les portes de moi-même et de mes capacités, je suis incapable de l'aider et je m'en veux. et chaque jour qui passe en la sachant si mal est une torture.

que feriez-vous si vous saviez que quelqu'un que vous aimez profondément, quelqu'un même que vous admirez, si cette personne était en train de tomber ?

...

Posté par annaellee à 11:38 - neurones en bataille - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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